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ELIE DE BEAUMONT. CIROPE DE LA BERARDE

Reprenant les idées théoriques de Humboldt et de Léopoidde Buch, sur la constitution de ces formes orogéniques, de ces étoilements de montagnes, que ce dernier savant avait improprement zppelés cratères de soulèvement au lieu de se servir des expressions plus justes de cirques de soulèvement y Elie de Beaumont, le premier, en signala un magnifique exemple en France, dans la grande dépression circulaire de TOisans. Cest ainsi que, avant la publication des annuaires des Clubs Alpins français et étrangers, et celle des ouvrages de MM.Joanne, Coolidge, Duhamel, Lory, Whymper, Aristide Albert, F. Perrin, etc. , bien avant l'escalade de presque tous les pics de TOisans par les ascensionnistes modernes, il sut appeler l'attention du monde savant et des touristes sur cette région des Alpes Françaises restée presque inconnue.

Sans doute, on doit toujours suivre les derniers progrès d'une question scientifique, mais il n'est pas non plus sans intérêt de rechercher quel en a été le point de départ, et de remonter à son origine. Cest ce que nous ayons essayé de faire. Nous blâmera-t-on de rappeler ici les anciens travaux d'Élie de Beaumont sur le cirque de la Bérarde et de répéter une description topographique, toujours vraie, dans laquelle il est facile de reconnaître la touche d'un des maîtres de la science ?

Pour mieux faire comprendre la disposition orographique des montagnes qui entourent la dépression de la Bérarde, Élie de Beaumont* en compara l'ensemble à

* Dufrénoy et Elie de Beaumont, Mémoire pour servir à une description géologique de la France, p. 371, Paris, 1834.

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une fleur moitié éclose, dont les étamines sont représentées par des masses granitiques non stratifiées et des lambeaux irrégulièrement disloqués de gneiss. La corolle entr'ouverte est figurée par des couches de gneiss qui, sur presque toute la circonférence du groupe, s'appuient sur les masses granitiques de l'intérieur pour s'enfoncer sous les dépôts secondaires. Le Pelvoux forme, pour ainsi dire, le pétale le plus développé de cette étrange et grandiose fleur ! Le petit hameau de la Bérarde, couvert de neige sept mois de l'année, occupe le centre de ce calice ou plutôt de ce cirque immense, dont les bords élevés de 3 à 4000 mètres, présentent un pourtour de 60 kilomètres et un diamètre de 16. C'est du haut de la masse serpentineuse du mont Genèvre, à l'est de Briançon, qu'il est le plus facile de se rendre compte de cette disposition orographique singulière. De là, le Pelvoux (3938'"), le rival desÉcrins(40i3 "') (fig. 33), ^e projette comme une large pyramide isocèle, et la face qu'il présente est couverte d'un glacier qui descend du côté du spectateur. 11 occupe le milieu du profil de tout le massif primitif qu'il domine en entier. De part et d'autre, les cimes qui lui forment, une sorte de cortège, offrent une symétrie des plus remarquables: presque toutes sont coupées k pic du côté qui regarde la grande cime et offrent un talus du côté opposé.

Quoiqu'il en soit des théories adoptées pour en expliquer la formation, le cirque de la Bérarde dépasse en étendue les plus grands cratères volcaniques du globe ; à l'Etna, le Val del Bove ne mesure que 5500 mètres et aux

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îles Sandwich, le Kilauea, sur les flancs du Mauna-Loa^ présente également le même diamètre. Il est vrai que d'autres cratères d'ancienne formation sont plus vastes que ces derniers; ainsi celui du Cantal mesure lo kilo-mètres d'ouverture K

Mais la théorie des cratères ou des cirques de soulèvement n'est pas admise, et nous ne leur avons encore comparé la dépression de la Bérarde, que pour mieux faire ressortir certaines affinités fortuites des formes extérieures, sans rien laisser subsister d'une prétendue similitude dans le mode de formation : comme nous Tavons dit souvent, ce sont des refoulements, des plissements latéraux et non des soulèvements cratériformes qui ont façonné les Alpes Françaises, et les montagnes du massi du Pelvoux, ne font pas exception. Ainsi, l'ensemble de ce qu'on appelait autrefois les ruines du cirque ou du cratère de soulèvement de la Bérarde fait partie d'un énorme système de plissements très étendus, auquel appartiennent les chaînes de Belledonne, des Grandes- Rousses, du mont Blanc et de toutes les diverses zones de roches cristallines, qui suivent la direction moyenne des grandes Alpes.

