‹ Les Alpes françaisesChapitre 53 sur 89 · DE SAUSSURE, DESOR, AGAS9IZ, DOLLFUS-AUSSET · texte numérisé non relu

DE SAUSSURE, DESOR, AGAS9IZ, DOLLFUS-AUSSET

Pendant que Dollfus-Ausset, Desor, Agassiz et tant d'autres continuaient les observations de Hugi (1827), au glacier de TUnter-Aar (1840), Forbes vînt s'installer sur la Mer de Glace (1843). Ce fut là qu'il créa sa théorie de la viscosité et qu'il découvrit quelques-unes des lois de la progression des glaciers et de la répartition des vitesses dans les divers points de leur masse. Tyndall (i 859-1 871) y vint à son tour pour apporter plus de précision dans ces mêmes études, en mesurant directement le déplacement annuel des blocs erratiques et des poteaux qu'il faisait planter dans la glace. Les cirques et la grande vallée qui s'ouvrent dans les flancs nord du mont Blanc ne sont donc pas plus célèbres par l'aspect magique et les merveilles de leurs glaciers que par la science et la gloire des savants qui les ont observés.

Plus au nord, sur le versant italien, sur le versant de la Doire Baltée, s'étale le glacier du mont Dolent, épanoui largement dans le haut, resserré dans le milieu et se dilatant de nouveau dans le bas comme une gerbe de blé. W Rendu, un des plus illustres pionniers de la science des glaciers, après avoir considéré que cette masse de glace pouvait s'élargir dans la vallée ouverte devant elle, et modeler ses contours sur les flancs des pentes voisines, dès qu'elle avait franchi l'étroit défilé qui rétouflFait, comprit que la glace, malgré sa rigidité apparente, avait la propriété étrange de se mouler sur son lit, de resserrer sa surface ou de la dilater, d'amincir ou de gonfler sa masse en vertu d'une certaine plasticité.

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Ce fut ainsi qu'il créa la théorie du. mouvement plastique des glaciers (1841), que Bordier, de Genève, avait déjà entrevue en 1773.

Par ses études sur la Mer de Glace et au glacier de VUnter-Aar, Forbes avait créé la théorie de la viscosité, qui n était pas plus exacte que celle de la plasticité: car, au lieu d'analyser le phénomène dans son essence, elles s'en tenaient toutes les deux aux apparences, aux faits extérieurs. La gloire de découvrir la vérité et d'expliquer l'apparente plasticité de la glace par la regélation était réservée à Tyndall. Son véritable laboratoire fut la Mer de Glace y et les expériences délicates qu'il fit à Londres, sous les yeux d'un savant public, n'étaient que la reproduction en petit des phénomènes qu'il venait d'étudier en aval des séracs du Géant.

Qyoi qu'il en soit, le mont Blanc, comme le dit Elisée Reclus S est, dans sa faible étendue relative, un monde de neige et de glace! Tout le massif est frangé de ces fleuves solidifiés qui descendent au loin dans les vallées. Près de la moitié des neiges et des glaces qui recouvrent le massif se trouve sur le versant français et s'épanche dans l'Arve. Sur les 282 kilomètres carrés de glace que comprend la superficie du mont Blanc, le versant français en compte 168, représentant la surface des vingt-cinq grands glaciers qui les tapissent. D'après Huber, on pourrait évaluer la masse cristallisée qui s'incline vers la vallée de Chamonix à 7 milliards 580 mil-

* E. Reclus, La France^ p. 207.

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