ALMANACH DU DIABLE
Contenant des Prédictions très Curieuses et absolument infaillibles pour l'Année 1737. (1737-1738.) S. Z. In-24.
Le titre est dans un cartouche soutenu par le diable embouchant une trompette d’où sortent ces mots : Ridendo mores castigat. Au-dessous une chaîne de montagnes avec le gouffre de l’Enfer, les Diables répandus dans les champs dansent et cabriolent aux abords de leur gîte. En face est un frontispice représentant un observatoire surmonté d’un échafaudage terminé par une logette du haut de laquelle plusieurs diables, armés de longuesvues, interrogent le ciel et la terre, tandis que d’autres montent dans l’intérieur. Sur la place de l’Observatoire vont et viennent quelques personnages, dames et messieurs.
L’approbation est signée: « Fait en la Chambre du Conseil Infernal l’an de notre damnation 5736 : De Mogorgon, Belzébut, Satan, Belial, Astaroth, Leviatan, Gog, Magog, Fergalus. »
Cette série de prédictions carminifiques contient, en vers légers, beaucoup de choses piquantes. Voici une citation prise en février qui en définira nettement le caractère:
Pour avoir fait un malheureux Poupon Une Vestalle (sic) aussi grande que belle Voudra déguerpir (sic) la Maison,
Et quitter un état trop pénible pour Elle.
Si l’on donnoit mêmes permissions A celles qui pourroient imiter son exemple Pauvre Vesta 1 bien-tôt je t’en répons Tu n’aurois plus ni Prêtresse ni Temple. Suivent quatre feuillets gravés donnant les conjectures instructives, soit la clef des personnages visés.
Cet almanach parut encore pour 1738 avec un texte différent et entièrement gravé.
137. — ALMANACH DU DIABLE OU PRÉDICTIONS CARMINIFIQUES dont la Clef est au Diable, imprimé dans les Enfers et permis de distribuer dans les Royaumes et Villes. Signé: Pluton, avec Paraphe et, plus bas, Léviatan.|) L’explication des Aditions (sic) sont à la fin de l’ouvrage. |] A Amsterdam, chez Monsieur Lucifer. M. DCC. XXXVII.
Pas de frontispice. Un avis en tête porte: « Le Diable a emporté les vignettes. »
Notons, d’autre part, parmi les pamphlets et explications publiés à la suite de ces almanachs :
— La critique et la contre-critique de V Almanach du Diable pour l'année iy3y. Imprimé aux Enfers (réponse à l’Almanach de l’abbé Quesnel), et:
— Clef des Prédictions Carminifiques de l'Almanach du Diable. De l'Enfer par un courrier extraordinaire, — donnant les noms plus ou moins écorchés des personnages visés par de simples initiales dans les Prédictions Carminifiques.
1 38. - CALENDRIER HISTORIQUE AVEC LE JOURNAL DES CÉRÉMONIES et Usages qui s’observent à la Cour, à Paris et à la Campagne. || A Paris, chez Jacques Chardon, Imprimeur-Libraire, rue Galande, à la Croix-d’Or, [puis rue S. Sé vérin] et chez Durand, rueSt-Jacques, au Griffon. 1737, 1741 et 1744. In-12.
Il indique, pour chaque jour de l’année, « l’institution des fêtes, les cérémonies et usages pratiqués en ces jours solennels, les Processions et l’ordre qu'on y observe, les Evangiles; toutes les cérémonies civiles qui méritent le plus l’attention du public ; les naissances, les morts des personnages illustres, les audiences, les principaux marchés de l’IIe de France, et les noms des Seigneurs, des Villages, Bourgs et Paroisses. »
Ce Calendrier fort intéressant par les détails qu'il donne sur les Cérémonies religieuses, paraît être le même que Y Almanach de Paris décrit plus haut (Voir n° 109).
On le retrouve, du reste, à nouveau en 1740 sous le titre de: « Concordance des Bréviaires de Rome et de Paris avec le Journal des Cérémonies, etc. »
[Vente Le Roux de Lincy, n° 1943, 8 fr. — Vente Bossuet, n°43l, 14 fr.
1 3q. — ALMANACH DU DIABLE POUR L’ANNÉE 1738. Aux Enfers, avec Privilège. S. I. (1). In-24.
Cet almanach entièrement gravé, avec titre et frontispice illustrés, est identique comme texte au précédent « Almanach du Diable » pour 1737. La publication ayant eu du succès on l’écoulait sous toutes les formes. Le titre représente un Diable qui sème sa marchandise de par le monde; il vole dans les airs, et la terre est inondée de ses papiers.
Dans un cartouche, au bas de la page, se lisent les vers suivants :
Je rôde par tout ce bas monde Et ne m’arreste en aucun lieu,
Si ce n’est pour y rire un peu Des foux dont je vois qu’il abonde.
(1) M. F. Poüy mentionne un « Almanach du Diable » en 1788. Est-ce une erreur de date ou une réimpression ?
XVIIIe SIÈCLE
Le frontispice représente une grande glace ayant, au-dessus, l’inscription : Ridendo dicere verum.
