‹ Les almanachs franaisChapitre 9 sur 546 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Dans la première moitié du siècle, encore toute à l’idylle, Florian, Gessner, Bernardin de St-Pierre, donnent leur nom aux petits recueils qui charment les élégantes : on voit apparaître le Petit Florian, le Petit Gessner, le Nouveau Gessner , Paul et Virginie. — Le Mérite des femmes, de Legouvé, se transforme en chansonnier et donne naissance au Mérite des Demoiselles, tandis que l’Amour maternel, de Millevoye» se prête à toutes les combinaisons. La physiognomonie dont l’influence fut alors profonde revit dans le Petit Lavater des Dames, tandis que l’Atala de Chateaubriand et la Corinne de M"* de Staël se retrouvent sur les vignettes et dans presque toutes les romances du jour. Plaisirs ou malheurs, jeux, opéras, vaudevilles, chansons qui s'accompagnent sur la harpe ou sur la guitare, tout laisse sa trace. Le Jeu du Diable est porté par le colportage, aux quatre coins de la France. Le maîtreécuyer Franconi apte, sans doute, à dresser l’amour comme les chevaux, se retrouve dans le Petit Franconi de Cythère , tout comme les premiers essais de locomotion individuelle feront surgir le Vélocifère de la gaieté, tout comme les expériences d’aérostation se perpétueront avec l’Homme Volant, chansonnier pour i8iï.

En i8a5, M. de Montyon, homme vertueux, aura son almanach, chose bien méritée, avouons -le; en 1822, M. Brunet, homme d'affaires, crééra l'Almanach matrimonial, réclame pour son singulier petit commerce ; en 1820, Bolivar, le libérateur, grâce à la vogue de certain couvre-chef, verra également son nom servir d’enseigne à un de ces produits populaires; Bobèche, lui, une célébrité non dédaignée des souverains alliés, en 1 8 1 5 , offrira des L'trennes aux Parisiens, comme jadis Tabarin. L’ours Martin, les éléphants du Jardin des Plantes, bâtes vertueuses citées en exemple, autres prétextes à almanachs. Comment la Girafe qui donna son nom à tant de choses, n’a-t-elle pas eu son petit recueil chantant : très certainement il a dû rester dans l’arrière-boutique de quelque libraire du quartier des Augustins. Les Cosaques servirent d’enseigne ; cela ne doit point surprendre : plus tard, l’Algérie sera bien un qualificatif pour agendas et portefeuilles. Lorsque tout fut à la Charte, l’almanach ne chantait-il point la Constitution des Amours.

Mais, jusqu’en 1 835, ce qui prévalut, ici comme partout ailleurs, ce qui fut, par excellence, le fournisseur des titres d’almanachs, après avoir servi d’enseignes aux magasins de nouveautés, c’est le théâtre et la chanson. Le Pied de mouton, Fanfan la Tulipe, le petit Chaperon Rouge, M. Dumollet, le bon roi Dagobert, M. et Mm* Denis, ces deux époux à l’ancienne mode, Fanchon la vielleuse, Cendrillon, Madame

Digitiied by Gôo'gle

L’ALMANACH A TRAVERS LES AGES

Grégoire, se lisent, gravés ou imprimés, sur nombre d’in-32 ; Bélisaire de Jouy ( 1 8 1 8) et les Templiers de Raynouard(t8o5)ne rougissent point de se trouver en pareille compagnie. Ici, ce sera Joconde ou les coureurs d'aventures, suivant l’opéra-comique de Nicolo (1814); là, le Chien de Montargis ou la forêt de Bondy, inspiré par le drame de Pixérécourt (1814) ; ailleurs Jean de Paris, descendu de l’Opéra chez Janet et chez Le Fuel (1814) ; plus tard, la .Dame Blanche et Fra Diavolo.

Malgré le chiffre des années, les titres nagent en pleine fantaisie XVIII* siècle. Les titres, c’est tout un poème ; quelque chose comme la parade d’un vendeur d’orviétan, comme le cri d’un colporteur poussant à la vente, comme l’affiche de la pièce à la mode. Ouvrez les yeux : voici ce qui s’étale à la devanture des papetiers, dans les quartiers populeux. Prêtez l’oreille, voici ce que vous entendrez annoncer : Flore et Zéphire ou les aventures d'un bouton de rose. — La joûte amoureuse ou récréation des jeunes beautés. — Annette ou le plaisir des jeunes bergères. — L'ingénue de quatorze ans et le plaisir de la vie. — L'amour ramoneur ou le petit séducteur . — Le galoubet des boulevards. — Sophie ou la petite marchande dans les cafés. — La consultation ou le pèlerinage à la chapelle de F Amour. — La fin du jour ou les amans surpris. — La belle Emma. — Ernest et Pauline. — Le boudoir de Mélanie. — Ouvrez un catalogue de Caillot, ou de Tiger, vous trouverez mieux encore : Les amans en voyages (sic) ou l'amour satisfait (quand on a tant voyagé, c’est bien le moins !) — Jeannette à l'heure du rendez-vous. — Les baladins. — La partie carrée. — A^oline ou la jolie Italienne. — Que vous faut-il de plus ! L'enfant de la joie et le baiser de F amour couvrent de leur folle jeunesse tout ce que le colportage répand à foison. Pour 20 centimes, Stahl vous fait entreprendre un voyage à File de Cythère, et pour un demi-franc Janet vous donne les conseils du Docteur de Cythère, — car tous ces cahiers chantants, pour la présente année, sont à la dévotion des plus petites bourses.

