‹ Les Alpes françaisesChapitre 54 sur 89 · VOLUME DES GLACIERS DU MONT BLANC · texte numérisé non relu

VOLUME DES GLACIERS DU MONT BLANC

lions de mètres cubes, assez pour alimenter le débit constant du Rhône sous le pont de Beaucaire, pendant cinquante jours.

Pour établir un terme de comparaison entre les glaciers de Chamonix et ceux de TOberland bernois, ou ' même de la chaîne entière, nous dirons, d'après M. E. Leva^seurS que le glacier d'Aletsch dont la superficie est de 1 29 kilomètres carrés a i o milliards 800 millions de mètres cubes de glace, tandis qu'on évalue à plus de 4000 kilomètres carrés la superficie de tous les glaciers des Alpes.

Malgré cet amoncellement prodigieux de rochers et de glaces, malgré les difficultés de son ascension, le mont Blanc a livré aujourd'hui presque tous ses secrets à la curiosité des grimpeurs et des savants. Lorsque les flancs de la grande montagne ont été déflorés, les Alpinistes sont allés plus loin chercher des périls à braver, des merveilles à découvrir; ils ont attaqué de leurs piolets, les cimes les plus élancées du Valais, de la Suisse, des frontières italiennes et des Alpes de l'Autriche. Mais le massif du Mont-Blanc qui a partagé sa gloire avec les glaciers de l'Aar et de l'Oetzthal, restera toujours le centre des études scientifiques et l'observatoire le plus élevé de l'Europe!

Sur la proposition de M. J. Janssen (1888), le Club Alpin français a fait construire un observatoire annexé au refuge des Grands-Mulets (3050"*). Mais ce n'était pas

t Levasseur, Les Alpes ^ p. 23.

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assez pour le savant et intrépide Directeur de l'observatoire de Meudon ; il voulait que le sommet du dôme lui-même servît de base à un établissement scientifique stable. La réalisation de ce désir devant être retardée par des obstacles presque insurmontables, M. J. Vallot, en 1890*, a établi sur le Rocher des Bosses, à 400 mètres au-dessous de la cime, un chalet observatoire (fig. 28), construit dans d'excellentes conditions de solidité.

Tout y est installé pour faciliter les observations et les expériences astronomiques et météorologiques. L'année dernièreM . J. Janssen, pendant son ascension en traîneau, fut surpris par un cyclone et dut se réfugier avec ses guides dans l'observatoire de M. Vallot. Après la tempête, il put se faire hisser jusqu'au point culminant, et le spectroscope lui révéla de nouveau l'absence de l'oxygène dans les enveloppes gazeuses du soleil. L'importance de cette vérité acquise lui fît vite oublier ses fatigues et les dangers passés. Le mont Blanc avec ses 4810 mètres,, quel magnifique piédestal consacré à la science !

Espérons encore qu'on réalisera le projet d'un tunnel international entre la vallée de l'Arve et celle de la Dora-Baltea, et qu'il y aura un lien de plus entre la France et l'Italie!

Au mois d'août dernier (1891), M. J. Janssen* nepoU-

* Cy. M. J. Vallot, Construction de Tobservatoire du mont Blanc (j4nn, C. /^. f*., 1890, p. 38). — Cf. M. J. Janssen, Une ascension scientifique au mont Blanc (/4nn. C. j4. F,, 1890, p. 395).

* Janssen, Note sur l'observatoire du mont Blanc (Comptes rendus Acad, des sciences y t. CXllI, n* 18, a nov. 1891, p. 573).

vant renoncer à son projet d'établir un observatoire sur le dôme même du mont Blanc, chargea MM. Eiffel et Imfeld de commencer des travaux de sondage pour déterminer Tépaisseur de la croûte de neige durcie qui recouvre la roche, et pour se renseigner sur l'importance des fondations nécessaires à la construction.

L'attaque a été faite du côté de Chamonix, à 12 mètres environ du sommet, en distance verticale. Cette galerie horizontale, de 23 mètres de longueur du nord au sud, ne rencontra aucun pointement de rocher. 11 n'y avait que de la neige plus ou moins durcie, sans être transformée en glace véritable.

Une autre galerie, transversale à la première, dirigée de l'est à l'ouest, suivant l'arête terminale de la montagne , et poussée sur une longueur de 23 mètres, n'obtint pas un meilleur résultat. Pourtant, M. Janssen ne regarde pas comme impossible l'établissement d'une construction permanente sur la cime du mont Blanc. Seulement il faudra employer des procédés aussi nouveaux que spéciaux. Toutes les parties de la construction doivent être liées assez fortement pour rester solidaires les unes des autres. Au moyen de tranchées ouvertes dans la glace et de vis ou vérins convenablement disposés, on pourrait maintenir Tédicule dans sa position primitive, si la glace venait à subir des déplacements, et pour lutter contre les tempêtes, on enfouirait dans la neige l'étage inférieur et une partie du supérieur. L*été prochain, on reprendra les travaux interrompus par ITiiver.

Depuis le col de la Séigne et le Petit-Saint-Bernard,

ainsi qu'à partir des grands glaciers italiens du Ruitor (3332") jusqu'à la Levanna (3619""), les crêtes des grandes Alpes Graies sont presque toujours couronnées par des diadèmes de glace. Nous ne citerons que les glaciers du Fond^ de la Grande-Sassière (fig. 29), dtRbème, de la Pointe de Calabre, de la Galise, où sont les sources de V Isère, le glacier du col de la Wocbe et tous ceux qui entourent le mont Iseran ; enfin les glaciers de la Levanna dont les eaux de fonte donnent naissance à Y Arc. Plus au sud, une suite de glaciers, ceux du Mulinet, du Grand- Méan, de Séa, à'Arnès, du Baounet, du Clapier, de Roche- Melon, du Chapeau, de la Pointe de la Ronce, suivent les sinuosités de la chaîne frontière en se maintenant à une altitude de plus de 3000 mètres, et ils viennent aboutir à Test du passage du mont Cenis.

A la hauteur du mont Iseran, entre les sources de risère et de TArc, un énorme contrefort se détache de la chaîne principale et se dirige à Touest, tout en constituant un. massif en forme de croissant irrégulîer, mais parfaitement circonscrit par la vallée de la Tarantaise et par celle de la Maurienne. C'est le massif de la Vanoise. II donne son nom aux grands glaciers et aux vastes névés qui recouvrent ses principaux sommets. Le col du mont Iseran semble, pour ainsi dire, l'isoler de la grande ligne de faîte, et le Château-Bourreau ou Cimede-Caron (3148™), marque sa limite au sud-ouest. Les placiers de la danoise forment des amas de glace considérables dont les eaux se déversent, soit dans le bassin de l'Isère, soit dans celui de l'Arc. Ils se développent sur une

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