Contre la glace une console avec les mots: Vide Te (c’est-à-dire «regarde-toi dans la glace »). La mention « Aux Enfers » se trouve placée au bas, dans un cartouche.
En tête est une introduction « à très haute et très puissante » dame La R** de H‘ signée: Asmodée. En une préface quelque peu confuse le Diable définit ainsi son rôle sur terre: Brouiller les sou-
C’est, du reste, comme les précédents, une collection de prédictions mensuelles carminifiques, à la fin desquelles on lit, sous le titre Palinodie : « Hé bienl ne voilà pas encor (sic) la même bévue que l’an passé l Au Diable les Graveurs, Imprimeurs, Relieurs et autres asnes etc... » et suit un nouveau privilège — satirique naturellement — signé Griffart, souhaitant à tous ceux qui les présentes verront, bon appétit et gousset bien garni. Une grande planche également gravée, se
Titre et frontispice de V Almanach du Diable pour 1738, d’après un exemplaire appartenant à M. Paul Lacombe.
verains, mettre en feu toute l’Europe, entretenir des jalousies et des haines parmi les courtisans, entretenir des Discordes dans les Etats, ... servir l’orgueil des Jésuites, l’incontinence des Carmes, l’intempérance des Cordeliers... coëffer des milliers de Maris, semer des zizanies dans toutes les familles et alla id genus , voilà l'exercice journalier d’un Diable qui veut bien remplir ses devoirs. »
Et plus loin: « Mon intention n'a jamais été de vous donner ce qu’il y a de plus fin en Poésie, mais bien ce que vous apele\ vous même des vers à la Diable. » Ce discours « diabolique » se termine par l’indication suivante: « Les exemplaires seront fournis aux curieux. »
: dépliant, donne les Conjectures sur les prédictions . de l’année iy38. On y trouve les noms de tous les personnages et objets visés dans le texte.
[B. N. f| Coll. Paul Lacombe.]
140. - LES AGRÉMENS DE PARIS OU L’ÉCHANTILLON, Almanach pour l’année 1738. In-16.
[B. Ars.]
141. — ALMANACH DE DIEU pour l’année 1738, dédié à M. Carré de Mont-
geron, conseiller au Parlement de Paris. Au Ciel (Paris). In-32.
Titre gravé dans un cartouche : la Religion en deuil pleurant la destruction de Port-Royal.
Almanach janséniste donnant pour chaque mois de l’année les éphémérides qui peuvent intéresser la secte. Il est, en outre, orné de douze portraits reproduisant les principales figures du parti janséniste, chaque portrait ayant, au-dessous, une scène de la vie du personnage représenté. Ces douze portraits sont : Thomas Lemos, Jansénius, Angélique Arnaud, Duvergierde Hauranne, Biaise Pascal, la duchesse de Longueville, Arnaud d’Andilly, Le Maistre de Sacy, Antoine Arnaud, Le Nain de Tillemond, Pierre Nicole, Pasquier, Quesnel.
142. — CALENDRIER HISTORIQUE, par l’abbé le Gros. || Paris.... 1738. ln-24.
[D’après la Lrance Littéraire, 1769.]
143. — ÉTRENNES HISTORIQUES OU MÉLANGE CURIEUX. Pour l’année 1788. Contenant plusieurs Remarques de chronologie et d’Histoire ; ensemble les Naissances et Morts des Rois, Reines, Princes et Princesses de l’Europe, accompagnées d’Époques et de Remarques que l’on ne trouve point dans les autres Calendriers : Avec un Recueil de diverses Matières variées, utiles, curieuseset amusantes. || A Paris, du fonds du sieur Gissey, chez Valleyre père, rue Saint-Severin, à l'Annonciation. M.DCC. XXXVII. 1738 jusquevers 1775. In-24.
Ce calendrier contient, en plus des matières annoncées sur le titre, un « Journal Historique » des principaux événements de l’année; la liste des Archevêchés et Evêchés avec les noms des titulaires et le montant des revenus ; différents tableaux des Poids et des mesures, des monnaies ; les particularités de la ville de Paris et l’état des Troupes de France.
Petit ouvrage qui recevait, chaque année, des augmentations et qui se proposait d’offrir à peu de frais aux curieux une chronologie u propre à rafraîchir la mémoire ou à l'amuser et récréer. »
[A. 1766. Coll, de Bonnechose.]
144. — ALMANACH NOCTURNE à l’usage du Grand Monde à l’instar de l’Almanach de Liège pour l’année M.DCC.
XXXIX. Enrichi de seize Centuries, d’une Historiette Nocturne à la fin de
chaque mois, de Prédictions nouvelles, de Remarques curieuses et d’Énigmes Nocturnes. Par Madame la Marquise D.
N. N. C. || Imprimé à Nuitz chez Scrotin Luna, au Vesper 1739. (Paris, Morel) 1739-1742,4 années in-12.
Recueil. d’histoires et de fantaisies parisiennes (une pour chaque mois) : Le Gâteau des Rois, Le tour de Carnaval, Le poisson d’Avril, La fine veuve, Le faux prince allemand, etc. Sous le titre « Fastes nocturnes » sont rangés une série de petits racontars de la vie mondaine. On y trouve également des « Énigmes Nocturnes » empruntées à un précédent recueil de même nature publié en 1 633 .
