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menée et se reproduit vigoureusement par rejetons et graines; il préfère les sols frais, humides et légers, et s'élève jusqu'à 2,000 mètres, surtout dans les pâturages arrosés par les eaux chargées des fumiers de vache ries. — Les Paturins de Silésie, du Mont- Cents , des Alpes , rude, élégant et couchée {P. sudetica , cœnisia, alpina, cœsia, laxa, supifia), se trouvent dans toutes nos hautes montagnes. L'espèce la plus répandue, le Paturin des Alpes, communique un excellent goût au laitage, et se reproduit non seulement par la graine, mais même par les ovaires, après leur chute; ceux-ci s'enracinent et donnent naissance à de nouvelles plantes, précaution prise par la nature, dit Poiret, afin de multiplier l'espèce, dans les lieux où les froids précoces peuvent empêcher la maturité des semences.

La Seslérie bleue {S. cœrulea) [fig. 103], plante fort répandue, est très recherchée par les moutons, et forme des gazons touffus dans les terrains calcaires, maigres et rocailleux ; essentiellement vernale, elle convient surtout dans les pâturages de printemps. Le Vulpin des prés {Alopecurus pralensis) [fig. i04] vivace, très foisonnant, savoureux et précoce,

Fig. 108. — Patorin des bols.

Fic.103.

8fl«léti« btooe.

ÉTUDES SUR l'ËCONOUB ALPESTRE.

résiste aux plus fortes gelées^ mais il réclame de rhumidité naturelle, ou de fréquents arrosages. — Le Vulpin des champs {A. agrestis) [fig. 105]y non vîvace, maisprécoce, se contente

Fig. 104. — Vnlpin des prés.

Fig. 105. — Vnlpin des oliampc.

plus facilement que le précédent de terrains médiocres, secs et sablonneux. Très favorable à la lactation, il convient pour les créations de pacages, dans les jachères et terres vaines, en mélange avec quelques légumineuses.

Joncées. — Les Luzules à petites fleurs et des champs {L. spadicea et campeslris)y plantes vivaces très communes, la première, sur les pelouses fraîches et les débris rocheux des plus hautes montagnes primitives et de transition, la seconde, dans les lieux secs, sont broutées par tous les animaux.

Labiées. — Les Bogies rampante et pyramidale {Ajuga reptans et pyramidalis), plantes précoces et aromatiques^ sont broutées par les vaches et les moutons. II ne faut les tolérer^ cependant^ qu'en petite quantité^ comme plantes stimulantes. La première habite les prés et les bois de tous les terrains; la seconde également^ mais plus spécialement les coteaux secs et calcaires.

Légumineuses. — VAnthyllide vulnéraire ou Trèfle jaune des sables {A. vulneraria) \fig, i06] et VAntkyllide de montagne {A. montana) [fig. 107] sont très gazonnants y et des meilleures plantes pour les pelouses sè-

Fig. 106. — AothylUde mlnéraire. Fig. 107. ~ Anthyllide de montagne.

ches, sablonneuses et calcaires; toutefois^ ils sont peu exigeants en carbonate de chaux ; ils s'élèvent à plus de 2,000 mètres.

La plupart des Astragales sont mangés avec avidité parles animaux; ils sont robustes, résistent à la sécheresse, rejettent admirablement, et axent bien les terres, par suite de Textensien considérable de leurs racines. — Les Astragales poischiche, esparcette etde Montpellier {A. cicer, onobrychis, m^ns-

278 ÉTUDES SUR l'économie alpestre.

pessullanus) sont trois espèces convenant surtout pour pacages de moutons, à employer en terrains secs et calcaires, et qu'on trouve dans toutes les Alpes, aussi haut que les anthyllides. Deux espèces de Genél, dont les racines pénètrent jusqu'à 2 ou 3 mètres de profondeur, peuvent être utilisées au maintien des terres dénudées, et fournir en même temps de bons

pâturages de moutons:

le Genêt des teinturiers {Genista tinctoria) qui réussit dans tous les terrains, mais principalement dans les schistes micacés, et le Genêt velu (G. }f pilosa) [fig. 108], qui croît sur les sols les plus

Pig. 106.- Genêt Tda. ^^jj^g ^j picrrCUX, Ct

même à travers les fentes des rochers, jusqu'à 2,000 mètres.

