‹ Les Alpes suissesChapitre 8 sur 15 · A PROPOS DES · texte numérisé non relu

A PROPOS DES

COMBATS DE ROTHENTHURM

(Voir le morceau intitulé « Notre Forteresse » p. 183.)

Il y a deux versions sur les combats de Rothenthurm.

Celle que nous avons choisie est celle de MM. ^lonnard ' et de Tillier ^ Nous lui avons donné la préférence, non qu'elle nous parût plus probable, mais parce que l'autorité du continuateur de Jean de Muller Ta rendue en quelque sorte classique, et que, pour en suivre une autre, il eût fallu introduire dans le récit des discussions critiques que ne comportait pas notre cadre.

La seconde version est, du plus au moins, celle du colo-

^ Histoire de la Confédération suisse, par Jean de Miillor. traduite en français et continuée jusqu'à nos jours par MM. Ch. Monnard et Louis Vulliemin. Tome XVI (Ch. Monnard), Paris et Genève, 1847, p, 105 et suiv.

2 Anton. V. Tillier, Gcschichte der kelvetischen BepuhUck. Bern, 1843, I, p. 85 et suiv.

INK DirilClLTK lIlSToKU^ri:. 313

nel Roverea '. de Zschokke -, et de la plupart de.s liistolieiis des petits cantons, Fassbind \ Liisser*, Steinauer \ etc. Celui de tous qui s'éloigne le plus de la version classique est M. Steinauer. Voici comment selon lui les choses se seraient passées.

< Vers le soir de soir du 1 "mai. la veille du combat), Redingcpiitta les hauteurs boisées delà Schindelleghi.et se rendit à Kothenthurm. pour conférer avec le Conseil de guerrequi s'y était transporté, sui* sa demande. Le Conseil manifesta des dispositions moins énergiques que celles du peul)le sous les armes. A la vérité on renouvela la décision de défench-e la patrie jusqu'à l'extrémité : mais on abandonna aux troupes le soin de choisir entre la défensive et l'otiensive. Les officiers et sous-officiers devaient, avec quatre simples soldats, délibérer sur la question. Il était même pennis au peuple armé qui gardait les difterents postes de faire des sorties contre l'ennemi, mais dans ce cas la responsabilité de l'officier, chef du poste, obligé à une sortie par la majorité de ses hommes, était expressément déga-

' Mémoires de F. de Roverea, Berne, lo4>, I, p. 442 et siiiv.

- Zschokke, Geschichte corn Kampf nnd Uniergang der schiceizerischen Berg- und Waldkantone (traduit de Tallemand par Briatte sous le titre: Histoire de la destruction des républiques démocratiques de Schwytz, Uri et Unterwalden). Berne et Zurich, 1801. Voir p. 317 et suiv. de Toriginal, et p. 282 et suiv. de la traduction.

*' Th. Fassbind, Geschichte des Kantom Schicyz. Schwyz, 1838, V, p. 439 et suiv.

* Lusser, Geschichte des Kantons Un. Schwyz, 1S02, p. 342. Steinauer, Geschichte des Freistaates Schicyz. Einsiedeln, 1861, 1. I'. 217 et suiv.

gée. Les officiers d'ailleurs ne devaient point s'opposer à de telles sorties s'il leur restait assez de monde pour que la garde du poste fût assurée. L'événement le plus remarquable de cette séance nocturne fut l'arrivée du curé d'Einsiedeln, qui par des fanfaronnades chercha à écarter les sérieuses préoccupations des chefs. Lorsqu'il fut question de convenir d'une seconde ligne de défense, il s'emporta et s'écria qu'une telle délibération était oiseuse et trahissait de vaines craintes, car si la Schindelleghi et les autres postes étaient défendus comme il comptait défendre l'Etzel avec les gens d'Einsiedeln, la victoire était assurée. « Je vous jure par tous les saints, s'écria-t-il, que nous défendrons cette frontière jusqu'au dernier homme. » Le lendemain matin il était en effet à l'Etzel avec 600 hommes d'Einsiedeln. Ils avaient à plusieurs reprises demandé un chef supérieur, mais personne ne se souciait de partager le commandement avec ce prêtre rétif. Prévoyant l'avenir, Reding leur écrivait qu'il attendait peu de leur cur6 comme soldat, mais qu'il se rassurait à la pensée de la fidélité et du courage de leurs officiers.

« Cependant Reding était inquiet. La retraite des Glaronnais, l'impossibilité de tout secours, le peu de confiance que lui inspirait le curé d'Einsiedeln, la crainte enfin que le poste de St-Jost, qu'on supposait devoir être sérieusement attaqué, ne fût abandonné, lui donnaient sérieusement à réfléchir. Il fit retirer les gardes avancées' et se disposait

' Ceci se rapporte probablement aux gardes avancées du poste de la Schindelleghi.

