VIII INTRODUCTION
d'un produit insignifiant; elles excitaient néanmoins toujours d'invincibles hostilités. Pourquoi? Uniquement en raison de l'extrême pauvreté du pays. L'habitant se résigne volontiers à la vie la plus frugale et la plus rude, mais il regarde les ressources en nature, que lui fournit la montagne d'aujourd'hui, comme un minimum irréductible ; de là ses résistances obstinées contre toute entreprise qui lui paraît devoir resserrer encore les pâturages dont il a la jouissance.
Mais la loi de 1882 invite, si l'on rétrécit sur im point, par des mesures quelconques de restauration, repos temporaires ou reboisements, la surface des terrains tant soit peu enherbés, à faire surgir à côté une amélioration capable de compenser, et bien au delà, la perte de produits qui en résultera. Grâce à elle, l'antagonisme existant de fait entre l'intérêt public et les intérêts agricoles de certains villages ou hameaux ou de conununes entières, peut donc être supprimé désormais.
On comptera plus tard trois phases, dans l'histoire de la Restauration des Alpes : l'ère de la loi de 1860 et des premières expériences ; l'ère intermédiaire, que nous traversons, et qui sera caractérisée par le reboisement intégral des périmètres restreints, mais de reconstitution urgente, acquis par l'État, depuis 1882; enfin l'ère de la restauration définitive, qui s'ouvrira lorsqu'on se décidera à aider résolument la population à faire surgir partout des ressources agricoles nouvelles, et à remettre chaque nature de cultures, champs, pâturages et forêts