Les Gesses fournissent, sur les terrains les plus médiocres, un fourrage de première valeur. — La Gesse blanche (L. saliva)^ excellente pour les moutons surtout, est la principale espèce cultivée. — Dans les prairies naturelles et pâturages inférieurs des Alpes, on trouve : la Gesse des prés {Lathyrus pratensis)^ espèce assez productive, très précoce, qui réussit en toutes terres, sèches ou humides, et dont les racines pénètrent profondément dans le sol, aux altitudes moyennes et dans les lieux ombragés ; la Gesse des bois (L. sylvestris), que la rareté de ses graines empêche seule de classer parmi les végétaux usuels ; enfin, sur les sols arides les plus élevés, une autre espèce très recommandable, la Gesse à feuilles diverses (L. heterophyllus).

La principale espèce à'Hippocrêpides, ï Hippocrépide en ombelle {H. comosa), habite les lieux arides et rocailleux calcaires, et peut être employée dans les mélanges destinés

aux terrains secs. Tous les animaux Tainient^ mais surtout les moutons.

Les Lotiers se mêlent volontiers aux graminées. La plus importante espèce^ et la plus recherchée du bétail, est le Lotier comiculé {Lotus comicidatus) [fig. i09], qui croît dans les prés secs et découverts, et réussit même dans les friches calcaires, les landes et les bruyères, tout en supportant la fraîcheur et Teau; ses racines, longues de six à sept décimètres, en font une espèce précieuse pour les terres en pente.

L'une de ses variétés naines, le Lolier des Alpes (L. alpinus), est très commune dans les hautes montagnes.

Les Luzernes sont cultivées surtout en prairies artificielles, et, de toutes les plantes fourragères, sont les plus productives. En montagne, ce sont celles dont le rôle se rapproche le plus de celui des arbres : leurs larges feuilles retiennent beaucoup d'eau; leurs racines, très développées, fixent les terres et facilitent rinfiltration des pluies; et le plus souvent, elles se réensemencent et se reproduisent naturellement, presque sans entretien. On ne saurait trop encourager leur propagation sur les terrains en pente, et dans les berges des torrents. — La principale espèce, la Luzerne commune {Medicago saliva) \jig, H0\ s'élève très haut; elle prospèrejusqu'à 1,800 mètres dans les grés anthracifères, le trias, et les argiles calcaires du lias; partout où le sol est profond et substantiel, elle fournit

Fig. 109. ~~ Lotier oomicnlé.

ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.

deux ou trois coupes et un pâturage ; elle réussit aussi en terres sèches et légères^ mais ne s'y montre pas vigoureuse. — Les Luzernes faucille et naine {M. falcata et minima)y ne valent pas la première, mais elles se contentent de sols calcaires arides, et des sables déposés par les rivières. Elles pourraient être utilisées sur les cônes de déjection. — La Luzerne

à pointes {M. apiculala) croit sur des terrains encore plus arides que les précédentes. — La

Fig. 110. — Luzerne eummane.

Luzerne lupuline ou Minette (M. lupulina) [fig. ili]y commune dans tous les terrains, s'accommode, toutefois, de terrains calcaires et médiocres. Très résistante à la sécheresse, et garnissante, précoce et repoussant vite, elle se distingue comme plante de pacage. Yvart engage à l'employer pour préparer la mise en valeur des sols neufs par les céréales. Sa méthode, applicable à nos cônes de déjections, consiste à

demander à la terre une première récolte avec des plantes peu exigeantes, sarrazins^ pommes de terre ou navets^ à semer^ au printemps suivant^ la minette en mélange avec de Forge OU de Tavoine; on livre ensuite la prairie ainsi créée an pâturage des moutons pendant deux uns ; à la fin de la seconde année^ on fertilise le terrain par le parcage et Ton enfouit le gazon ; on ensemence enfin la terre en seigle ou en autres grains. — La Luzerne tachée {M. maculata) n'est faite que pour les terrains humides et est bien moins appréciée que la précédente.

Les Orobes sont de très médiocres fourrages. Cependant, plusieurs espèces peuvent rendre service dans certains cas. Citons : VOrobe noir {Orobus niger), qui aime Tombre et donne des produits abondants sous bois, et VOrobe tubéreux {O.tuberosus), en raison de sa remarquable propriété de croître dans Targile presque pure.

Le Sainfoin esparcette {Hedisarum onobrychis) [fig. il2] joue, dans les prairies artificielles des Alpes, un rôle capital. Il préfère les terrains légers, secs et calcaires, réussit dans les sols pauvres, et procure des produits satisfaisants pendant 4 à 6 ans ; il se perpétue indéfiniment

Fig. lis. — Sainfoin esparoette.