Ces plissements longitudinaux ont souvent un versant plus rapide que l'autre. Précisément, dans le massif du Pelvoux, on peut suivre un de ces plis, disposé de

* Les cratères de la lune sont encore plus vastes. Les cirques de Clavius, de Schickard, de Petau, ont 210, 200 et 150 kilomètres de diamètre. •

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cette façon, depuis la Meije, au nord, jusqu'au delà du Pasde-la-Cavaky au sud (2897 *"). La Romanche, la Guisane, le Vénéon, la Severaisse, les torrents des Bancs, de la Selle, de Fournel, occupent le fond des crevasses transversales, et c'est grâce à un entre-croisement particulier de ces divers plissements et vallées, que ce groupe de montagnes présente cts dispositions orographiques étranges, si longtemps mal interprétées et qui rendent pourtant très bien compte du mode de groupement des glaciers du Pelvoux. Ce sont leurs névés et leurs glaces qui recouvrent chaque pétale de Timmense corolle décrite par Élie de Beaumont.

L'ensemble de tous les glaciers de TOisans offre un développement considérable et, sans quitter des champs de neigé et de glace, on peut parcourir un circuit de 60 à 80 kilomètres environ, depuis le bord ouest du glacier du mont de Lans jusqu'au glacier du Pierroux, dont les moraines s'écroulent dans la vallée du Vénéon, en face de Saint-Christophe. Sur la feuille de Briançon, de la carte du Dépôt de la Guerre au 80.000*, figurent les noms de trente-quatre glaciers, sans en compter beaucoup d'autres moins importants qui ne portent aucune désignation.

Le plus grand-est le glacier du mont de Lans, qui n'a pas moins de 8 kilomètres de longueur sur 3 de largeur en moyenne ; il s'étale au nord sur les pentes qui dominent la vallée de la Romanche et la route de Briançon ; c'est à lui que commence cette longue couronne de glaciers qui entoure la dépression de la Bérarde; chaque vallée et

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chaque cirque, ouverts sur les flancs des plus hai4|iiî^ cimes, servent de lits à des courants de neige et de ghsé^ dont le volume est en rapport avec les dimensions des cuvettes de réception et des profondeurs où ils's'amassèrit et d'où ils s'écoulent lentement. La crête qui dessine Je pourtour du cirque est même telleitiént étroite, que tes glaciers se déversent alternativement soit au centre, du côté de la Bérarde, soit sur les pentes extérieures. Ainsi les glaciers de la Selle, de la Bonne-Pierre, de la Pilatfe, du Chardon, du vallon des Seleites, de la Mariande, du Pierroux, viennent en convergeant apporter le tribut de leurs eaux dans le bassin du Vénéon, tandis que les autres, les glaciers du wo«/ ^^ Lans, du Clôt des Cavales^ de la Platte-des- Agneaux, à'Arsine, le glacier Blanc, le glacier Noir, le glacier du Selé, etc., etc., se déversent dans les vallées extérieures, de la Romanche, de la Guisane, de la Vallouise, qui cernent le massif du Pelvoux, au nord, à Test et au sud.

