‹ Les almanachs de la RévolutionChapitre 42 sur 58 · Paris, 1669 à nos jours, in · texte numérisé non relu

Paris, 1669 à nos jours, in

qui ne mérite un certain examen. Cet almanach, qui se continue de nos jours et que nous avons vu tantôt royal, tantôt national, tantôt impérial, fut présenté pour la première fois à Louis XIV, en 1669, par son éditeur, Laurent d'Houry. Cet éditeur fut remplacé en 1725 par le sieur Le Breton, son petit-fils, auquel succéda, en 1779, Laurent-Charles d'Houry, remplacé lui-même en 1 786 par François-Jean-Noël Debure,son gendre. Aussi, Talmanach royal de 1789 a-t-il soin d'indiquer qu'il a été mis en ordre et publié par Debure, gendre de feu M. d'Houry, et qu'il sort de l'imprimerie de la veuve d'Houry, avec approbation et privilège du Roi. Cet almanach renferme les renseignements suivants : « Calendrier. — Eclipses.

— Saisons. — Rois et reines de France. — Naissances et alliances des rois. — Reines, princes et princesses de l'Europe. — Cardinaux. — Clergé de France. — Maison du Roi. — Maison de la Reine. — Conseil de la Reine. — Maison de Monsieur. — Conseil de Monsieur. — Maison de Madame. — Princes, seigneurs et pairs de France.

— Ministres du Roi. — Ministres des Cours étrangères. — Lieutenants généraux. — Maréchaux de camp. — Marine. — Conseils de France.

— Artillerie. — Génie. — Gouverneurs et lieutenants généraux des provinces. — Chevaliers du

Saint-Esprit et de Saint-Michel. — Départements des secrétaires d'État. — Parlement. — Notaires. — Huissiers. — Université. — Facultés, etc. » L'almanach royal de 1790 est basé sur le même plan. L'almanach royal de 179 1 donne la carte des quatre-vingt-trois départements. L'Assemblée nationale y vient après le clergé et occupe la place réservée autrefois aux Maisons du Roi et de la Reine, qui tenaient, en ce même endroit, vingtquatre pages. On y lit, en note, ces quelques lignes significatives :

« Le nouvel ordre que Leurs Majestés se proposent d'établir dans leur maison, ainsi que les princes de la famille royale, devant occasionner incessamment des changements multipliés dans les détails contenus ordinairement en cet article, il a paru plus convenable de le supprimer entièrement pour cette année que de le présenter d'une manière inexacte. » Cette constatation indique bien que tout est fini. Il ne va plus rien rester des au- -môniers, des chapelains, des premiers gentilshommes, des grands maîtres, des capitaines des gardes du corps, des écuyers, des pannetiers, des grands veneurs... Encore quelques jours, et toute cette belle noblesse, joyeuse, pimpante et chamarrée, va sombrer dans l'exil ou dans la mort !

L'Almanach royal de 1792 nous donne la Con-

stitution acceptée par le Roi, avec la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen. Vient l'Almanach national de 1793, orné d'une vignette qui représente le bonnet phrygien surmontant un faisceau. Au-dessous on lit les mots : — Patrie, République françoise — puis, à côté, l'on voit des canons, des boulets et des tonneaux de poudre. L'imprimerie Testu, de la rue Hautefeuille, a remplacé l'imprimerie de la veuve d'Hourv. Il n'y a plus ni souverain, ni roi , ni reine, ni maisons de France, de Monsieur, de Madame. L'Almanach national contient maintenant la liste des conventionnels, des membres du Conseil exécutif, des généraux, etc. On y trouve, non sans étonnement, une liste des curés de Paris. Ils sont ainsi dénommés : « Notre-Dame : le citoyen évêque métropolitain. — Saint-Sulpice : le citoyen Mathieu. — Saint-Germain des Prés : le citoyen Jean-François Roussineau. — Saint-Ambroise : le citoyen Corne -Annibal- Pompée Varlet », et ainsi de suite. A la place réservée autrefois aux rois, princes et princesses de l'Europe, on lit une notice sur quelques puissances.

L'Almanach national de 1794 renferme le nouveau calendrier républicain, Pacte constitutionnel présenté au peuple français par la Convention le

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24 juin 1793, la liste des membres du tribunal révolutionnaire, avec cette observation peu rassurante : « Depuis l'établissement du tribunal, les conspirateurs et contre-révolutionnaires se sont multipliés, au point que le nombre des juges s'est trouvé insuffisant!... » Les évêques et les curés assermentés ont disparu à leur tour. L'Almanach de Tan III a la même physionomie que le précédent; celui de Tan IV nous présente la nouvelle Constitution et la liste du Directoire, du Conseil des Anciens et du Conseil des Cinq-Cents. L'armée de l'intérieur a pour général en chef Bonaparte, que nous revoyons dans les Almanachs de Tan V et de Tan VI général en chef de l'armée d'Italie; puis, dans celui de l'an VII, général en chef de l'armée d'Egypte. Nous n'insisterons pas davantage sur ce recueil, qui, dans quelques jours, va devenir l'Almanach impérial. On le transformera au fur et à mesure des vicissitudes gouvernementales de la France; et c'est ainsi que nous voyons ses éditeurs aller, chaque année^ offrir leur œuvre au chef de l'Etat, quel que soit son titre. On comprend maintenant cette judicieuse observation de Y Encyclopédie dit XIXe siècle : « On peut voir dans cette série d'almanachs officiels toute l'instabilité de la fortune, toute la mutabilité des emplois et la ver-

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satilité d'une foule de gouvernements qui tombent et font tomber après eux des milliers de victimes, sans que la leçon du passé rende les hommes plus sages et plus méfiants de l'avenir. »

Faut-il parler à présent de Y Almanach du club de Valois ', qui nous initie aux habitudes des cercles de 1790 ?... C'est à peu près l'organisation de ceux de nos jours : cabinet de lecture, salons de conversation et de jeu , tables d'échecs, de dames, de trictrac, de piquet, de whist, de reversis et de boston, salles pour déjeuner, dîner ou souper; boîtes spéciales pour la grande et la petite poste. Chaque membre paye un abonnement annuel quatre louis, plus six livres pour les garçons. L'article X des statuts mérite d'être reproduit. «Tout citoyen député à l'Assemblée nationale n'aura besoin, pour être admis dans le club, que d'être présenté par un membre de la société. Tant que l'Assemblée nationale durera , il ne payera aucune contribution, et si, quand elle sera séparée, il veut entrer dans la société, il ne subira aucun ballottage. Il n'est personne qui ne doive se trouver heureux de procurer quelques heures de délassement et de repos à ceux qui seront chargés du grand travail de la félicité publique,

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