282 ÉTUDES SUR l'économie alpestre.

par réensemencement^ dans les prés naturels et sur les dépôts des rivières; il prospère sur de très grandes inclinaisons, retient parfaitement les terres et résiste aux sécheresses^ par suite de la profondeur à laquelle ses racines puisent leur nourriture; enfin, il donne un lait sensiblement supérieur à celui que fournit la luzerne. — Le Sainfoin des Alpes {H. obscurum) est aussi une plante aimée du bétail, qui se plaît et peut être propagée dans les pelouses sèches des hautes montagnes schisteuses et calcaires, entre 1,800 et 2,200 mètres.

Tous les Trèfles donnent un excellent fourrage et doivent être introduits en certaine proportion, dans toutes les créations de pâturages ou de prairies permanentes; ils ne développent toute la force végétative dont ils sont capables que dans les sols frais, substantiels et profonds, et se déplaisent dans le pur calcaire; toutefois, ils réussissent suffisamment dans les terrains les plus arides, à toutes les altitudes. — Les Trèfles rouge et incarnai {T. pratense et incamalum) [fig. ii3 et iii\ sont les plus employés dans les créations de prairies artificielles ; — cependant , il est bon de les remplacer par le Trèfle hybride {T. hybridum) [fig. i/5], originaire de Suède, dans les terres froides ou humides. — Mais pour la montagne et les pâturages, d'autres espèces sont plus spécialement intéressantes : le Trèfle blanc {T. repens) [fig. H6]j dont les qualités nutritives, l'abondance, la rusticité, la puissance stolonifère, l'enracinement vigoureux, la résistance énergique à la dent du mouton, font une plante vraiment providentielle, donne toujours une grande valeur aux pâturages dans lesquels il abonde. — Le Trèfle des Alpes ou Réglisse de montagne ( T. alpinum) [fig. i i7], dont les racines longues et traçantes recherchent les terrains légers et la terre de bruyère, est très vanté par tous les montagnards ; on le trouve ordinairement associé à d'autres excellentes plantes, et souvent au nard

Fiff. lis. — Trèfle ronge.

Fig. lli. — Trèfle incarnat.

Fig. 115. ~~ Trèfle hybride.

Fig. 116. — Trèfle bUne.

ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.

Fig. 117. — Trèfle des Alpes.

raide, dans les plus hauts parcours. — Le Trèfle de montagne {T. montanum)y très apprécié aussi ^ croît depuis les collines les plus basses jusqu'aux plus grandes altitudes^ comme le

précédent; mais il est moins abondant. — Le Trèfle fraisier {T fragiferum)^ assez commun dans beaucoup de localités^ destiné aux moutons par son peu de h auteur ; s'allie également avec de bonnes graminées, principalement avec le paturin annuel.

— Le Trèfle intermédiaire (T.

médium) y rustique, très remontant, d'une longévité remarquable, croît contrairement aux autres espèces dans les lieux ombragés, et pourrait être, par conséquent, propagé dans les prés-bois. — Le Trèfle oc/iroleuque (T. ochroleuciim) pousse dans les sols siliceux et granitiques, trop secs pour les autres espèces. — Enfin les Trèfle bai et brun (T badium et spadiceum) comptent parmi les meilleures plantes des prairies et pâturages élevés un peu humides, des Alpes schisteuses surtout.

Les Vesces sont toutes très estimées. — On en cultive de nombreuses variétés annuelles, dont les principales sont les Vesces commune et velue {Vicia saliva etpilosa). — Parmi les variétés vivaces : la Vesce rnuMi flore (F. cracca)^ une des plus précieuses, croît dans tous les terrains. — Moins importante, mais bonne également, est la Vesce des haies {V. sepium). — Quant aux Vesces des broussailles, fausse esparcette, de Gérard y à feuilles étroites, des forêts y orobe, à fleurs solitaires ( V. dunietorum, onobrychioîdes , Gerardi, tenuifoUa, sylvatica, orobus, monant/tm)y elles se trouvent toutes dans les Alpes jusqu'à 1,500 mètres.

Ombellifères. — Toutes les Ombellifères des terrains marecageux sont mauvaises; mais, parmi celles qui végètent en sol seC; quelques-unes^ douées de propriétés excitantes et toniques remarquables^ sont à conserver ou même à propager^ toutefois dans les pâtures seulement^ car^ en raison de la dureté de leurs tiges, une fois desséchées, elles ne plaisent plus au bétail comme en vert.

Les Boucages saxifrage, à feuilles découpées et à grandes feuilles (Pimpinella saxifraga, dissecta et magna) [fig. 118] résistent remarquablement à la sécheresse, et rejettent immédiatement de nouvelles feuilles, après avoir été broutés. Les deux premiers se distinguent par la facilité avec laquelle ils se fixent sur les pentes calcaires les plus arides et les

sables noirs les plus chauds. Ils sont faits pour les moutons et seraient semés utilement dans les pacages de printemps, associés à la scabieuse colombaire. Le troisième sera préféré pour les pâturages de bêtes à cornes et les lieux ombragés où il pousse très bien.

