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ACTION DES GLACIERS SUR LEURS LITS

avec les conditions de chaque climat qui les ont ouvertes en plein terrain.

On ne peut donc, comme Tyndall et d'autres géologues S attribuer le creusement des vallées de la première catégorie à l'action des glaciers.

Certes, nous sommes loin de nier la puissance destructive de pareils agents, mais nous croyons leur faire une part assez belle dans la production de ce genre de phénomènes en disant qu'ils ont entraîné les débris rocheux qui encombraient le fond des plis synclinaux placés sur leur route et que, par les efforts de leurs masses douées d'un mouvement irrésistible, d'une force immense, ils ont modifié tous les profils et toutes les saillies qui subissaient leur contact. Autant cette force est puissante, lorsqu'il est question de lutter face à face contre un obstacle qu'il s'agit de vaincre, autant elle est dépourvue d'effets énergiques, lorsque la masse glacée s'avance sur des surfaces ondulées et arrondies, ou anciennement moutonnées. Dans ces conditions restreintes, si l'action se propage longtemps, elle peut néanmoins amener des résultats assez considérables et donner à toute une contrée l'aspect d'un paysage morainique. Pendant leur progression, les glaciers se bornent donc à moutonner y à arrondir les roches placées en saillies sur leur passage et à polir, en les couvrant de stries et de cannelures, les surfaces rocheuses peu ondulées ou

i Tyndall, The excavation of the Valleys of the Alps (PbiL Magas.f 4« sér., t. XXIV, p. 377, novembre 1862).

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planes sur lesquelles ils peuvent glisser facilement. Ces deux ordres de phénomènes sont bien rendus sur la figure 52: dans le bas, des surfaces polies, à droite un peu plus haut des roches moutonnées. Au fond apparaît un glacier qui certainement n'a pas creusé la vallée qui le renferme.

Nous avons toujours pensé, comme M. Ch. Grad S M. A. Favre et d'autres observateurs, que la plupart des géologues avaient exagéré l'action destructive résultant de l'avancement des glaciers sur le fond de leur lit, en disant qu'ils pouvaient ainsi arracher des masses énormes de rochers pour en constituer, en grande partie, les éléments de leurs moraines profondes. Les récentes observations que M. Ch. Rabot a faites de visu, en parcourant les glaciers polaires et même en pénétrant sous une branche du Svartis (Laponie), ont confirmé complètement notre manière de voir.

Quand les moraines superficielles sont très réduites, il n'y a en dessous du glacier que quelques pierres grosses comme le poing. 11 est vrai que des explorateurs danois ont constaté l'existence de véritables moraines profondes sous plusieurs glaciers de la côte orientale du Groenland, mais précisément cts courants de glace charriaient aussi sur leur dos des amas de débris assez importants, tombés des crêtes voisines.

« La moraine profonde est donc uniquement com-

4 Cf, Ch. Grad, Les glaciers et l'origine des wzXXéts (Annuaire du C. A. F., 3« année 1876, p. 474).

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posée de blocs provenant de la surface du glacier et tombés à travers les crevasses, au fond de son lit. On a affirmé qu'elle était également constituée par des pierres arrachées, par la glace en mouvement, au sol sur lequel elle glisse; l'observation n'a pas vérifié cette hypothèse ^ »

Après de semblables affirmations faites par un observateur consciencieux, il devient pour ainsi dire impossible d'attribuer à l'intervention des anciens glaciers l'ouverture et le creusement des grandes vallées alpestres.

Dès qu'elles furent ouvertes, de tout temps, les vallées ont été soumises à l'action des agents de l'atmosphère et à celle des cours d'eau, tantôt violents et rapides, tantôt substituant à des efforts énergiques et irréguliers une action lente et continue. Mais nous devons ajouter que, pour les vallées résultant des derniers soulèvements tertiaires et quaternaires, la glace est venue joindre son intervention à celle des eaux pour en façonner les profils et en déblayer les fonds.

L'ensemble des effets produits ne peut évidemment que s'équilibrer avec la puissance des forces enfermées dans le grand atelier de la nature; seulement, pour essayer de tout expliquer, il faut mettre à contribution toutes ces forces, au lieu de n'en faire intervenir qu'une seule ou un petit nombre d'elles.

1 Ch. Rabot, Les glaciers polaires et les pbénotiûnes glaciaires ac^ tuels; conférence faite à l'Association Française pour ravancement dfs sciences. Revue scientifique ^ t. XLVI, n® 3, 19 juillet 1890.

AFFOUILLEMENT GLACIAIRE 257

Puisque nous ne pouvons attribuer à la glaciation la formation des vallées, nous sommes encore moins disposé à croire que le creusement des lacs n'est qu'une conséquence de la progression des anciens glaciers. Nous ne pouvons répéter ici ce que nous avons déjà dit à cet égard dans un autre ouvrage pour appuyer notre opinion*, aussi nous nous bornerons aux observations suivantes.

A moins qu'il ne s'agisse de lacs peu profonds, creusés dans des terrains presque meubles, on ne peut rapporter leur origine à ce qu'on appelle V affouillement glaciaire, La force qu'on invoquerait ne serait pas proportionnée au résultat à obtenir. D'ailleurs, on n'a qu'à étudier avec soin la disposition des couches géologiques voisines des lacs et à en faire des coupes, pour se convaincre facilement que la plupart de cts lacs sont logés dans des cuvettes naturelles au fond d'un plissement de terrain ou près des lèvres d'une faille, ou même dans une dépression due à un tassement ou à un effondrement.

Toutes les fois que des lacs se sont trouvés dans le domaine de l'action des glaciers, ceux-ci, comme pour les grandes vallées, n'ont fait qu'en émousser ou en arrondir les saillies et les angles.

Pour expliquer l'afïouillement d'un lac, on a comparé souvent le front d'un glacier en marche au soc d'une charrue ouvrant le sol et y creusant des sillons. Pourtant

i A. Faisan, op. cit,^ p. 152, etc., 1889.

Falsam, Les Alpes Françaises. 17

la différence est grande entre le soc d'une charrue et le front d'un glacier. Si Ton avait donné à ce soc la forme large et aplatie d'un glacier, il n'aurait fait que glisser sur le sol au lieu de Tentamer et de Texcaver profondément *. Parfois des effets d'érosion ont pu être rattachés à une sorte d'aflfouillement, mais il faut en restreindre la grandeur et le nombre. 11 n'y a là qu'une simple usure, par frottement et peu profonde, de roches plus ou moins tendres, ou qu'un bouleversement des couches superficielles d'un sol meuble, couvert de prairies ou de forêts.

Notre sujet était trop précis, pour que nous pussions nous contenter de ces aperçus généraux sur certains phénomènes météorologiques de la grande chaîne des Alpes. Il nous fallait quelque chose de spécial, s'adaptant mieux aux Alpes Françaises. Pour obtenir ce résultat que des circonstances particulières ne nous permettaient pas d'atteindre, nous avons recouru au savoir et à l'obligeance de notre excellent ami, M. le D' Magnin, professeur à la Faculté des sciences de Besançon.

Nous savions que ses études de botanique l'avaient conduit à s'occuper avec soin de la climatologie des Alpes Occidentales, et nous espérions qu'il ne nous refuserait pas de Joindre quelques pages à notre manuscrit.

Nous avons aujourd'hui à lui offrir nos remerciements et certainement ceux de nos lecteurs.

*■ Cy. G. de Mortillet, Le Préhistorique ^ p. 300,

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