UNI-: DiFFiiri/n': iiisr()K'K,)rK. 315

à la retraite. Mais ralanue si> répandit et rinitation se propagea de raiiiz en ranu". Un bourgeois de Schwytz monta sur un tas de bois au bord de la route, et i)arla ainsi : ■; Chers concitoyens, vous savez que nous avons juré devt vaut Dieu de défendre jusqu'à la dernière goutte de notre '^ sang, contre ces brigands de Français, notre sainte reli- ' gion et notre vieille liberté. Nous ne nous sommes pas en-

< core mesurés avec eux, tandis que nos frères des Métairies *• et d'Einsiedeln, naguère encore nos sujets, ont déjà versé

< leur sang avec joie pour l'héritage de nos pères. Convient-

< il aux vieux Schwytzois d'être en arrière sur eux ? Non !

< jamais! Il est indigne de nous de tarder. Soyons hommes

< et battons-nous. > Un cri de colère suivit ce discours, et Reding. maîtrisé par la volonté de ses soldats, disposa leurs rangs pour le combat.

< Vers les 10 heures les Français, au nombre de deux mille hommes en\iron. s'avancèrent vers la Schindelleghi. Les balles bien ajustées des tireurs schwytzois, cachés derrière les arbres et les buissons, en tuèrent un grand nombre. Toutefois ils ne plièrent pas et l'attaque fut renouvelée avec impétuosité. Vers midi le feu devint plus faible. Petit à jietit. il cessa tout à fait. Les soldats fatigués se reposaient un instant, lorsqu'arriva la nouvelle que les hommes d'Einsiedeln avaient abandonné l'Etzel sans combat, et que les Français devaient être en marche sur Einsiedeln. Ce fut un simple paysan, qui accourut de son propre mouvement, et raconta que le curé était arrivé à TEtzel le matin et avait dit : < Mes braves gens, on vous traliit. Votre résis-

€ tance est inutile. Ceux de Sch^vytz sont en fuite et les « autres postes ne seront pas défendus; c'est pourquoi je « vous conseille de faire volte-face. » Là-dessus il était retourné à Einsiedeln, et tout le monde l'avait suivi.

« L'Etzel ainsi abandonné, et Einsiedeln aux mains des Français, les soldats de la Schindelleghi couraient grand risque d'être tournés par l'ennemi. Mourir ou se rendre semblait leur lot inévitable. Reding se vit contraint de se retirer sur Rothenthurm avec toute sa troupe à laquelle se joignirent nombre de gens des Métairies. Le retraite commença à une heure, en bon ordre, et sans que les Français l'inquiétassent. Le même jour 600 Français entrèrent à Einsiedeln sous les ordres de Nouvion.

« Dans le même temps le bataillon Hediger, qui occupait les hauteurs entre St-Jost et le Morgarten, fut vivement attaqué par un corps français, arrivant d'Egeri et de Hiitten. Trop inférieur en nombre, il battit en retraite. A peine était-il arrivé à Rothenthurm, que RecUng, dont l'aile gauche ' se trouvait découverte par ce moment de recul, lui ordonna de s'emparer de nouveau des hauteurs abandonnées. Quant à lui, Reding, il prit avec douze cents hommes position dans la plaine située au nord de Rothenthunn, attendant une attaque. Bientôt toutes les hauteurs qui dominent Rothenthurm, du côté de l'ouest, se couvrirent, d'ennemis, qui se massèrent peu à peu, et s'avancèrent les rangs serrés du côté de la plaine. Entouré d'ennemis de tous

' Reding étant lui-même en retraite, l'aile gauche dont il s'agit ici, est devenue aile droite.

iTNK MiFi'irrLrK iiisroKM(,)ri:. 317

cotés, et sans ('^\h)'\v de succès, nuiluré tous les ctibrts et tous les sacritices ([u"il pourrait ol)tenir de sa troupe, liediiii;" hésitait de donner le signal de rattaijue, lorsqu'arriva le landsturm de Schwytz. dont Vinipétuosité mit tin à toute hésitation. Ne respirant (pu' mort et vengeance, toute cette toute arrivait sans ordre, avec des cris de rage, et demandait à être conduite à l'ennemi. Des vieillards caducs, des enfants imherhes prirent part à la lutte, et des femmes elles-mêmes partagèrent l'exaltation générale. On en vit satteler aux canons pris à Lucerne, et les tirer péniblement sur le chemin montueux de Rothenthurm '. Beaucoup de filles de la campagne s'étaient armées de massues, de fourches ou de faux, pour se dévouer, elles aussi, à la défense de la patrie.