Deux Livèches très répandues, principalement dans les Alpes schisteuses et liasiques, sont des plantes de montagne de premier ordre, recherchées par les vaches avec avidité : la Livèche athamatUe (Meum athamanticum), fenouil, cistre ou astra [fig. iiO], parfois très commune, et la Livèche mutelline {M. muteUina) [fig. i20]^ connue dans les alpages de Savoie sous le nom de fiema. Les graines de Tune

Fig. 118.

Boacage à grandes fenillea.

Fig. 119.

LJTècha athamante.

286 ÉTUDES SUR l'économie alpestre.

et Tautre méritent d'être semées le plus possible dans les hautes pelouses, surtout dans les terres de bruyères, après

extraction des landes; elles y réussiraient sûrement. La première est la plus réputée, sans doute parce qu'étant très commune dans beaucoup de localités, elle est plus connue ; mais la seconde a toute l'apparence d'un fourrage plus fin.

Onagrariés. — Les Circées des Alpes Qt intermédiaire {Circea alpig.i2o.-LiTéchemafiiine. ^^^^ ^j inlermedio) habitent les

lieux frais et arrosés d'eaux vives, et sont très recherchées par les moutons.

Les Epilobes sont broutés par tous les bestiaux, mais particulièrement par les vaches et les chèvres. — Les plus fréquents dans les Alpes sont : les Epilobes à épis, à feuilles épaisses, des marais, à feuilles rosées, triangulaire, des Alpes et à feuilles d'origan {E. spicatum, palustre, roscum, trigonum, alpinum, origanifolium). Échelonnées des cônes de déjections aux glaciers, dans les terrains humides, ces diverses espèces peuvent servir à utiliser les sables frais.

Plantaginées. — Les Plantains, communs dans tous les terrains, occupent souvent la place d'espèces préférables; secs, lisse réduisent à des proportions infimes; leur propagation n'est donc pas à conseiller en général. Cependant, quelquesuns d'entre eux jouissent auprès des montagnards d'une réputation telle, qu'on ne peut douter de leur rôle bienfaisant, dans la composition des pelouses. — Le Plantain argetUé (P. argentea)y très fréquent dans les montagnes subalpines, passe pour rendre excellente la chair des moutons. — Le Plantain

lancéolé (P. lanceoUUa) [fiff. i2i], à hampe et à fleurs presque semblables à celles du précédent ^ mais à feuilles beaucoup plus larges, s'élève très haut, dans les sols frais et substantiels, et convient à la fois aux moutons et aux vaches. — Enfin, le Plantain de montagne {P. montana) [fig. i22\ qui dépasse encore le second en altitude, et le Plantain des Alpes (P. Alpina), contribuent pour beaucoup, d'après le témoignage unanime de tous les propriétaires de montagnes à

gruyère, à donner aux fromages le goût de noisette qu'on

apprécie tant.

FIg. 121.

PlJutUfai Unoéolé.

Fig. 189.

Plantain de montagne.

Polygalées. — Le Polygale commun {P. vulgaris) [fig. i23\ habite les niveaux inférieurs et moyens, et les pelouses sèches; dans les localités où Ton pourra recueillir sa graine, on Ift mélangera avec des semences propres à utiliser les mauvais coteaux calcaires. — Plus haut, le Polygale amer {P. amara), plus haut encore, vers 2,500 mètres, le Polygale des Alpes (P. Alpina), fournissent, comme le premier, un fourrage aimé (les vaches, favorable à la lactation.

Fig. 183.

Polygonées. — Les Renouées ne donnent qu'un foin de peu de valeur, mais elles sont considérées comme excellentes au pâturage. — La Renouée bistorte

ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.

{Polygonum bistorta) [fig. 1S4]y assez commune dans les prairies et pâturages humides et frais ^ est estimée pour la nourriture des bêtes à cornes. — La Retwuée vivipare (P. viviparum), plante caractéristique des hauts alpages, remarquable par la propriété qu'elle possède de se reproduire^ à l'aide de bulbilles situées au bas des épis^ et qui remplacent sa graine lorsque l'altitude ne permet pas à celle-ci de mûrir, est citée comme une des bonnes plantes du pays de gruyère. — La Renouée des Alpes {P. Alpina), belle plante des hauteurs cristallines, est également brou- Renouée butorte. t^c, mais cllc cst fort rapc.

