RAPPORT DE FABRE D EGLANTINE I
second, des pluies qui tombent généralement avec plus d'abondance de janvier en février : ce mois se nomme pluviôse; le troisième, des giboulées qui ont lieu, et du vent qui vient sécher la terre de février en mars : ce mois se nomme ventôse.
Les trois mois du printemps prennent leur étymologie, le premier, de la fermentation et du développement de la sève de mars en avril : ce mois se nomme germinal; le second, de l'épanouissement des fleurs d'avril en mai : ce mois se nomme floréal; le troisième, de la fécondité riante et de la récolte des prairies de mai en juin : ce mois se nomme prairial.
Les trois mois de l'été enfin prennent leur étymologie, le premier, de l'aspect des épis ondoyans et des moissons dorées qui couvrent les champs de juin en juillet : ce mois se nomme messidor; le second, de la chaleur tout à la fois solaire et terrestre, qui embrase l'air de juillet en août : ce mois se nomme thermidor; le troisième, des fruits que le soleil dore et mûrit d'août en septembre : ce mois se nomme fructidor. Ainsi donc les noms des mois sont :
Automne. Hiver.
Vendémiaire. Nivôse.
Brumaire. Pluviôse.
Frimaire. Ventôse.
Printemps. Eté.
Germinal. Messidor.
Floréal. Thermidor.
Prairial. Fructidor.
Il résulte de ces dénominations, ainsi que je l'ai dit, que, par la seule prononciation du nom du mois,
Ig8 PIÈCES ANNEXES
chacun sentira parfaitement trois choses et tous leurs rapports, le genre de saison où il se trouve, la température et l'état de la végétation. C'est ainsi que dès le premier de germinal il se peindra sans effort à l'imagination, par la terminaison du mot, que le printemps commence; par la construction et l'image que présente le mot, que les agens élémentaires travaillent; par la signification du mot, que les germes se développent.
Après la dénomination des mois, nous nous sommes occupés des fractions du mois; et nous avons vu que les fractions des mois étant périodiques, et revenant trois fois par mois et trente-six fois par an, étoient déjà fort bien nommées décades, ou révolution de dix jours; que ce mot générique convenoit à une chose qui, trente-six fois répétée, ne pourroit être représentée à l'oreille par des images locales, sans entraîner la confusion; que d'ailleurs des décades, n'étant que des fractions numériques, ne doivent avoir qu'une dénomination commune et numérique dans tout le cours de l'année, et qu'il suffit du nom du mois pour donner à chaque période de trois décades la couleur des images et des accidens des mois qui les renferment.
Quant aux jours, nous avons observé qu'ils avoient quatre mouvemens complexes, qui dévoient être empreints bien distinctement dans notre mémoire et présens à la pensée, de quatre manières différentes. Ces quatre mouvemens sont le mouvement diurne ou le passage d'un jour à l'autre, le mouvement décadaire ou le passage d'une décade à l'autre, le mouvement mensiaire ou le passage d'un mois à l'autre , et le mouvement annuel ou la période solaire.