< Pendant ce temps les masses ennemies s'étaient approchées de la place où se réunit la landsgemeinde *. Entraîné par l'exaltation belliqueuse du peuple. Reding ordonna l'attaque. Lorsque les canons eurent tiré quelques boulets et (jue les bataillons eurent fait feu, les trompettes sonnèrent la charge. Les Schwytzois marchèrent à l'ennemi avec de sauvages cris de joie. Ils traversèrent la plaine d'un pas ferme et attaquèrent à la baïonnette. Les Français, inférieurs en nombre, furent incapables de résister à l'impétuosité du choc. Ils reculèrent, et leur retraite devint bientôt une fuite générale. En une heure le champ de bataille fut balayé. Grâce à la rapide retraite des Français, la perte, des deux côtés, fut insignifiante.

' Ce n'était pas encore la belle route actuelle.

- La landsîîemeinde se réunissait autrefois à Rothenthurm.

318 LES ALPES SUISSP:S.

« Cependant le Morgarten, ce lieu sacré où 483 ans auparavant, les Suisses avaient brisé le joug autrichien, était encore occupé par les Français. Déjà des hauteurs du col les Français descendaient les pentes (pii conduisent à Sattel ', lorsque les auxiliaires uranais, sous les ordres du capitaine Schmid, et cent cinquante hommes environ du landsturm des communes voisines, vim'ent lui disputer le terrain. En même temps, le bataillon Hediger, parti de Rothenthurm, gravissait les hauteurs. Les carabiniers uranais entretinrent jusqu'à son arrivée un feu très-vif contre les avant-postes ennemis. Puis sitôt que Hediger, ayg^nt gagné le dessus, put tendre la main aux auxiliaires d'Uri, on sonna la charge. Tombant à Fimproviste sur le liane de l'ennemi, les Schwytzois l'attaquèrent à la baïonnette. Les Français rompus et incapables de tenir se retirèrent sur Egeri. >

Dan§ quelques parties plus circonstancié, dans d'autres plus succinct que celui de M. Monnard, ce récit en diffère considérablement. — Quelques divergences portent sur les opérations miht aires. D'après M. Steinauer,Einsiedeln n'aurait été occupé le 2 mai que par 000 hommes aux ordres de Nouvion, tandis que selon M. Monnard, d'accord avec la plupart des autres historiens, le principal corps d'armée de Schauenbourg, fort de 6000 hommes, aurait pénétré par l'Etzel jusqu'à Einsiedeln, et y serait demeuré pour piller l'abbaye; une division seulement aurait été renforcer Freys-

' Situé eu arrière de Rothentliurm et plus bas, déjà sur le versant qui conduit à Schwvtz.

UXK 1)11 FKi i;n': iiisi'oKUirE. 319

sinot sur la route do la Srliin(lelU\ulii à KotliiMitluii-ni. En outre, et eVst ici la ditVénMice ea])itale (Mitri^ les deux versions, la lutte prin(ii)ale aurait eu lieu, selon M. Moniiard, entre Reilini»' et Freyssinet. lequel arrivant de la Schindclleghi et suivant Iiedinii' à la piste, aurait massé ses troupes dans la plaine, dans le but évident d'emporter Rothenthurm d'assaut; mais Reding l'aurait prévenu, et marchant à lui <■ malgré la ligne de bouches à feu et de fusils qui vomissait la mort, > il l'aurait refoulé au loin sur la route de la Scliindelleghi. Selon M. Steinauer, au contraire, Freyssinet n'aurait pris aucune part à l'action, il n'aurait point inquiété Reding. et la lutte aurait eu lieu entre ce dernier et le corps franijais qui, ayant occupé le St-Jost, menaçait de le devancer à Rothenthurm. Ce corps ne pouvait avoir de canons avec lui, le sentier du St-Jost n'étant pas praticable pour l'artillerie. Aussi M. Steinauer ne parle-t-il que des canons schwytzois. Les Français battus se seraient sauvés par les sentiers de la montagne, d'où ils venaient, et la victoire de Reding aurait consisté non point à rejeter l'ennemi une lieue ou deux en arrière du côté de la Schindelleghi, mais à recon(iuérir sur lui les hauteurs qui dominent Rothenthurm à l'ouest et au nord-ouest. Entin, selon M. Monnard, les Français auraient perdu beaucoup de monde, d'autres historiens parlent d'un grand carnage ; tandis que selon M. Steinauer les pertes auraient été insignifiantes.