Renonculacées. — Très nuisibles en général^ nous l'avons vu page 248. Une seule, le Bassinet (RanonctUtis repens\ fait exception; très répandu dans les sols Z^ humides et fertiles, les vaches Taiment beaucoup en vert. Inférieur toutefois aux graminées et aux légumineuses, on doit veiller à l'empêcher de trop se multiplier par ses stolons si développés.

Rosacées. — Cette famille compte peu de plantes fourragères ; quelques-unes d'entre elles, cependant, fournissent une nour- *^- ***•

. ., .. , AlebemiUe eommaiie.

nture de première qualité.

VAlchemille commune {Alchemilla vtdgaris) [fig. 125\ ap-

pelée communément dans les Alpes Porte-Rosée, est très répandue dans les endroits frais^ surtout s'ils sont arrosés par des eaux chargées du fumier des chalets. Elle est très recherchée par le bétail^ et fait partie de la catégorie des plantes les plus estimées. — Les Alchemilles des Alpes, hybride et à cinq folioles {A. Alpina, hybrida et pentaphylla) sont plus alpines^ mais infiniment plus petites^ surtout les deux dernières.

Toutes les Benoîtes sont aimées des bestiaux^ et favorables à la lactation. — On trouve : la Benoits officinale {Geum urbanum) dans les terrains frais, peu élevés ; la Benoite des ruisseaux {G. rivale) dans les stations moyennes; la Benoite de montagne {G. montanum) jusqu'à 2^000 et 2.500 mètres. Enfin la Benoite traçante (G. reptans), à souche stolonifère très gazonnante, se fixe dans les débris mouvants des terrains schisteux et nummulitiques, et atteint 3,000 mètres.

La Grande et la Petite Pimprenelle {Sanguisorba officinalis et Poterium sanguisorba) [fig. iSô], plantes assez répandues sur les sols calcaires, peuventoffrir une ressource précieuse, en raison de leurs remarquables facultés de recrudescence et de leur merveilleuse résistance à la sécheresse; elles s'associent volontiers à la vesce inultiflore, et plaisent surtout aux moutons; mais les vaches s'en accommodent très bien .

De nombreuses espèces de Potentilles parsèment les pelouses alpestres jusqu'à 2,600 mètres. Sans être recherchées, elles

Fig. 126. — Petite pimprenelle.

iOOlOMIB ALPBSTKB.

ÉTUDES SUR l'économie ALPESTRE.

sont broutées par le bétail^ à TexceptioD de la PotentiUe argentée, mais elles n'ont que très peu d'importance, vu leur ténuité.

Les espèces du genre Ronce (Rubus), extrêmement nombreuses dans les Alpes , plaisent aux bestiaux à l'état frais^ aux moutons et aux chèvres particulièrement.

Rubiacées. — Les Caille4ait fournissent en vert une nourriture passable; mais en séchant^ ils se réduisent à un volume infime.

Les deux meilleures espèces sont : les Caille4ait Jaune et blanc {G. verum et mollugo), qui repoussent très facilement^ si on les empêche de fleurir. On trouve, en outre, entre les altitudes moyennes et les sommités : les Caille-lait raide, à feuilles menues, jaunâtre, gris cendré et alpicole {G. corrudœfolium, myrianthum, luteolum, leucophœum, alpicola, etc.).

Saxifragées. — Les Saxifrages sont très peu importants, vu leur petitesse, et ne conviennent qu'aux moutons ; mais ce sont de véritables plantes alpines, qui croissent sur les points les plus élevés.

Scrofulariées. —Les Vé-

roniques fruticuleuse, des

rochers et des Alpes {V.

fnUiculosa, saxatilis, al-

pina) appartiennent à la

même catégorie que les saxifrages. — Les Véroniques

officinale et à épis {V. offi-

cinalis et spicata) [fig. 127

et i28]y plus importantes, atteignent de 1 à 4 décimètres, sont mangées par tous les

T*^ IMÏ".

Fig. 187.

Véronique ofBdnale.

Fiff. 128.

Véronique à épii.

bestiaux^ et^ comme elles croissent sur les plus mauvais sols, leur semence peut figurer dans certains mélanges de montagne.

Les Mélampyres des prés, des champs, à crêtes et des bois (M. pratense, arvense, cristatum et nemorosum) [fig. i29] sont broutés par les vaches avec avidité^ et passent pour donner au lait un excellent goût. Le premier est commun partout ; le deuxième et le troisième préfèrent les terrains calcaires ; le quatrième^ les terrains primitifs.

