AVANT-PROPOS XV
l'in-32 (i). La Révolution a eu, également, sa grande part dans le choix des reproductions, sans que nous ayons négligé, pour cela, le premier Empire et la Restauration, périodes jusqu'alors peu étudiées, dans ce domaine spécial. Enfin, à côté du document prenant place dans le texte, quelques planches tirées à part et coloriées au patron, viennent rehausser la valeur, l'intérêt de cette illustration dont aucun travail similaire, à l'exception du Bulletin mensuel de la librairie Morgand,édhé avec un soin tout particulier, ou de quelques catalogues de bibliothèques d'amateurs, — tels le Cabinet d'un Curieux, du baron Double, le catalogue de la Bibliothèque James de Rothschild savamment rédigé par M. Emile Picot, Estampes et Livres de Henri Beraldi, Mes Livres de Quentin- Bauchart — n'avait encore eu la faveur.
Notre bibliographie devant comporter deux volumes, l'un consacré à Paris, l'autre aux départements et à l'étranger, une question délicate et assez difficile à résoudre se posait pour nous. De quelle façon comprendre Paris, de quelle façon comprendre la Province ? Fallait-il procéder par endroits, par villes d'impression, ou bien marcher d'après les indications de lieux ou de vente figurant sur la couverture ?
En principe, il peut paraître logique de donner à Lille, à Troyes, à Châtillon-sur-Seine, à Nancy, tout ce qui sort d'imprimeries lilloises, troyennes, châtillonnaises ou nancéennes : dans le fait, ce serait une classification fausse et absolument illusoire. Voici pourquoi. D'abord nombre d'almanachs parisiens sortent d'officines provinciales, ensuite quantité d'almanachs imprimés en province par des imprimeurs-éditeurs locaux — tels Vanackère, Blocquel Castiaux à Lille, Lebœuf à Châtillon-sur-Seine, Anner-André, Baudot à Troyes, Hinzelin à Nancy et bien d'autres — ou portent en premier, le nom d'un libraire parisien, placé là, non comme simple dépositaire, mais comme éditeur, ou se contentent des mentions générales : « Paris, chez les principaux libraires. » — « Paris, au grand dépôt des almanachs. » — Ce qui indique suffisamment l'idée bien arrêtée chez leurs imprimeurs lanceurs, de se réclamer des
(i) M. de Savigny de Moncorps, dans son intéressant travail : Coup~d'œil sur les Almanachs illustrés du XVIII" siècle, a donné une courte nomenclature des figures qui doivent être attribuées à chacun de ces artistes.
officines parisiennes, de ne point faire œuvre uniquement restreinte à leur région.
Une autre considération était encore à retenir : le point de vue général, le point de vue local. Comment admettre, par exemple, que l'Almanach officiel, aujourd'hui Almanach national de la République Française, puisse être considéré comme une publication nancéenne parce qu'il sort des presses de l'imprimerie Berger-Levrault; comment admettre qu'un annuaire intéressant toute la France, fait pour Paris comme pour le reste du pays, appartienne au département où il a été imprimé, et non à la capitale !
En tenant compte de ces observations multiples, nous avons donc procédé comme suit : à Paris toutes les publications d'intérêt général, surtout celles revêtues d'un caractère officiel, même lorsqu'elles portent, sur leur titre, le nom d'une ville de province ; à Paris toutes les publications de colportage, déposées à la Bibliothèque et au ministère de l'intérieur par le fait même qu'elles ont, sur leur couverture, la mention de la capitale.
Toutefois, une exception a été faite pour les almanachs troyens, parce que ceux-ci constituent un ensemble tel qu'il eût été malaisé de les diviser et parce que Troyes lut, réellement, au xvir3 siècle, le centre de publication de cette littérature spéciale. C'est donc au tome II de notre Bibliographie qu'il faudra aller chercher les almanachs sortant des officines troyennes, alors même qu'ils portent sur leur titre : « A Troyes et se vendent à Paris ». Cette mention, du reste, n'était point générale, car dans la série innombrable des Éphémérides, des Almanach Historialy des Almanach Royal du Palais, il m'a été donné de rencontrer les mêmes années avec indications différentes, c'est-à-dire tantôt avec « Troyes » tout court, tantôt avec « Troyes et Paris », ce qui indique bien une sorte de tirage spécial, fait en vue de la vente dans un endroit donné, mais à titre de pur dépôt, quelquefois même par des succursales d'imprimeries dont la maison-mère était à Troyes.
(i) « Les Almanachs ordinaires imprimez â Troyes, » nous apprend une note du Livre Commode, « se vendent à Paris, en gros et en de'tail, chez le sieur Raflé, rue du Petit-Pont, et chez la veuve Oudot, rue de la Vieille Bouderie. » — J'ajoute que d'autres se vendaient, aussi, chez la veuve Jean Promé, également rue de la Vieille- Bouclerie.