Si la critique n'avait d'autre guide pour faire un choix entre ces deux récits que la seule vraisemblance, elle au-

mit pcnit-rtrc queliiuc i)eine à se décider. Si Ton admet la version de M. Monnard, il est surprenant que les Scliwytzois, après une attaque si impétueuse et dans la déroute générale de reimemi, n'aient pas conquis (luelques-unes de ces bouches à feu qui, rangées en ligne sur le front de Freyssinet, vomissaient la mort ; inutile de dire qu'une pareille conquête n'aurait pas été passée sous silence. Si l'on admet plutôt la version Steinauer, on comprend malaisément l'inaction de Freyssinet pendant la lutte. La reprise des coteaux du St-Jost n'a pas pu être l'affaire d'un instant. M. Steinauer parle d'une heure. Pour qui connaît les lieux, ce doit être un minimum, et si l'on y ajoute une heure d'attente pour laisser au landsturm le temps d'arriver et aux Français celui d'aborder la plaine, cela fait au moins deux heures pendant lesquelles Freyssinet, qui dans tous les cas n'était pas loin, laissa toute liberté d'action à Reding. Selon M. Fassbind, dont le récit est un des plus circonstanciés, Freyssinet serait survenu vers la fin du combat, et le feu des canons schwytzois, dirigé par le capucin Paul Stiger, l'aurait tenu en respect.

D'autres différences changent la physionomie même des événements. M. Steinauer accuse plus fortement la rivalité d'influence entre les chefs militaires et quelques membres du clergé. Des curés fanatiques et ignorants, démagogues et ultramontains, jaloux de tout pouvoir laïque, avaient pris sur le peuple un ascendant extraordinaire. Leur haine contre les Français était aveugle et sans bornes. Ils ne connaissaient pas d'autre tactique que le fanatisme qu'ils in-

r\F DiFFUH'i/rK insroKiQUE. 321

spimicut. Us oiiteiulaicnt que la .guerre fût faite par eux et l)Our eux. Quelques-uns se montrèrent lâches devant Tennenii : tous furent lundis devant les eliefs du peuple. Peu s'en fallut cpi'une lutte engagée pour la liberté ne dégénérât en une croisade avec le crucifix pour seule bannière. C'est ce qui arriva (pudiques mois plus tard, dans le Nidwald. où Ton vit l'exaltation religieuse dominer tout autre sentiment, et s'emparer du peuple à tel point que sa politique ne fut plus qu un ai)pel au miracle. Les événements de Rotlienthurm. tels que les raconte M. Steinauer, laissent entrevoir cette extrémité. Dans le récit de M. Monnard l'attitude du i»euple schwytzois est bien autrement cabne et stoïque.

M. Steinauer accuse de même énergiquement l'espèce de \iolence que l'exaltation populaire aurait exercée sur les chefs. Quoi de plus curieux que le partage du commandement entre les officiers et la troupe réglé par le Conseil de guerre de Rothenthurm ? Les purs militaires n'étaient plus maîtres de la situation. Reding lui-même, le chef aimé du peuple, obéit plus encore qu'il ne commande. A la Schindelleghi, il croit une retraite nécessaire afin de concentrer la défense, ses hommes s'y opposent comme à une lâcheté ; à Rothenthurm, il hésite à donner le signal de l'attaque, et c'est le laudsturm qui l'y contraint. Dans le récit de M. Monnard, tout se passe plus régulièrement et plus militairement. On voit bien sans doute que le peuple est fort irrité ; mais cette irritation ne va guère qu'a lui donner plus d'élan dans l'attaque. Reding

est rame de tout, il combine, il commande et ses hommes exécutent. Le récit de M. Steinauer ne porte aucune atteinte, sans doute, à la haute réputation de bravoure de ce noble chef. Toutefois sa physionomie n'est plus la même. La version classique, sans lui attribuer d'illusions sur l'issue finale, le fait agir comme s'il croyait à une victoire possible. Il semble n'avoir point d'arrière-pensée. Chef habile autant qu'énergique, et toujours maître de lui-même, il joue avec une sérénité héroïque un jeu désespéré. Le Reding de M. Steinauer a moins d'assurance. M. Steinauer ne cite pas son célèbre discours : « La mort et point de retraite! > Peut-être le tient-il pour suspect; mais dans la bouche de son Reding ce ,discours tendrait moins à exalter les courages, qu'à déchirer les voiles et dissiper les illusions. Il nous montre Reding calme et triste, mélancoliquement intrépide, au milieu d'un peuple dont la rage se tourne en désespoir. Fidèle à son serment et à sa patrie, il ne songe pas à lui-même, mais bien à tous ces braves qui vont tomber. Il a l'expérience de la guerre, et jusque dans la chaleur de l'action il ne perd pas le sentiment de l'inutilité de ce tardif déploiement d'héroïsme. Il ne heurte pas l'enthousiasme populaire, il le respecte, et moins fort que le torrent qui l'entraîne, il le suit et tâche de le guider.