Urticées. — La Grande Ortie {Urtica dioica) peut rendre service aux populations pauvres ; à demi fanées^ ses feuilles ne laissent plus échapper le liquide caustique que sécrètent leurs poils frais^ et, mélangées avec quatre à huit fois leur poids ^- ^^' " "*^*"py"de paille ou de foin^ elles augmentent la saveur de la nourriture^ et parfument même le lait. En raison des facilités que l'on a de faire réussir cette plante en terrains arides^ sablonneux ou pierreux^ secs ou frais ^ légèrement fumés^ on la propagera sur les cônes de déjections ^ lorsqu'on ne pourra pas employer de meilleures espèces. Les semis se feront en automne^ après fumure et division du sol par quelques coups de pioche. Pour recueillir les graines ^ on coupe les pieds femelles, à la maturité; on les laisse sécher et on les agite.

Valérianées. — Deux espèces de Valérianes sont répandues et broutées, ce sont : les Valérianes à trois ailes et de montagne {Yaleriana tripteris et montana), qui s'étendent en toufi^es plus ou moins serrées dans les bois et sur les rochers hu-

292 ÉTUDES SUR l'économie alpestre.

mides. D'autres espèces se trouvent sur les débris mouvants des hautes montagnes^ et sur les sommets cristallins^ mais n'ont aucune importance pastorale.

2^ Notions générales sur l'ensbhbncebcent.

Les plantes fourragères sont toutes sociales^ et esclaves de la loi d'alternance. Si un pâturage se perpétue indéfiniment en bon état^ il doit en partie cette propriété au nombre infini de plantes qui le composent.

Chaque espèce absorbe autour d'elle les principes minéraux qu'elle préfère^ puis elle sommeille et se laisse dominer par d'autres^ jusqu'à ce que des irrigations^ des amendementS; des engrais^ rétablissent les conditions premières. Certaines espèces recherchent Thumidité; d'autres^ la sécheresse; il s'ensuit que les variations atmosphériques d'une année à l'autre, aussi bien que l'épuisement du sol y déterminent des substitutions parmi les plantes dominantes. De ces phénomènes résulte la nécessité^ lorsqu'on entreprend des semis artificiels, de réunir sur chaque points des familles^ des genres^ des espèces différentes^ qui étagent leurs racines comme leurs tiges^ afin d'utiliser toutes les couches du terrain^ et de parer à toutes les éventualités climatériques.

Après avoir fait choix des espèces les mieux appropriées au terrain^ en tenant compte de leur valeur^ de leur durée^ de leur précocité et du degré de prédilection des animaux^ on cherchera avant tout à se procurer des graines de bonne qualité; c'est un des facteurs les plus importants du succès. Les balayures de grenier^ trop souvent employées^ ne sont pas à conseiller; elles contiennent toujours beaucoup d'espèces inutiles^ et quantité de graines qui^ n'ayant pas mûri, ne peuvent germer^ ou n'engendrent que des individus grêles et

chétifs^ qu'anéantirait le premier froid ou la première sécheresse. La faible dépense occasionnée par Tachât de bonnes graines sera toujours compensée^ qu'on en soit certain, par la quantité et la qualité des fourrages.

On achètera donc ses graines. Plusieurs importantes maisons de Paris et de province^ dirigées par des spécialistes distingués^ garantissent sur facture la pureté et la faculté germinative de leurs produits^ et méritent une confiance absolue*. Ces garanties doivent être exigées. Ces maisons soumettront, en outre , elles-mêmes^ quand on le désirera^ des mélanges basés sur l'expérience^ et déterminés d'après les conditions de sol et d'altitude qu'on leur fera connaître.

On peut se contenter de vérifier les achats de peu d'importance^ en répandant une pincée de graines sur un peu de terre douce et humide, ou sur une plaque de coton humectée d'eau tiède; au bout de quelques jours, la germination se produit. Mais, pour de grandes opérations, il est préférable de s'adresser à la station spéciale d'essai et d'analyse, qui a été organisée à l'Institut agronomique de Paris.

Les graines de plantes réellement alpestres ou alpines ne se trouvent pas dans le commerce. Celles-là, on les recueillera soi-même, dans les endroits où elles prédominent. On sèmera les graines récoltées, en terrain aussi propice que possible; on créera ainsi des pépinières qui, au bout de peu d'années, rendront disponibles d'énormes quantités de semences. — Ou bien, on louera quelques parcelles de pâturage composées d'excellentes plantes; on en différera la coupe jusqu'à maturité complète des espèces les plus appréciées ; puis on battra le foin et l'on vannera les graines.

