William Huber, Les Glaciers. Paris
13. DOLLFUSS-AUSSET , Matériaux pour VÈtude des (rlaciers. Paris, 1864, etc. Publication non encore terminée.
On pourrait joindre à cette liste les articles publiés par M. Ch. Martins dans la Revue des Deux-Mondes^ en 1847 et 1867 ; les derniers ont été réunis en brochure sous le titre: Les Glaciers actuels et la Période glaciaire^ Paris,
Les ouvrages de de Saussure, Agassiz, Charpentier, Forbes et Tyndall fn" 1, 2, 3, 7, 8, 10), sont les principaux
liiouuiiients de la sciciu'c des uhicicrs; on y tnmvt'ra. cxposiH's i)ar louis autt'iirs. k's diverses théories par lesciuelles on a cherché à expUipier \c mouvement des ghiciers. 1/un des plus chissiciues est celui d'Agassiz (n*" 2). Il a paru quelques mois avant celui de J. do Charpentier. Néanmoins tous les siivants suisses savent (juc le verital)le auteur do la théorie du mouvement dos glaciers par la congélation do Toau dans les tissures capillaires, et de celle du transport dos blocs orrati(iuos parles glaciers. est Jean do Charpentier. C'est à lui (pfappartiont la priorité réelle. Il est l)on de Vobserver. parce ([u'on s'y est trompé plus dune fois à 1 étranger. M. Agassiz est assez riche de son propre fonds pour (}u"on ne roniichisse pas encore du mérite d*autrui. J'ajouterai que l'ouvrage de J. de Charpentier, moins agréable à lire, moins littéraire, est sur plusieurs points d'une critique plus exacte. Un fera bien, selon moi, de lire Charpentier avant Agassiz. Il peut être utile de rappeler à ce propos (^uo l'ouvrage de M. Agassiz est antérieur à ses grands séjours au glacier de l'Aar. Il en corrigeait les épreuves lorsqu'il vint s'y installer en 1^540. Avec plus de patience il aurait sans doute évité plus d'une erreur. Il n'aurait pas altirmé, par exemple, que le mouvement des glaciers est plus rapide sur les bords qu'au centre, et il- n'aurait pas expliqué le fait si simple (^ue les matériaux enfouis dans le glacier reparaissent à la surface à une certaine distance i)ar une i)ression ou poussai de bas eu haut.
L'ouvrage du chanoine Ilendu (n" \) est un des plus in-
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téressants après ceux que nous venons de citer. Dès 1839, IVI. Rendu avait entrevu et à moitié deviné plusieurs des faits mis en pleine lumière par Forbes et Tyndall.
Les récits de M. Desor (n'^' 5 et 6) sont justement populaires. Au charme de la narration et des descriptions s'ajoute l'instruction précise. On y trouvera l'ingénieux commentaire des théories de Charpentier et d'Agassiz, avec toute l'histoire des travaux de ce dernier et de ses compagnons.
Le discours de M. de la Rive (n*^ 11) est un résumé succinct, mais fait de main de maître, des résultats jusqu'à présent obtenus. On peut le lire soit avant les ouvrages que nous venons de mentionner et pour s'orienter, soit après, comme conclusion. L'autorité du nom de M. de la Rive ajoute au prix de ce morceau. Le lecteur n'aura pas de peine à voir qu'il nous a plus d'une fois servi de guide, malgré Fobjection que nous avons faite sur un point spécial.
La publication de M. Dolfuss-Ausset (n° 13) bientôt terminée, est un vaste magasin où l'on trouve tout ; mais avant de la consulter on fera bien de consacrer quelques heures, peut-être davantage, à en étudier l'ordre. Autrement on courrait le risque de s'y perdre.
Enfin les ouvrages de MM. Mousson et WilUam Huber sont deux petits volumes, simples et bons, à l'usage de tout le monde. C'est, croyons-nous, par l'un ou l'autre de ces deux livres qu'il faut aborder Tétude de la science des glaciers. C'en est la meilleure introduction. Ensuite on passera aux grands ouvrages originaux des hommes qui l'ont créée.