Je ne voudrais pas choisir entre ces deux versions ; mais surtout je ne voudrais pas exclure absolument celle de M. Steinauer, quoique, en plus d'un point, elle me laisse des doutes. Telle qu'il la raconte la lutte a plus de physionomie, de mouvement, de caractère. Plusieurs traits d'ailleurs confir-

UNE DiFFu ri;ii': historique. 32;^

ment son récil. cntiviuitres les orages de la laiulsi^^Mneinde. La plupart des historiens, et M. Steinauer est du nombre, parlent d'une grande majorité en faveur de la capitulation: M. Fassbind, au contraire, dit que la majorité fut i)etite. Ces deux assertions contraires ne sont pas inconciliables. L'espèce de persécution dont Keding lui-même fut Tobjet de la part de ses propres concitoyens, pour avoir conseillé l'acceptation, donne à penser que la majorité fut plus grande en apparence qu'en réalité. Peut-être en voyant céder leurs frères d'armes, nombre de citoyens, partisans de la lutte à outrance, renoncèrent-ils à voter ; mais ils se retirèrent la rage dans l'âme, et en gardèrent un long ressentiment. D'autres traits encore, l'émeute que souleva le départ du conunandant Schmid d'Uri (voir Lusser, p. 344). l'accueil qui lui fut fait au port de Brunnen, où la population furieuse l'accabla de malédictions et faillit se jeter sui lui et ses gens; les conspirations qui après quelques semaines ou quelques mois se formèrent ouvertement contre le nouvel ordre de choses ; les nombreux volontaires qui, dès le mois de septembre, au mépris des ordres des magistrats, et malgré les postes à la frontière, coururent au secours des Unterwaldiens soulevés : tout annonce que l'impulsion partit d'en bas, et que l'exaspération i)opulaire joua, même à Schwytz, le rôle prépondérant. C'est dans le landsturm que fut l'âme de la résistance. Aussi, malgré l'expérience de Reding et de plusieurs autres officiers, malgré les instincts et l'inteUigence militaires de cette population de tireurs, la lutte peut fort bien avoir eu le caractère convulsif des soulèvements populaires enfantés par le désespoir.

324 LES ALPES SULSSES.

Toutefois il est dangereux, en histoire, de se laisser gui^ der par la seule vraisemblance ; aussi, quoique je n'eusse l)oint l'intention de faire ici œuvre positive d'historien, et qu'il suffit à mon dessein de soumettre la question au lecteur et de m'en rapporter à son jugement, ai-je désiré obtenir quelque témoignage précis en faveur de Tune ou de l'autre des deux versions. Je me suis adressé dans ce but à M. le professeur G. de Wyss, mon collègue et ami, qui a bien voulu mettre à mon service sa science et sa sagacité critiques. Quelques-unes des observations qui précèdent sont de lui. Après avoir examiné les différents récits des auteurs, il a pensé que l'homme le plus capable de décider la question serait M. Kothing, archiviste cantonal à Schwytz. Il lui a donc soumis la difficulté et en a reçu en date du 22 juillet 186b une réponse fort obligeante, dont voici les principaux passages :

« Je suis en mesure de répondre positivement aux questions que vous me posez sur les événements de Rothenthurm en mai 1798.

« Le récit exact de ces événements se trouve donné dans un ouvrage où probablement vous ne l'auriez pas cherché en première hgne. C'est l'ouvrage de Zschokke : Untergang

der Wddhmtone Zschokke, en qualité de commissaire

helvétique, prit sa demeure chez Reding, afin de protéger sa famille et sa maison. Cette circonstance amena une liaison amicale entre ces deux hommes, qui différaient entre eux sous tant d'autres rapports, et peu de temps après l'acte de médiation Zschokke revint à Schwytz, où il passa

UNK DiFFu ri;rK iiisroKu^rK. . 32r)

plusieurs seniaines avec son ami. dans uuv petite canipagiie que la faïuille Rediug possédait sur la uionta^iine api)elée l'Urmiberjj:, et où il écrivit riiistoin* des évéïieineuts de 1798, en s'appuyant pour ce travail sur les coinnumications orales de Reding, et sur les pièces des arcliives de Sclnvytz, qui portent encore les N"' que Redin^r leur a donnés de sa main. Zschokke se servit aussi d'un mémoire manuscrit d'un ecclésiastique. Schuler. plus tard chanoine à Bisclîofzell. manuscrit qui est encore en possession de la famille Reding. Le récit de Zschokke peut donc être considéré comme tout à fait authentique.