1. Je dois trop de reconnaissance à la maison VUmorin-Andrieux, de Paris, qoi a mis à ma disposition les clichés de 58 figures de ce chapitre, pour ne pas rappeler encore nne fois ici son nom, et la réputation sans rivale que lui ont faite les savants agronomes qui l'ont tonjonrs dirigée.

294 ÉTUDES SUR l'économie alpestre.

On appelle titre ou valeur utile d'un lot de semences^ la fraction qui exprime le rapport entre le poids des graines capables de germer et 100 kilogr. de marchandise. Si Ton sait que l'ensemencement d'un hectare nécessite 40 kilogr. de graines pures, il faudra répandre ^^ ^, etc., de graines autitrede 0.70, 0.80, etc.

A quelques exceptions près, le degré de pureté des lots de graines varie de 70 à 95 p. 100; la faculté germinative des graines pures, de 30 à 80 p. 100 ; par conséquent, la valeur utile est généralement comprise entre 21 et 76 p. 100.

Le tableau suivant indique, pour les principales espèces, avec leurs prix moyens, les quantités approximatives de bonnes graines de commerce que Ton doit employer par hectare ; nous y avons inscrit, en caractères saillants, les neuf Graminées et les sept Légumineuses les plus estimées. Ces seize espèces l'emportent, d'après Boitel, sur toutes les autres par leur rusticité, leur vigueur, leur précocité, leur faculté de multiplication, leur aptitude à croître sous les climats et sur les sols les plus divers. Cet auteur recommande sans cesse de les employer exclusivement, autant que possible, affirmant que leurs mélanges fournissent, à la fois, les produits les plus abondants et les plus nutritifs.

Oraminéas.

PRIX qxjkwtiTàa

"^ à employer

100 kilofr. par heotar*.

ttuaeê. kilogr.

Agrostis commun 130 10

— stolonifère ou traçant .... 130 10

— des chiens 175 10

Avoine èlev&h on Fbomental .... 105 100

Avoine pnbescente 240 60

Avoine jaunâtre 430 30

Crome dressé » * 125 60

Brome géant

Canche élevée

— âexnense

Crételle des prés

Dacttlb pslotovxé

Fétaqne élevée

— daiette

FàTUQUB DBB PBÊB

Fétaqae à feuilles menues

— hétérophyUe

— flottante

— ovine

Fléole des Alpes

Fléole desjpbâb

Flonve odorante

Honiqae laineuse

— molle

IVBAIB VIVACB OU RaT-GbASB ....

MiUet étalé

Paturin aquatique

Patubin commun

Paturin des bois

Patxtbik des pbâb

Paturin annuel

Plantain lancéolé

Vulpin des champs

VVLPIN DES pbéb

Légaminooses.

Ahthtllidb

Lotier comiculé

LnSBBKB CULTIVis

LUZEBNE LUPITLINE

— tachée

Sainfoin obdinaibb

Tb£plb bouge obdinaibb

Tbèflb blanc

Teèple btbbidb

— incarnat

Vesce de printemps et d'hiver . . .

— multiflore

PBIX

QUAVTXTifl

mojm OOkUoffr.

à employer parhecuure.

fruu».

Ulegr.

296 ÉTUDES SUR l'éconoboe alpestre.

Plantas dlvorsos.

nix qvàwmim

«jy« à employer

iOO kilogr. par hectare,

rnaca. kilofr.

Chicorée sauvage » 12

Jacée des prés » 10

MiUefeuille (AchîUée) 100 5

Ortie dioïque » 10

Pimprenelle (grande) 65 30

— (petite) > 80

Pour les plantes alpines proprement dites^ et un certain nombre d'autres non commerciales, on ne pourra savoir les quantités de graines à employer, qu'à la suite d'expériences qui restent à faire.

Dans les propriétés particulières, à l'état de champs à convertir en prairies, propriétés qui sont si étendues dans les Alpes, et s'élèvent jusqu'à plus de 2,000 mètres, on se conformera aux règles ordinaires, applicables à la création de toute prairie.

Ces règles se résument ainsi :

On purge le sol des mauvaises herbes, préalablement à tout ensemencement, par une culture de plantes sarclées. On l'ameublit et on le fume le plus fortement possible, dans le but de triompher de son imperméabilité, de sa sécheresse, et de sa pauvreté ; on le nivelle, et au moment de l'ensemencement, on détruit toutes les mottes de terre, de façon que les graines de graminées ne puissent s'infiltrer sous ces mottes, et être enterrées profondément par elles, ce qui les empêcherait de germer.

Les semis se font à la volée, en deux ou trois reprises. On répand chaque fois les graines de poids à peu près semblable. Sans cette précaution, les graines les plus légères se

présenteraient seules les premières à la main du semeur^ les graines lourdes restant au fond du sac : le mélange roulu ne s opérerait pas.