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I/ouvrage de M. Mousson, en allemand, est surtout excellent comme méthode. Son seul défaut est de dater de 1854. M. Mousson rendrait un véritable service en en donnant une édition nouvelle, où il pourrait tenir compte des travaux accomplis ces dernières années. M. Mousson, comme M. de la Rive, comme Tyndall. a l'avantage d'être un véritable physicien, ce qui donne à ses déductions une sûreté qu'on ne trouve pas toujours dans les écrits des purs naturalistes sur la théorie des glaciers.
Le livre de M. Huber. de date toute récente ( 1^67j. est très-agi'éable à lire, et renferme dans un couit espace un nombre considérable de renseignements précieux. Quiconque aura passé deux ou trois jours à le lire sérieusement, trouvera un intérêt double à toute course dans le voisinaire des glaciers, et pourra même recueilUr des ol^servations utiles pour la science. Je le recommande particulièrement aux nombreux amateurs, membres du Club alpin ou autres, qui visitent pour leur plaisir les hautes régions.
n est toutefois une question sur laquelle il m'est difficile d'être d'accord avec M. Huber. et qui a assez d'importance, surtout en vue des touristes observateurs auxquels il pourrait servir de guide, pour que je m"y arrête quelques instants.
Après avoir exposé les diverses théories que l'on a mises en avant pour ex[»liquer le mouvement des glaciers. M. Huber les range en deux classes, dont la première compren 1 celles qui supposent un glissement, et la seconde celles qui n'en supposent aucim. Dans la première rentrent celles de
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ForlK's et TviKlall. M. llul)or assiiuilaiit à un jjjlissement l'épaiicluMiiont (ruii ('or])s ])lasti(|iio ])Osé sur une jK^nto. Otto dassiticatiou (Hahlio. M. Ihibor se livre à uno discussion assez amusante, parce qu'à la lin on ne sait ])lus ni ce qu'il pense ni ce qu'il faut croire, tant il a fait valoiid'arguments contre les théories à glissement et les théories sans glissement.
Si je ne me trompe, le i)oint faible de cette discussion consiste dans l'assimilation faite par M. Huber entre glissement et écoulement. Sans aucun doute la théorie de de Saussure et celles de MM. Forbes et Tyndall ont ceci de commun qu'elles exi)liquent le mouvement des glaciers l)ar l'action directe de la pesanteur. Mais à cela i)rès, elles ne sont i)()int assimilables, et j'en trouve la preuve dans les arguments que M. Huber leur oppose aux unes et aux autres, sans distinction. Ces arguments, irréfutables dans la théorie du pur glissement, ont beaucou]) moins de force contre celle de l'écoulement.
Ils sont au nombre de quatre, dont le premier est que si les glaciers glissaient sur leur ht, ils participeraient à la force d'accélération, comme tout corps en mouvement sur un plan incliné. Or on sait qu'il n'en est rien. Les mesures de Tyndall piouvent (pie le mouvement de la Mer de glace se ralentit au lieu de s'accélérer.
Remarquons d'abord que les mesures de Tyndall sont très-insuftisantes. Elles i)ortent uniquement sur les régions basses ou moyennes de la Mer de glace. Si au lieu de trois mesures. on en avait une douzaine i)rises à intervalles égaux,
Li rrHKwn km: (JLAriAïK'K. :-<0:-i
la prcMiiièrc aussi i>ivs (|iu' ])()ssil)l(» des soiimicts du (ii'ant. la (ItM-uiôrc à Ti^xtivuiitô du ulacitM' des lîois. on arriverait peut-être à des résultats seiisibleineiit différents. Certains indices donnent à ])enser (pie le mouvement des lilaeiers a deux minima. Tun à leur origine. ])rès des sommets. Tautre à leur extrémité, en sorte que la loi d'accélération, si tant est qu'il y ait à rai»]tli(iU(n- ici, se ferait sentir dans une partie de leur cours. Ces mesures néanmoins, si insuffisantes quelles soient, fournissent un ariiument bien fort contre la théorie du glissement. Mais il suffit de se faire une idée claire de l'écoulement des cori)S ])lastiques })our trouver dans les théories de Forbes et de Tyndall une exjdication idausible du fait démontré par T}mdall. Prenez un morceau de poix, représentant ji i)eu près un cube et posez-le sur un plan incliné. a]uvs avoir piqué sur Tune des faces latérales une série d'épimïles formant une ligni' perpendiculaire à la base. Au bout de quelques minutes, si la chaleur est suftisante. un écoulement sera sensible et la liLTie d'épincrle se couchera lentement dans le sens de la ])ente. L'épingle inférieure se déplacera à ])eine : celle qui est immédiatement au-dessus fera plus de chemin, et ainsi de suite. On peut concevoir le morceau de poix comme formé d'une série infinie de couches superposées. La première, celle qui repose sur le i)lan. une couche idéale, est sans écoulement : la seconde a coulé en glissant d'une quantité intiniment petite sur la première; la troisième a i)ai*ticipé du mouvement de la seconde en y ajoutant son mouvement propre, et ainsi de suite à travers toute la série jus-
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qu'à la couche supérieure. On voit que dans ce système les vitesses observées à la surface seront en raison de l'épaisseur du corps. Si le glacier est une masse plastique, le même phénomène s'y reproduira, et il est tout naturel que dans sa partie inférieure la Mer de glace chemine rapidement, attendu qu'elle devient d'instant en instant moins épaisse.