Laissons s’écouler quelques années. Vers 1840, changement complet dans les noms et dans les idées, auquel répond, non moins caractéristique, un changement dans les titres. Anacréon et les Grâces s’affichent encore quelquefois, mais ce sont de vieilles perruques. Les échos du théâtre n’emplissent plus l’almanach. Par contre, voici deux titres significatifs : Les Grisettes (1 838), Almanach de la rive gauche (1842), rive perdue, sortant de ses cendres, et s’insurgeant contre les vices de la rive droite. L’année d’après, les Gaudrioles de M. Gaillard se font condamner pour outrage à la morale publique, et le règne de Louis-Phiippe ne se termine pas sans nous donner, en un almanach spécial, les

commandements du garde national (1843). C'était justice. Lui aussi, le classique pipelet avait tenu une trop grande place dans les romans de l’e'poque pour ne pas avoir son bréviaire : 1844 vit apparaître l’Almanach des Concierges par M. Taillengros.

Vive la joie, la danse règne en souveraine. Théâtre et bals du pays latin — c’était alors plus qu’un quartier — grisent toutes les têtes folles ; les entrechats de « l’immortelle » Clara Fontaine, et les exploits du père Lahire, cet ancêtre du Père La Pudeur mettent la jeunesse en ébullition. Voici le Chansonnier de la guinguette, — l'Almanachde la polka, — V Almanach dramatique, pittoresque et physiologique des Écoles, — Étudiants et lorettes.

Les « physiologies » , cette littérature si particulière, ne pouvaient laisser l’almanach indifférent : on vit un Paris Voleur (1845) tandis que, la même année, Gavarni faisait naître l'Almanach du Diable à Paris. A son tour, Eugène Sue dotera le colportage de plusieurs •/Hi/VEyran/, sans compter l'Almanach des mystères de Paris, et très certainement les grosses farces de Paul de Kock ne durent pas être étrangères à l 'Almanach des Cocus, à l 'Almanach des Prédestinés, à toute la production cocufière de l’époque. A l’opposé, comme titre, apparaît, l 'Almanach de l'amour conjugal.

1847 — Le peuple, mis en coupe réglée par les gens de bourse, s’arrache les Étrennes à Rothschild, que pourchassent les intéressés.

t85o. — Dès lors le colportage descend encore d’un degré comme forme et comme fond : peut-être faut-il remercier le papier et l’impression de rendre, aujourd'hui, si difficile la lecture de ces canards à calendrier. Trois tentatives, cependant, méritent de ne pas être oubliées : Jean Guétré, almanach des paysans, des meuniers et des boulangers, par Pierre Dupont ( 1 853), l 'Almanach de Jean Raisin par Gustave Mathieu (1854), l'Almanach Parisien par Fernand Desnoyers (1860) :1e reste n’a que faire quand il s’agit d’écrire la caractéristique d’une littérature.

Par contre, une nouveauté, une particularité de l’époque qui, dès lors, ira sans cesse en se dévelopant, c’est l’almanach publié, lancé par les journaux : à ce point de vue, l'Almanach du Figaro { 1 856) est une date.

Le règne de Louis-Philippe avait vu surgir les almanachs africains : tels Victoires et Conquêtes en Afrique (i85 1) ; le second Empire vit l 'Almanach de Sébastopol ( 1 856), le Grand Almanach de la France et de Varmée d'Italie (1859), l’Almanach des gloires de là France impériale (1862), sans parler de l 'Almanach de la Guerre, de l'Almanach

L ALMANACH A TRAVERS LES AGES

des conquêtes de T Empire, du Troupier, du Vieux Troupier-, toute une longue file de plaquettes guerrières se terminant, en 1870, par l’ Almanach des Victoires de Napoléon III. A la veille des défaites, quelle ironie du destin ! Louis-Philippe n’eut les honneurs d’un almanach qu’une fois détrôné (voir Almanach Louis-Philippe pour 1 85 1 ); Napoléon III, l’Impératrice, le petit prince impérial virent des centaines d’almanachs répandre leur biographie et leur portrait. Mais, en dehors de cette propagande bien naturelle, propagande qui certainement fut pour quelque chose dans la très réelle popularité dont jouissait, alors, la famille impériale, l’almanach à partir de t85o, se cantonne essentiellement dans les actualités de la littérature, de la mode, ou de la nouveauté parisienne.