< Pour être parfaitement sûr de ce que je vous communique, j'en ai parlé aujourd'hui-même au colonel Aloïs Reding \ qui me confirme en tout point ce que je viens de vous (lire. >

J'avoue qu'en effet ce n'est pas dans le récit de Zschokke que j aurais cherché des renseignements authentiques. Deux choses me le rendaient susi)ect. D'abord un certain vernis Uttéraire, tout conventionnel, et que M. Kothing ne garantit certainement pas. Zschokke a des phrases comme celle-ci : < Tel Reding et les siens, tels Léonidas et ses Spar-

< tiates, calmes et intrépides, attendaient autrefois la mort

< aux Thermopyles. > Il n'y a rien au monde de plus monotone et de plus contraire à la vérité que cette Uttérature de convention. Parce qu'il y a eu jadis un Léonidas, quia ouvert la série des héros grecs, on veut que tous les héros isolent Léonidas. De grâce laissons à chacun son caractère. L'his-

* Le fils (lu héros de Rothenthurra.

326 LKS ALPES SUISSES.

toire eu sera plus riche, et surtout n'invoquons pas les souvenirs heureux de la jeune Grèce à propos de combats qui rappelleraient plutôt la triste Pologne se débattant dans l'agonie. Les événements prennent sous la plume de Zschokke un air d'élégance et de discipline, parfois plus marqué encore que dans la version classique. Le landsturm y est à peine mentionné ; Reding y est un officier très-obéi, et tout ce peuple armé se comporte avec la régularité ponctuelle d'une troupe de ligne. Marianus Herzog commande à Einsiedeln, là tout est désordre ; Reding commande à Rothenthurm, ici tout marche correctement. Le contraste est parfait. Il se pourrait que M. Steinauer, qui est d'Einsiedeln, ait fait quelque tort aux vieux Schwytzois. Toutefois j'ai peine à me fier complètement à Zschokke. Ce sont deux choses fort différentes que d'être exact en reproduisant la suite en quelque sorte matérielle des événements ou d'être moralement fidèle en en donnant la physionomie originale. Il suffit de puiser à de bonnes sources pour atteindre à l'exactitude matérielle ; il faut bien autre chose pour être moralement fidèle.

En outre, il y a dans le récit de Zschokke des à peu près géographiques, qui contribuaient à me le rendre suspect. Des hauteurs de l'Urmiberg, où il a probablement fait quelque promenade avec son ami Reding, il a pu voir tout le champ de bataille déroulé à ses pieds comme une carte géographique, Reding lui aura tout montré de la main, et cependant une partie considérable de son récit est d'autant i)lus difficile à suivre qu'on connaît mieux les loca-

UNE hll rUTLTl': lUSTOh'U.UE. :V27

litôs. La nil/tr de Moruartcn. (Mitre autres, y joue un rôle considérable. - Au milieu de la cliaine des inontagnes i qui séparent les cantons de Zu^ et de Schwvtz. entre

< le paisible lac d'E^eri et le mont appelé Sattel, s'é-

< t^nd une vallée verdoyante, aux pentes adoucies. C'est le

< Morgarten. Les colonnes francjaises, venant d'Egeri. s'y

< acheminaient en gi'impant. Ces hauteurs, depuis la re-

< traite de la Schindelleghi. étaient restées sans défense :

< c'était un poste à reconquérir : tout dépendait de là. > Pauvre Morgarten ! Le plus fameux des noms de l'ancienne Suisse! Zschokke en fait une vallée; de Roverea dit aussi couramment la vallée de Morgarten; le traducteur de Zschokke en fait une plaine suspendue sur des rochers; quant au grand public, il est en général persuadé que Morgarten est un village. Le Morgarten n'est ni une plaine, ni une vallée, ni un village. C'est un coteau très-vert, dont la l»ente. semée de prairies et de bouquets de bois, plonge immédiatement dans le lac d'Egeri. Les rochers ne s y font remarquer que par leur absence. Le dessus s'aplanit légèrement sur quelques points; plus en arrière s'élève la ligne des hauteurs mamelonnées qui s'étendent du défilé de Schonio au col du St-Jost, et séparent le bassin d'Egeri de celui de Kothenthunu'. Ce coteau, qui a joué un rôle capital

* C'est parce que le Morgarten est un coteau, que nous avons toujours dit LE Morgarten. comme on dit le Brunig, la Côte, etc. nous conformant en cela à l'usage adopté par quelques historiens et à l'usage populaire. — La carte Dufour place le nom du Morgarten un peu trop à l'est: il le faudrait parallèlement au lac et allant presque jusqu'au point où rUv donne l'altitude de 1001 mètres. Voir sur

dans la lutte de 1315, grâce aux bannis, n'a joué qu'un rôle très-secondairo dans celle de 1708, dont le théâtre était beaucoup plus étendu. Quelques détachements ont pu y passer ; mais il n'a servi de point de mire ni à l'attaque ni à la défense. On ne voit pas d'aiUeurs pourquoi il aurait été abandonné depuis la retraite de la Schindelleghi, située tout à l'opposite.

