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GLACIERS DES ROUSSES ET DE BELLEDONNE I

Tout cet ensemble avec les glaciers précédents constitue, à proprement parler, les Alpes du Daupbiné. C'est d'abord la chaîne des Grandes-Rousses (3473"), couverte de glaciers sur ses deux versants. Ceux de l'ouest, qu'on voit si bien de Lyon, plaqués sur des pentes très raides, sont moins développés que les glaciers de Saint-Sorlin, des Quirlies, du Grand Sablât qui s'étalent sur les pentes moins abruptes exposées à Test. La vallée del'Olle sépare ces glaciers des névés de la chaîne du pic de Belledonne (fig. 30) qui, elle-même, se divise en deux chaînons parallèles entre lesquels s'alignent les Sept-Laux. Autour du grand pic, il n'y a que des névés qui vont se relier aux petits amas de glace qui entourent les Sept-Laux et qui se terminent au nord près du glacier du Gley^in, au-dessus de la Ferrière-ti'AUevard, au Grand-Charnier (2560*"), et même au glacier du Crosse t, près du pic du Frêne (2808"^) ou roche de Saint-Hugon.

Ces petits lacs aux eaux noires, perdus au milieu de solitudes hérissées de rochers et de pics, parsemées de neige et de glace, donnent à ce site un étrange caractère de tristesse et d'âpreté. On y oublie bien vite les merveilles de la civilisation et de l'industrie, qui brillent tout près dans les vallées inférieures voisines*. La nature règne en maîtresse, et, là, il lui plaît de faire sentir la rigueur de son pouvoir.

Le panorama immense que le grimpeur voit, du pic de Belledonne, se dérouler devant ses yeux, forme le

* Bains, forges et hauts fourneaux d'AUevard.

contraste le plus magique avec le sauvage aspect de la vallée des Sept-Laux (fig. 31). Autour des lacs, tout est restreint, triste et monotone; partout la désolation et le silence ! Les journées sont courtes ; l'ombre abritée par de hautes cimes semble résister longtemps aux rayons du soleil !... Du sommet de la redoutable dent, le regard se perd dans les flots joyeux d'une pure lumière ; il se laisse absorber par les tons variés d'un infini qui n'a pour limite, au delà du Rhône et de la Saône, que la chaîne bleuâtre des Cévennes et des montagnes du Lyonnais et du Beaujolais !

En s'échappant des Alpes du Dauphiné, la Romanche reçoit les eaux des glaciers de VOisans et du groupe du Pelvoux, groupe le plus riche et le plus important après celui du mont Blanc. Toute une série de puissantes montagnes aux cimes périlleuses, aux crêtes élancées constitue une formidable enceinte, presque circulaire, autour des pauvres hameaux des Étages (fig. 32), et de laBérarde (1738""). Une seule échancrure est assez profonde pour donner accès vers ces chaumières isolées et laisser les regards pénétrer jusque vers les Écrins et le pic Lory. Les eaux torrentueuses du Vénéon s'écoulent en écumant vers la Romanche.

Pour décrire cette célèbre station, nous ne pouvons mieux faire que de céder la plume à Élie de Beaumont qui, le premier, en a fait connaître l'intérêt et le caractère étrange *.

* É. de Beaumont, Faits pour servir à l'histoire des montagnes de rOisans (Ann. des Mines, 3«sér., t. V, p. 367).

« Les montagnes de l'Oisans ne présentent, il faut en convenir, que des beautés géologiques. Le voyageur ordinaire n'y trouve que de belles horreurs. Il y cherchera vainement ces paysages à la fois gracieux et grandioses quiTattirentàsijustetitreà Grindelwaldet à Chamonix. Le fond des vallées est trop élevé pour que la végétation puisse embellir de son luxe les bases de leurs flancs glacés. Quelques maigres pâturages y cèdent bientôt la place à la neige ou à la roche nue ; quelques trembles, quelques bouleaux clair-semés ombragent presque seuls le vallon de la Bérarde. La combe de Malaval et les vallons deBeauvoisin et d'Entraigues sont entièrement nus.

« Des bois de mélèzes, mal fournis, revêtent par une rare et mesquine exception les pentes qui descendent vers le Casset et le Val-Louise. Les neiges et les glaciers de ces montagnes sont leur seule décoration, et il faut se donner quelque peine pour y atteindre des points d'où on ait une reculée suffisante pour les bien voir. Moins hautes sans doute que le mont Blanc et la Jungfrau, les montagnes de l'Oisans paraissent encore bien moins hautes qu'elles ne sont, à cause de Télévation absolue des vallées et à cause de leur encaissement qui ne laisse voir que les cimes d'un petit nombre de points. Il faut essayer d'y monter pour bien se persuader qu'elles sont hautes et, même alors, l'œil a quelque peine à se rendre au témoignage des jambes. L'œil ne rencontre que des contours polygonaux, des lignes brusquement brisées qui donnent à tout l'ensemble un caractère fragmentaire et petit. »

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