Ce serait un plaisir pour nous de rappeler les escalades glorieuses et pleines de périls, tentées avec succès par MM.Whymper, Baretti, Vincent, Coolidge, Devin, Perrin, Duhamel et par tant d'autres alpinistes dont nous ne pourrions citer tous les noms. Nous aimerions aussi à décrire, d'après leurs travaux, les merveillesde l'Oisans : la Barre-deS'Écrins (4103 ""), la plus haute cime du Dau- * phiné, la noire Afei/^ (3987 "") (fig. 34), le P^/z;ow;c (3938"*), qui donne son nom au massif dont il occupe le centre, le pic (4083"™) dédié à Lory, ce savant professeur qui s'est si bien identifié avec les Alpes Dauphinoises, enfin l'abîme

immense où viennent s'engloutir les glaces et les nâç*. raines du glacier Blanc et du glacier Noir, ce gouffre dl; i la Haute-l^allouise, gouffre de près de 2000 mètres de profondeur, resté béant au pied des Ecrins et du Pelvoux ! Mais nous sommes entraîné plus loin par les rigueurs de notre programme. Au lieu de céder aux impressions de notre jeunesse, encore pleines de vivacité, au lieu de nous attarder à évoquer le souvenir de nos courses et de nos études, il nous faut à regret dire adieu à TOisans, à ceux qui Taiment, à ceux qui l'on fait connaître!

Au sud du massif du Pelvoux, il n'y a plus de grands groupes de glaciers, ni même de glaciers considérables, mais seulement des amas de névés et de glaces plus ou moins étendus, qui ne peuvent persister toute Tannée que si une disposition favorable du sol les met à Tabri des rayons solaires d'une manière suffisante.

Donc, presque partout, même sur la plupart des mohi tagnes les plus élevées, on voit disparaître irrégulière^. ment et petit à petit les neiges de l'hiver et du printemps! Les glaciers permanents sont rares.

En face de Y aiguille cfOlan (3833"^) (fig. 35) et de la grande ceinture des glaciers du Pelvoux, le glacier de Man-Cros, abrité par la crête du mont Chaillol (321 1 "™), apparaît sur les pentes nord du Valgodemar. Dans une position analogue, mais plus à l'est, il y a encore deux glaciers, le glacier de Chaulier et un autre moins important; ils se maintiennent à l'abri du Grand-Pinier (3126"^) et du Petit'Pinier et laissent couler leurs eaux dans la Biaysse, un des affluents de la Durance. En se

Falsam, Les Atpes Françaises.

dirigeant encore du côté du Viso, on voit apparaître deux glaciers à Tombre du pic d'Asti (3163"") et du sommet de V Aiguillette (3297"*), sur les limites du Queyras et de l'Italie. Les flancs de la grande pyramide sont trop abrupts pour retenir des glaciers, et la neige ne fait que blanchir leurs crevasses et leurs anfractuosités. Plus au sud, dans TEmbrunais, quatre petits glaciers forment un groupe isolé, plaqués, chacun, dans les cirques creusés à la base nord des pics de Panestrel (3233 "'), de la Font-Saficte{} 141"'), des Heuvières (3273"^) et du pic Signalé (3236"™). Au sud-est de Guillestre et sur les frontières de la France, c'est-à-dire de TEmbrunais et de ritalie, les glaciers de Marinet sont protégés par les cimes de V aiguille de Chambeyron (3400"*), contre l'action destructive des rayons solaires et terminent, avec celui de la Roche-Blanche ou de la Rocca-Blancia (3193**), sur 4a frontière, la série des glaciers des Alpes Françaises. Mais en descendant plus avant vers les Alpes Maritima&y on voit apparaître surle versant italien un assez grandglacier, le Ghiacciajo délia Maledia\ qui se développe sur les pentes septentrionales du Clapier de Pagarin (3046"*) et de la Cima dei Gelas (3 1 37 "™), le mont Blanc des Niçois, leur cime populaire, à Test et non loin de la cime rivale du Mercantour (3167 "'), au nord-est de Saint-Martin-de- Lantosque.

A Cf. Valentin de Gorlofif, Ascensions dans les Alpes Niçoises. (Ann. C. Â. F. y 17® année, 1890, p. 155). — CarU de France du s^rwVtf wWVw/, feuîHe XXVn-52. Fontan.

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