Le second argument de M. Huber est que certains glaciers, reposant sur des pentes raides, devraient, même en n'admettant pas l'accélération, se mouvoir sensiblement plus vite que ceux qui glissent sur une moindre déclivité. Il en est de cet argument comme du premier. Avec la théorie du glissement, il est difficile, sinon impossible, d'y répondre ; dans celle de l'écoulement on y répond en disant que la rapidité du mouvement est en raison composée de la pente et de l'épaisseur. Un glacier de 200 mètres d'épaisseur reposant sur une pente de 15 degrés cheminera aussi vite et peut-être plus vite qu'un glacier de 100 mètres incliné de 30 degrés.
Le troisième argument est que les glaciers progressent même sur des lits horizontaux ou très-peu inclinés, et que îiour exphquer ce fait il est difficile d'invoquer la pression des hautes régions sur les basses. Nous croyons avec M. Huber, on a pu le voir, que la pression des « hîîutes régions sur les basses » n'explique pas suffisamment le mouvement d'un grand nombre de glaciers, et même de glaciers très-inclinés. Comme lui, nous ne comprenons pas leglisseinent des glaciers quand il n'y a pas de pente; mais Vécou-
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Intiott est possible dans toutes les conditions, même sur un plan absolument horizontal. Plaçons notre morceau de poix sur un plan horizontal et nous verrons récoulement se produi^-e aussi bien que sur une pente; seulement il se produira dans tous les sens également. Il paraît en être de même pour les glaciers. Celui du Rhône vient mourir sur le fond plat d'une vallée trop large pour qu'il la recouvre entièrement, il s'y étale en éventail par un écoulement rayonnant. Le glacier des Clarides repose sur une haute terrasse peu inclinée et coupée latéralement par un précipice ; je ne sache pas qu'on y ait pris des mesures, mais les masses qui en tombent fréquemment indiquent une pression ou poussée latérale.
Enlin M. Huber estime que si le mouvement du glacier était dû à son poids et si, comme on l'admet, la température du lit restait constante, il n'y aurait pas de raisons })Our que le mouvement se ralentît pendant la saison froide. Encore un argument qui nous paraît très-fort contre la théorie du glissement et nul contre celle de l'écoulement. La facilité d'écoulement est en raison de la plasticité de la glace : la plasticité dépend de son plus ou moins d'humidité. En été. le glacier est très-humide, il est donc plus plastique et peut s'écouler plus facilement ; en hiver il est presque sec et ne s'écoule qu'avec peine. S'il était tout à fait sec, le mouvement serait arrêté.