Toutefois on aurait tort d'attacher trop d'importance aux à peu près géographiques de Zschokke. L'exactitude géographique n'est pas commune. Et si, comme le double témoignage du fils d'Aloïs Reding et de M. Kothing le met hors de doute, Zschokke s'est appuyé sur les renseignements oraux donnés par Reding lui-même, on peut le tenir comme un guide sûr, sauf à tâcher de tirer au clair les parties obscures de son récit et à s'en tenir aux faits qu'il donne comme positifs, sans trop insister sur la couleur générale. Suivons-le donc en le comparant rapidement avec les autres historiens.

Le fameux discours de Reding : « La mort et point de retraite, » ou, comme dit l'allemand avec une simplicité plus mâle : « Wir fliehen nicht, wir sterben, > a été réellement prononcé. La scène du serment, qui suivit, n'est pas non plus imaginaire. Deux hommes seraient sortis des rangs à la demande de Reding, et lui auraient serré la main en pro-

cc sujet le travail de M. Ithen, médecin à ^Egeri, sur la bataille du Morgarten, dans le tome deuxième du ScUweizerischer Geschichtsforschcr, et la carte topographique du canton de Zug, en quatre feuilles.

ITNK DlFFirn/rÉ HISTOKUJUE. 329

mettant au nom do tous (^u ils titMidraiiMit ïvvuw v.\ ne IV bandoniieraient pas. Zschokke ^i^arantit rauthiMiticité du discours. Il le tenait évidenunent de Keding, ainsi que les détails relatifs au serment. Le monuMit était assez solennel pour justifier une scène pareille. Toutefois, quand on étudie les termes mêmes de la harangue de Reding, ainsi que toutes les circonstances accessoires, on se demande si Reding, en sa qualité de militaire, ne se défiait pas de la solidité des milices inq)rovisées qui Tentouraient, et si, tout en affermissant les courages, il ne songeait pas aussi à neutraliser certaines influences dissolvantes. C'est envers lui i)ersonnellemcnt qu'il veut qu'on s'engage, et le peuple répond : nous ne roHs abandonnerons pas. Il avait déjà fait assez d'expériences, entre autres à Lucerue, pour ne pas être sans inquiétude. — L'original allemand indique assez clairement que cette scène eut lieu à la Schindelleghi. La traduction franc^aise pourrait faire croire qu'elle eut lieu plutôt sur < les hauteurs verdoyantes du Morgarten, > où les Schwytzois i voulaient renouveler le monument sacré de la valeur de leurs pères. > Les folles herbes de la légende sont toujours i)ronq)tes à pousser.

La scène du Conseil de guère est racontée par Zschokke de la même manière que par M. Monnard. Il trace de Maria nus Herzog un portrait plus énergiquement laid, et il insiste sur lopposition que ce prêtre démagogue faisait au Conseil de guerre, dont il travaillait à ruiner sous main le crédit, ainsi que celui de tous les notables du pays. <. Le Conseil de guerre, dit-il expressément,

était lo but de toutes ses attaques. > Il est bien probable que nous avons ici le jugement de Reding lui-même sur le curé d'Einsiedeln. — Zschokke ajoute qu'au moment de quitter le [Conseil, Marianus Herzog renouvela entre les mains de Reding le serment de défendre l'Etzel avec les hommes d'Einsiedeln jusqu'à la dernière extrémité, et qu'il lui promit de lui faire savoir aussitôt (durch Eilboten) tout ce qui se passerait. Encore un détail qui vient sûrement de Reding. — Quant à la délibération relative aux sorties, Zschokke n'en parle pas ; mais son silence à ce sujet ne saurait être invoqué comme une preuve positive contre le récit de M. Steinauer.

Zschokke ne dit rien non plus du projet de concentration de Reding, et de l'opposition qu'y firent les soldats. Mais encore ici son silence ne prouve pas. Quant au combat de la Schindelleghi, il n'y a pas de différence notable entre lui et M. Monnard.