On abrite les plantes fourragères, pour leur première année, avec une céréale : seigle, froment, avoine, orge ou épeautre. La céréale est semée la première, et recouverte à la herse ; les grosses graines de légumineuses, si on en emploie, sont semées en même temps, afin qu'elles soient recouvertes de la môme façon et protégées contre la rapine des oiseaux ; quant aux petites graines de graminées, on se borne à bien les appliquer sur le sol à l'aide du rouleau, et elles germent après la première pluie.

La plante protectrice a pour mission, non seulement d'ombrager les espèces fourragères, mais de dédommager d*une partie des frais, soit qu'on la fauche en fleurs comme fourrage, soit qu'on attende la récolte de ses graines. Le fauchage en fleurs est le plus avantageux ; il débarrasse les jeunes plantes de leur couvert, au moment le plus propice, et leur permet de se fortifier avant l'hiver. Cette coupe, toutefois, ne doit pas être opérée avant la floraison, car, trop prématurée, elle provoquerait la repousse du pied de la plante protectrice.

En montagne, on ne peut songer qu'aux semis de printemps, après la fonte des neiges; en automne, les jeunes plantes auraient tout à redouter du soulèvement de la terre par les gelées.

Dans les propriétés communales, ces règles ne sont évidemment pas praticables d*une manière générale, en raison de rétendue de ces propriétés et de leur pauvreté; mais les bteppes communales renferment toujours des oasis de surface plus ou moins grande, en plateaux ou en pente douce, que Von aura soin d'engazonner par les procédés qui viennent

298 ÉTUDES SUR l'économie alpestre.

d'être décrits. Ces oasis, petites ou grandes, feront office de pépinières permanentes et rendront les plus grands services pour rensemencement des alentours plus arides.

Dans nombre de communaux de la Drôme et de l'Isère, il existe par centaines de ces parcelles cadastrales de 1 à 10 ares assez fertiles, que les riverains cultivent très souvent en céréales, jusque vers 1,500 mètres.

Si ces oasis manquent complètement, on se contentera, pour commencer, de cultiver le sol, aussi profondément que possible, par bandes plus ou moins distantes entre elles, que l'on fumera avec de l'engrais des chalets. En outre, on amea* blira à la pioche toutes les placettes présentant tant soit peu de profondeur; on y sèmera les espèces les plus rustiques, en accompagnant ce travail, suivant la nature de chaque endroit, de parcages, de fumures, de plantations d'arbres, etc.

Pour faciliter le réensemencement naturel, on multipliera encore les pépinières, s'il le faut, en transplantant, à ni* veau du sol, sur les points les plus propices, des mottes de gazon extraites des meilleures prairies environnantes. Ces mottes seront enlevées au printemps, de suite après la fonte des neiges, et en temps de pluie, alors qu'elles seront détrempées par Teau; c'est dans cet état que leur reprise se fera le plus facilement. Une fois en place, elles seront plaquées à la dame ou à la pelle.

3° Formules d'ensebcencebcent.

On composera ses mélanges, en se basant sur les mélanges naturels que Ton observera dans les environs du terrain à gazonner, et en sol semblable, et, à défaut d'indications naturelles, en s'inspirant des formules suivantes. Ces formules ont été dressées d'après les qualités sut generis de chacune

des plantes décrites précédemment. Quelque confiance qu'elles paissent inspirer^ il sera cependant toujours prudent de n'entreprendre un semis définitif, qu'après constatation sur place d^maiies résultats que pourra produire le mélange projeté.

Nous avons déterminé le poids de graines de chaque espèce à introduire dans les mélanges^ en multipliant le nombre de grammes nécessaire par are^ d'après notre tableau des pages 294 à 296^ par le nombre d'ares assigné à l'espèce par hetare.

On remarquera que^ malgré la qualité des fourrages de légumineuses^ les graines de cette famille n'entrent dans nos mélanges qu'en quantité relativement faible; la raison en est que les feuillages de ces plantes s'étalant infiniment plus que ceux des graminées^ on arrive avec de petits poids de graines à en garnir le terrain suffisamment^ et en proportion normale.

Nos formules sont beaucoup moins compliquées que celles composées par un grand nombre d'auteurs^ mais rien n'empêchera dans la pratique de réunir^ en tout ou en partie^ les plantes de plusieurs formules voisines, posées pour des terrains presque semblables. U est certain que le succès sera «rautant plus assuré que l'on concentrera le plus d'espèces possible sur une surface donnée.

ÉTUDES SUR L'ÉGONOmE ALPESTRE.

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