La conclusion de M. Huber est que chaque glacier est un 1)1(1 ui(hi. dont le mouvement dépend d'une infinité de causes différentes : altitude, dimensions, inclinaison, température,
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orientation, sinuosités, rugosité du lit, absorption, etc. — N'est-il pas plus naturel d'envisager toutes les causes énumérées par M. Huber comme des circonstances qui modifient Vinclividii glacier ? Quant à la cause constituante du glacier, celle qui fait que le glacier est autre chose qu'une masse de neige stationnaire, il semble impossible delà chercher ailleurs que dans une propriété intrinsèque de la glace, propriété qui rende un mouvement possible. A nos yeux la supériorité de la théorie de Tyndall est précisément d'avoir rattaché la formation des glaciers à une propriété de la glace en fusion ou voisine du point de fusion.
L'argument le plus sérieux, à nous connu, que l'on ait hivoqué jusqu'à présent contre la théorie de l'écoulement est celui de la première apparence. M. Huber l'exagère lorsqu'il refuse aux molécules de la glace en fusion tout espèce de mobilité les unes par rapport aux autres. Toutefois, il est vrai que, quand on tient dans la main un morceau de glace, extrait de l'un quelconque de nos glaciers, on a peine à se figurer qu'une substance pareille puisse donner lieu à un écoulement. Il y a là une difficulté très-réelle, mais elle est peut-être plus grande pour l'imagination que pour la raison. Quoi de plus raide, de moins plastique qu'un feuille de verre. Il n'en est pas moins vrai que si on l'appuie obliquement contre une paroi et qu'on la laisse dans cette position pendant un temps assez long, elle se courbera par le seul effet de son propre poids. Les vitriers le savent bien. Quoi de moins propre à l'écoulement ([u'un cylindre d'acier.
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On lobligera pourtant à s ecoulcT, ainsi que Tout prouvé les expériences récentes de M. Tresca, si on le serre dans une caisse solide et fermée de toute part sauf un étroit oritice, et si Ton exerce sur lui une pression suffisante. Il y a ]>ien d'autres exemples d'écoulement en réalité beaucou]» plus extraordinaire (lue celui des glaciers.
n m'est également impossible de comprendre Topposition (jue M. Huber établit entre le glacier et la rivière, lorsqu'il dit que la rivière ne débite que Veau qu'elle reçoit, tandis que le glacier naît, pour ainsi dii-e, de lui-même. C'est au contraire l'analogie qui me paraît frappante. Le glacier, comme la rivière, ne débite que les neiges qu'il reçoit, et l'extension d'un glacier est toujours en raison directe de la quantité de neige accumulée dans les réservoirs où il prend naissance. Ils grandissent après une série d'années humides et neigeuses, ils diminuent après une série d'années sèches, etc. Je ne connais pas de glacier qui naisse de lui-même. Il y en a qui ne sont pas dominés par des pentes neigées ; mais encore ne naissent -ils que dans les Ueux où il y a de grandes accumulations de neige en hiver.
Si l'on vidait aujourd'hui le basshi du glacier d'Aletsch entièrement, et que demain on y entassât de nouveau tout ce qu'il contenait de neiges et de glaces, mais en les accumulant toutes au-dessus d'une hgne de niveau fixée à 2600 mètres — c'est à peu près, dit-on. la hauteur au-dessus de laquelle le sol garanti des rayons du soleil reste gelé — si enfin on pouvait maintenir ce dépôt égal à lui-même, sans augmentation ni diminution, je serais très-porté à croire
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([lie U.iiis ciiKiuante ou cent ans le simple écoulement deces masses entassées, tout semblable à celui du morceau de poix posé sur un plan incliné, aurait reproduit le glacier d'Aletsch actuel. De là à établir une assimilation entre les glaciers et les cours d'eau il y a loin ; mais il y a plus loin encore à repousser toute analogie, comme le fait M. Huber. Remarquons d'ailleurs que plus on observe en grand, plus les analogies d'aspect sont frappantes. Il n'y en a point entre un morceau de glace et le verre d'eau qu'il remplira en se fondant ; il y en a de très-grandes entre la Mer de glace et un fleuve, et tous les observateurs ont éprouvé l'impression qui a fait dire à M. le chanoine Rendu : « Il y a entre le glacier des Bois et un fleuve une ressemblance tellement frappante, qu'il est impossible (ajoutons presque) de trouver dans celui-ci une circonstance qui ne soit pasdans l'autre. »
La question me semble se poser ainsi. Tyndall a constaté le fait de la plasticité de la glace humide ; il a de plus émis l'hypothèse que cette plasticité était la cause du mouvement qui entraîne les glaciers. Cette hypothèse ne doit pas dominer, mais diriger provisoirement les observations. Dès à présent, les observations les plus urgentes à faire sont celles qui démontreront si, oui ou non, le mouvement du glacier est conforme à l'écoulement des corps plastiques. Il faudrait entre autres :
l" Observer la vitesse des glaciers partout où on peut en mesurer l'épaisseur. Nombre de glaciers aboutissent à une ])aroi qu'ils surplombent, celui du Glarnisch, celui de
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rUri-Kothstock. otc. On pnit en dcssiiuM' la coui»!^ oxactoiiu'iit. 10 qui aumnciitcrait dv bcaucoui) rintéivt (r(>l)scTvatious iii(li(iiiaiit kuir vitesse immédiatement au-dessus. Quand on pourra eonii)arer la eou[)e de plusieurs glaciers avee leur courbe de vitesse d'un bord à liiutre, la science aura fait un progrès notable.