Le calendrier est conçu dans la forme satirique alors fort à la mode, c’est-à-dire qu’il annonce des éclipses de Raison, des éclipses de Bourse, des éclipses de Filles et autres de même sorte, puis des prédictions générales par les songes dans le genre de la prédiction suivante : « Une jeune pensionnaire rêvera quelle va à Rome avec un cavalier frère d’une de ses compagnes, elle en rira avec celle-ci et dira qu’on fait beaucoup de chemin en songe. Quelques mois après, elle verra que ce rêve avait raison et que ce cavalier l’aura menée loin en peu de temps. »
Almanach publié par le chevalier de Neufville- Montador et dont la marquise du Châtelet fut, un instant, soupçonnée d’être l’auteur. Cette supposition ne lui plut guère et elle protesta ainsi qu’on peut le voir dans ses lettres, (p. 1 33-1 53).
L’auteur avait eu soin, du reste, de s’envelopper d’un anonymat pouvant prêter à double entente. En tête de l'année 1741 se trouve une préface dans laquelle, tout en critiquant les « écrivains femelles, fléaux de tous ceux qui les fréquentent, prétendant, seuls, à l’esprit et aux hommages de l’univers, » il continue à se faire passer pour femme.
145. — ÉTRENNES D’UNE JEUNE MUSE AU PUBLIC. Par M. Pesselier, Auteur de la Comédie de L’Ecole du Temps. Le prix est de 24 sols. || A Paris, Chez Prault Père, Quay de Gêvres, au Paradis. M.DCC. XXXIX. In-8.
Recueil de pièces de vers. Il s’ouvre par une u Dédicace au Public » que voici reproduite:
C’est au Public intelligent,
Bien moins qu’au public indulgent,
Que je consacre ces Etrennes:
Quoique fort au dessous de lui,
S'il les goûte, dès aujourd'hui Je compte avoir reçu les miennes.
L’auteur Joseph Pesselier, de l’Académie de Nancy, a publié nombre de recueils poétiques.
XVIIIe SIÈCLE
146. — ALMANACH DE PRIAPE POUR L’ANNÉE M.DCC.XLI (sans indication de lieu). In-24.
Almanach érotique entièrement gravé, titre, texte et figures. Il s'ouvre par une pièce de vers: Sacrifice à Priape et se termine également par des vers : Carte de Vénus. A la fin est une grande planche se dépliant : Carte des Voyages de Vénus. Chaque page est avec entourage et petit sujet gravé dans la note des compositions de Gravelot.
[Coll. Régis.]
147. - ALMANACH DES COCUS OU AMUSEMENS POUR LE BEAU SEXE, pour l’année M. DCC. XLI. Auquel on a joint un Recueil de Pièces sur les Francs- Maçons. Ouvrage Instructif, Épigrammatique et Énigmatique, dédié à la Jeunesse Amoureuse, par un Philosophe Garçon. || A Constantinople (Paris), de l’Imprimerie du Grand Seigneur. M. DCC. XLI. Avec approbation des Sultanes. In-12.
Le frontispice Forges à Cornes (4 jambes entrelacées émergeant de derrière un fourrél est la reproduction, sous une autre forme, de la célèbre gravure dite Des petits pieds qui se trouve à la fin de « Daphnis et Chloé, » édition du Régent. Nous trouverons, du reste, cette gravure dans nombre d’ouvrages galants de la fin du xviii® siècle.
Ce livre dans lequel on voudrait, au lieu du calendrier habituel, un « Calendrier des Cocus », s’ouvre par une amusante pièce devers intitulée: « Placet des Maris Cocus au Libraire. »
Plaise à Monseigneur le Libraire,
Qui doit faire voir la lumière A l’Almanach des Mariés,
Que les noms de gens en ménage Comme suspect (sic) de cocuage,
En soient tout à l’heure rayés ;
Vous même, Monsieur le Libraire,
Peut-être êtes-vous dans le cas.
Brûlés (sic) ce caustique exemplaire,
Ou du moins ne l’imprimés (sic) pas,
Car aujourd’hui c’est même chose,
Que mariés, et que Cocus :
Pouvez-vous souffrir que l’on glose,
Tant de Cornards qui sont connus,
N’en faites rien, laissés (sic) ce livre,
Evoyés (sic) paître son autheur (sic) (1),
Sur le commun il aime à vivre.
Le Mariage lui fait peur;
(1) Le placet mis en tête de Y Almanach du Ma riage (voir n° 125) s’arrête à ce vers et la réponse du Libraire suit comme ici.
Vous avés payés (sic) sa copie,
Hé bien, nous vous rembourserons,
Sauvés (sic) aux Maris mil affrons,
Notre Bourse est des mieux garnie,
Que chacun de nous seulement,
Donne pour sa part une obole,
Votre fortune en un moment Sera faite sur ma parole.