VI PREFACE
Une dernière remarque toutefois. De même que les bons vivants qui ont reçu pour étrennes « l'Art de vivre agréablement sans nuire à sa santé i>} les maris infortunés ont eu leur almanach... Je me garderai bien d'en donner le titre exact.
Dirai-je un mot d' almanachs plus connus, tels que Valmanach Liégeois, V almanach de Mathieu Laensberg, Valmanach de Franklin ou du Bonhomme Richard, l 'almanach de l'Observatoire et Valmanach de Paris? Faut-il citer encore les almanachs historiques, encyclopédiques, chronologiques, généalogiques, astronomiques, iconologiques, topographiques, géographiques ; les almanachs des monnaies^ des routes, des diligences, des rues, de la petite poste, des coches d'eau?... Le XVIIIe siècle n'a rien oublié : Jeux, plaisirs, divertissements de tout genre, ruelles, chansons, à-propos, calembours, balivernes, anecdotes, amourettes, galanteries, délices du cœur, devinettes, prophéties, étrennes bachiques, dramatiques, énigmaiiques, lyriques, anacréontiques, gaillardes, poissardes, morales, bouffonnes, mignonnes, universelles, tout, oui, tout a eu ses almanachs. Certains titres de ces opuscules sont d'une gaieté fort réjouissante, ainsi: le Bijou des
DAMES, LES ENFANTS DE LA JUBILATION, LES BlGAtt-
preface vii
rures de cythère, les charmes de la volupté, le Petit Polisson, le Petit Fripon, le Petit Folâtre, le Répertoire des belles , le Triomphe du sentiment '.
Je veux bien reconnaître que certains de ces almanachs ne sont pas dignes dhtne attention très soutenue, mais il n'en est pas de même pour les almanachs parus pendant la période révolutionnaire.
Ces petits livres représentent en effet, avec fidélité, les opinions de l'époque en même temps que ses nombreuses et étranges fluctuations :aux cojiseils, aux recettes, aux pronostics, aux énigmes, aux charades, ils ont fait succéder les prédictions menaçantes des partis, la satire des choses et des individus, le récit et V appréciation humoristiques des principaux événements de Vannée. Les almanachs des ouvriers, des cultivateurs, des bergers, des poètes, des littérateurs se sont transformés, pour laplupart, en manuels civiques, en abécédaires républicains ou en catéchismes royalistes, cherchant les uns et les autres à propager parmi les masses des sentiments d'affection ou de haine pour la République ou pour la Royauté. Ils méritent
i. Voyez l'Esprit des Almanachs de Le Camus de Mézières, Paris, Blanchon, 1789.