2'' Observer la vitesse des glaciers à diverses profondeurs. On signale comme une circonstance rare celle qui a permis à Tyndall de planter trois piquets sur une tranche latérale <le la Mer de glace et d'en suivre le mouvement. La circonstance est en effet rare pour les grands glaciers encaissés dans de profondes vallées. Elle Test moins pour ceux qui couvrent des terrasses accidentées. J'ai rencontré plus d'un lieu où Ton pourrait répéter avec avantage les observations de Tyndall. J'indiquerai entre autres le glacier de la Sandalp, au tournant de FHintere Spitzli ^ Il se forme là une espèce de crevasse-vallée dont un versant est une paroi de rocher, l'autre une paroi de glace. En prenant les précautions nécessaires, il ne serait point difficile de faire contre cette paroi, au moyen de piquets, l'expérience des épingles sur le morceau de poix. Cette localité aurait en outre l'avantage que la crevasse se prolonge sur le flanc d'un glacier précipitueux, ce qui permettrait de répéter l'expérience à des niveaux différents. Il est probable que d'autres voyageurs pourraient indiquer d'autres localités tout aussi favorables, peut-être i)lus favorables encore. Ce
' Voir la premitTc série des Alpes naisses, 1" édit., p 80 et suiv.
serait un grand progrès dans l'étude des glaciers qu'une série d'observations analogues. On n'a encore que celle de Tyndall, qui est trop fragmentaire pour qu'on puisse en tirer des conclusions précises et développées. Sur une tranche pareille il faudrait pouvoir observer une rangée de piquets placés de dix en dix mètres, ou même plus rapprochés.
3" Dresser la carte exacte du courant de plusieurs glaciers, y compris leurs affluents et embranchements, à partir des sommets où reposent les neiges qui les ahmentent jusqu'à leur extrémité. Toutes les observations que l'on a jusqu'à présent sont fragmentaires, et il n'y a pas un glacier dont on puisse dire que le mouvement en est connu dans son ensemble. Des cartes pareilles accompagnées de toutes les données qu'on aurait pu recueillir sur la nature et la forme du lit, sur l'épaisseur du glacier, etc., seraient d'un haut intérêt. Elles tireraient au clair la question de l'influence de la pente, et celle de la loi, s'il y en a une, d'accroissement ou de décroissement de vitesse dans le sens de la longueur du glacier. Rien ne contribuerait davantage aux progrès de la théorie que la comparaison de cartes pareilles représentant le mouvement de glaciers placés dans des conditions différentes, glaciers simples, glaciers composés, glaciers remaniés, glaciers de gorge, glacier d'esplanade avec possibilité de mouvement rayonnant, etc.
De telles observations devraient être poursuivies régulièrement d'après un plan d'ensemble. Elles demanderont du temps et de l'argent. Il est fort à souhaiter qu'une asso-
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ciation s'en charge. Les seules associations qui ])uissent le faire sont les clubs alpins, et celui (|ui devrait en i)ren(lre l'initiative est sans doute le club alpin suisse. J'ai l'intention de le lui proposer dans sa prochaine session, à Berne.
Zurich, le 20 juillet 1868.
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