LE RÉGIME FORESTIER
§ !•'. — Acquisitions de terrains.
Le législateur de 1882; en imposant à l'État la charge d'acquérir les périmètres de reboisement obligatoire, s'est proposé d'empêcher, pour l'avenir, tout conflit avec les communes, au sujet de la jouissance du sol, et de garantir, par là même, indéfiniment, l'effet des travaux exécutés.
Mais le droit d'expropriation et l'argent du Trésor suffiront-ils pour permettre de créer tous les périmètres qui importent à l'intérêt public ?
Certainement non, attendu que la réussite d'un projet de périmètre obligatoire dépend d une série d'enquêtes et de discussions au sein de toutes nos assemblées électives, depuis le conseil municipal de la commune propriétaire, jusqu'au Parlement; elle implique conséquemment un accord complet entre l'administration et l'opinion locale; et si cet accord n'existe pas, le projet risque fort de ne pas aboutir.
L'attachement des montagnards aux parcelles, même les moins productives de leurs territoires, est extrêmement vif.
496 ÉTUDES SUR l'économie alpestre.
a: teu nous importe, disent-ils, l'argent que recevra la caisse municipale; c'est du communal qu'il nous faut, nous n'en aurons jamais assez. )> Ce langage s'explique facilement : l'argent a le pouvoir, en effet, d'indemniser immédiatement d'un dommage quelconque, dans les contrées industrielles accoutumées à l'échange, parce que la population sait y transformer d'elle-même, et de suite, en instruments de travail, les capitaux qu'elle reçoit; mais il n'en est plus de même là où le cultivateur vit exclusivement du fruit de son petit domaine et des productions spontanées du communal : des aliénations en faveur de l'État, sans compensations en nature à ces produits annuels dont on. va le priver pour toujours, ne lui font entrevoir que des troubles nouveaux et des privations plus grandes, au milieu d'une existence trop rude déjà. C'est pourquoi Tassiette d'un périmètre de reboisement ne sera jamais acceptée, de bon cœur, que si on la compense par Tune ou l'autre de ces importantes améliorations pastorales dont il est parlé dans cet ouvrage.
Quel est donc le premier devoir de l'État envers les intéressés? C'est d'agir de telle sorte que les indemnités aillent trouver les propriétaires qui auront à souffrir réellement de la dépossession, c'est-à-dire le plus souvent, non pas l'ensemble des habitants d'une commune donnée, mais les exploitants des terrains voisins du périmètre projeté.
Comment les riverains ne s'opposeraient-ils pas de toutes leurs forces à la réalisation de projets de reboisement, quand ils prévoient que les prix d'acquisition tomberont dans la caisse communale, et qu'ils n'en profiteront que très peu ou point, alors que tout seuls ils subiront la privation du pâturage ? Combien moins ils seraient portés à se montrer hostiles aux mômes projets, si l'État, acquéreur, leur promettait son appui moral et ses conseils, à l'effet d'obtenir que le prix