‹ Les almanachs français (volume 3)Chapitre 6 sur 280 · AVANT-PROPOS XVII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XVII

De nombreuses critiques seront certainement adressées à cette Bibliographie : je ne veux en retenir que trois.

La première n'est pas sans offrir quelques objections sérieuses ; elle consistera à nous reprocher d'avoir pris comme point de départ le xvne siècle, alors que l'almanach naît et triomphe déjà en plein xvi% mais ce que nous n'avons pas fait, aujourd'hui, nous avons l'intention de le reprendre lorsque les documents* amassés par nous à cet effet, présenteront un ensemble plus complet. Ce sera l'objet d'une plaquette spéciale qui pourra servir d'introduction à la bibliographie actuelle. Ce n'est pas une omission ; c'est un oubli voulu.

La seconde portera sur la valeur, ou plutôt, sur le peu de valeur de certaines pièces cataloguées, mais dès l'instant qu'on entreprend un travail de généralisation, les choix sont la chose la plus arbitraire, la plus fausse qui se puisse imaginer. Il n'y a aucune raison pour rejeter a priori les plaquettes populaires, nulles au point de vue littéraire ou artistique, nulles comme prix marchand, et il serait illusoire de vouloir établir entre elles des distinctions : tous les Liège, tous les Prophètes, tous les Astrologues^ tous les Villageois, tous les Cultivateurs ont autant de droits à figurer ici que VAlmanach prophétique, Y Almanach Astrologique ou Y Aimanach facétieux \ Toutes les publications de colportage se valent. Et puis un travail de cette espèce n'est point fait en vue du présent seulement; il doit avoir en vue, au même titre, l'avenir. Un annuaire de l'Electricité ou de la Boulangerie, un Almanach de la Coopération, un Agenda des Huissiers ou des Commissaires-Priseurs, datés de 1893 sont, évidemment, pour nous, sans intérêt : dans cent ans il seront recherchés par nos descendants pour mille choses, pour mille petits détails que nous ne sommes pas à même d'apprécier, et cela par la même raison que nous allons, nous, gens delà fin du xixe siècle, chercher dans les annuaires et calendriers corporatifs du siècle passé des renseignements qui, en dehors des seuls intéressés, étaient, certainement, de nulle valeur pour leurs contemporains.

J'ai donc fait entrer ici, en vertu de ce principe, le seul vrai en la matière, toutes les pièces vues par moi ou saisies au passage, sans m'occuper d'aucune considération bibliographique.

La troisième critique visera un point de vue plus particulièrement technique ; l'explication du mot almanach lui-même. Où commence, où finit ce genre ? Des volumes s'intitulent almanach sans présenter aucune des formes extérieures particulières à cette sorte d'ouvrages: des publications multiples, parues sous un titre quelconque, se remettent en vente avec un de ces qualificatifs factices : Almanach, Calendrier ,E trennes ; on ne pouvait les exclure puisque, par leur vocable, elles entraient de droit dans notre bibliographie (i). D'autre part, sous le premier Empire, sous la Restauration surtout, nombre de petits volumes destinés aux étrennes se vendaient avec l'adjonction d'un calendrier : par ce fait même, par le choix de l'époque prise pour leur mise en vente, ils ne pouvaient pas, non plus, être écartés de notre nomenclature. D'où la présence, en ces pages, de plusieurs livres que beaucoup de gens, peut-être, ne pensaient pas devoir considérer comme tels et qui rentrent, cependant, dans la catégorie des Almanachs où les avait déjà rangés l'appréciation des contemporains.

J'ai donc considéré comme almanachs : i° les volumes portant ce titre générique, 2° les volumes mis en vente avec calendrier, en vue des étrennes, 3° toutes les publications annuelles, — annuaires, agendas, livres d'adresses, états d'administrations publiques ou de sociétés, — accompagnées ou non d'un calendrier, paraissant à date fixe, avec des compte-rendus d'exercice, avec des revues des événements, avec des listes de membres. En un mot, Talmanach et l'annuaire, les deux formes du livre destiné à remémorer les faits passés, à apporter, annuellement, les renseignements et les documents nécessaires à toutes les classes de la société ou à des groupes spéciaux de citoyens. Et de la sorte, au moins, toute difficulté d'interprétation est écartée : les amateurs de l'élégant almanach du xvme siècle y trouveront leur compte tout comme

(i)Le qualificatif: Étrennes ayant pris, au xvine siècle, un sens très large, nous avons pensé que mentionner toutes les publications parues sous ce titre générique eût été quelque peu sortir du cadre que nous nous étions tracé. On ne cherchera donc point, ici, tous les recueils de vers ou de prose qui,"comme les suivants : Etrennes gentilles suivies de l'oracle du jour (1754), Étrennes pour les Enfants à l'usage des grandes personnes (1758), Etrennes aux amateurs de vers et de prose (ij55), Étrennes de Clio et de Mnémosine (1760), Étrennes du goût (177b), Etrennes fourrées, dédiées aux jeunes frileuses (1770) et tant d'autres, n'ont qu'un rapport absolument éloigné avec les almanachs.

Page 1