En i85o, les œuvres de Raybaud susciteront un mauvais placard populaire : Jérôme Paturot dans la Lune ou la République des femmes; en 1854, l’engouement pour M"c Beecher-Stowe se traduit par l'Almanach de l’oncle Tom. Et il en sera ainsi pour toutes les œuvres marquantes. Veuillot amènera l’Almanach des Odeurs de Paris ; les romans épiques de Victor Hugo, mis en parodie, se retrouveront dans l'Almanach des Misérables, et dans l’Almanach de l’homme qui rit ; les thèses d’Alexandre Dumas donneront naissance à l 'Almanach de l’hommefemme; les succès de Lecocq produiront l 'Almanach de Madame Angot. Les grandes figures du siècle légueront, même, leur nom à la postérité : il y aura l 'Almanach de Béranger et l’Almanach de Victor Hugo, comme les victoires de 1866 feront surgir l'Almanach à aiguille et l 'Almanach Bismarck ; comme, plus tard, le rôle considérable joué par M. Thiers, durant les événements de 1870, amènera la publication de l 'Almanach du Petit bonhomme. Personnages ou choses d’inégale valeur, mais l’almanach, en baptisant ses sujets, considérera avant tout l’attraction exercée par eux sur les mœurs ou les idées : c’est ainsi qu’on verra un premier Almanach des Chemins de fer, avec les amusantes caricatures de Cham,un Almanach de la Crinoline, un Almanach du \ ouave guérisseur, lorsque le zouave Jacob faisait courir tout Paris avec ses cures soi-disant merveilleuses, un Almanach de Thérésa , lorsque les salons parisiens se disputaient cette étoile de la chanson, un Almanach des petits crevés, un Almanach des Petites Dames, un Almanach des Cocottes, au moment où ces personnages commençaient à prendre, dans la société, la place considérable qu’ils ne cesseront d’occuper dès lors.

La satire, elle aussi, eut sa part dans cette nombreuse floraison. Pour protester contre les mièvreries des époques antérieures, le siècle commençant avait transformé l'Almanach des Grâces en un calembour-

dier Almanach des Grasses; de nos jour*, au Journal des Abrutis répondra l'Almanach des Aliénés; à l’Almanach des 5oo,ooo adresses , Touchatout opposera Y A Imanach des 5oo,ooo maladresses.

Comme forme extérieure, l'almanach du xix* siècle perd, en quelque sorte, tout caractère durant la période qui va de i83o à 1875 ; le Comic Almanack de 1842, orné de compositions de Trimolet et de Vernier, est

Encadrement de calendrier typographique, décliné par E. Coindre

la seule tentative digne d’étre mentionnée : un instant, avec les publications de la Librairie du Petit Journal , dont les titres et les vignettes sont dus à Ëenassit et à Félix Régamey, alors débutant; un

L ALMANACH A TRAVERS LES AGES

instant encore, avec les frontispices de Bertall et de Lix, pour les publications de la librairie Bellaire, il reprit une certaine allure, — allure relative, — mais cela fut de courte durée. Bien vite, la vulgarité l'emporta à nouveau.

Cependant, le second Empire vit réapparaître le calendrier orné, je veux dire le calendrier entouré d'encadrements originaux,

pour les mois de VAlnunach Je la Vie parisienne ( 1870).

ou accompagné de vignettes. Ce ne furent plus, suivant la tradition du siècle précédent, également suivie par le premier Empire et la Restauration, des médaillons servant d’en-têtes, des enca-

drements de feuillages, mieux encore des arceaux et des porches aux réminiscences gothiques, mais bien des compositions décoratives rappelant plutôt, à l’aide des procédés modernes, la conception du xvt* siècle. Et puis, ce calendrier fait corps avec l’almanach proprement dit, les divisions de l'année se présentant soit fractionnées mensuellement, soit groupées par trimestres { t). En un mot, l’ancienne habitude d’illustrer les mois de vignettes répondant aux occupations du moment, semble vouloir renaître : de l’almanach elle a même passe dans les publications à images, c’est ainsi qu’on a vu, soit l 'Illustration,

D 1 AvctT L 2 s* Aurélie M 3 ». Fr» oc. X.

M t m iWbâ a 5 *. Sab»à

V fl a. Ni coin*

8 7 s» Far», r.

D 8 CoW ffli WA

1., 'd s* I .«ücadl o M 10 b» Ealalie M M Daniel ■i 12 ». MaMttC*

V 13 *« Lu»

S 14 %. Niçois® ü 15 8. Mtscain L 16 s* A dolal lo M 1? fi. Laï.i r*

M 18 Quatra-Tcmp»

J lf» a. Mou ri <

V 20 s» PhUogWM S 31 ». Thomas 1> 23 ». Honorât L S3 * Vlclolr®

M 25 NOËL j 2û ». fc lien no

V 27 s. Jeun.

3 28 s®. Innoocnl»

1) 20 s. Thoma* C.

L 30 ». Sabla M 31» 8. Silveulr*

Page 1