En revanche, et c'est le point important, dans le récit de la retraite sur Rothenthurm et du premier combat qui y fut livré, Zschokke donne raison à M. Steinauer. Il est suffisamment clair et précis pour qu'on puisse envisager la version que nous avons appelée classique comme définitivement condamnée. Il faut renoncer à la ligne de bouches à feu sur le front de Freyssinet. Freyssinet était en arrière. Il n'arriva pas où n'arriva que trop tard ; Zschokke n'en fait aucune mention. Son inaction ne peut guère s'expliquer que par la fatigue de ses troupes et les pertes qu'il avait éprouvées à la Schindellegiii. C'est par la colonne

UNE DIFFICULTÉ IIISPORIQUE. 331

qui descendait du 8t-Jost que Rediui» fut menacé ; il se jeta sur elle, la mit eu complète déroute, et reconquit les hauteurs avec une étonnante ra])idité. Zschokke parle d'une demi-heure. Il ajoute que dans d'autres occasions il faudrait plus de temps pour gravir les collines du St-Jost que les Schwytzois n'en mirent à les prendre. C'est tellement juste qu'on a peine à ne pas lire une heure, avec M. Steinauer. — Il ditîere encore de M. Steinauer sur trois points. Premièrement, il dit que les Schwytzois ne se laissèrent point effrayer par la multitude des Français. M. Steinauer veut, au contraire, que les Français fussent inférieurs en nombre. Je crois à la presque égalité. Zschokke évalue la colonne des Français à deux ou trois mille hommes. Il en donne douze cents à Reding ; ajoutons-y le bataillon Hediger et le landsturm. et nous ne serons pas loin de compte. Dans le récit de Zschokke. les chiffres viennent probablement de Reding : les phrases sont de lui. En second lieu, Zschokke ne i)arle pas du landsturm, non plus que des hésitations de Reding. (^uant au landsturm. le silence de Zschokke n'a pas grande portée. Quant aux hésitations de Reding, elles seraient prouvées et Reding lui-même ne s'en fût point caché, que son ami n'en aurait probablement pas parlé. Toutefois, ce qu'on appelle hh'datious ne fut peutêtre que tactique. Pour éviter une attaque de bas en haut, sur des pentes raides, Reding a dû attendre que les Français se fussent, au moins en partie, déployés dans la plaine. On conçoit l'impatience du landsturm. qui devait rester immobile en les regardant descendre. Peut-être en

332 LKS ALPES SUISSES.

ce point M. Steinauer s'est-il trop confié aux sources populaires. Sa version doit venir du landsturm lui-même. Enfin M. Steinauer parle de pertes des deux côtés insignifiantes, tandis que Zscliokke affirme que les Français j)erdirent beaucoup de monde. Ici encore je pencherais plutôt pour Zscliokke. C'est là un de ces points sur lesquels un historien n'oublie pas de faire des questions. Reding était modeste, et s'il a parlé de pertes sérieuses, il faut le croire plutôt que M. Steinauer, qui paraît enclin à diminuer les exploits des vieux Schwytzois. D'ailleurs on aurait peine à comprendre une attaque aussi impétueuse, une déroute aussi complète, une poursuite aussi rapide avec des pertes insignifiantes.

Le second combat, auquel on a plus particulièrement donné le nom du Morgarten, est celui qu'on a le plus de peine à se figurer exactement. Toutefois on en saisit au moins les traits généraux. Les Français doivent avoir tenté deux attaques convergentes et simultanées, l'une par le St-Jost, l'autre par le défilé de Schorno, la première prenant Reding en flanc, la seconde le tournant. Cette seconde attaque était appuyée par des éclaireurs et des flanqueurs en nombre plus ou moins considérable, qui, au lieu de s'engager dans le défilé, gagnèrent les hauteurs à gauche, escaladant peut-être le Morgarten. Les assaillants furent d'abord retardés dans leur marche par un détachement du landsturm et par les tireurs uranais postés à Sattel, où l'avant-garde française débouchait après avoir déjà franchi le défilé, ce qui donna le temps à Hediger de

irNE DIFl U ri/l'K HISTORIQUE. 333

tomber des hauteurs plus voisiues du St-Jost, qu'il avait eu Tordre de reprendre, sur le Hanc de la colonne française qui étiiit engagée dans le détilé et en occupait les abords. Cette attaque de Hanc décida la victoire, (pii fut complète, car selon Zscliokke les Français furent poursuivis jusqu'à Egeri, et tentèrent vainement de se rallier en chemin.

Zschokke ne parle pas de la molle conduite du commandant Schmid, d'Uri, qui laissa les Sch\\7tzois poursuivre les Français ; mais son silence ne prouve rien, non plus que celui de M. Monnard. La comparaison des récits de Fassbind (Schwytzois), et de Lusser (Uranais) met le fait en pleine lumière.

Pour les combats du lendemain, aux environs d'Arth, le récit de Zschokke ne diffère pas de celui de M. Monnard.

Enfin, Tune des parties les plus intéressantes du récit de Zschokke est la description qu'il donne de la nuit du 2 au 3 mai à Rothenthurm. On pourrait, au premier abord, prendre pour une paraphrase dramatique tout ce quïl rapporte des discussions engagées au bivouac. On Tenvisagera différemment s'il faut y voir un écho des entretiens de Reding. Il est évident qu'ici Zschokke fournit un grand argument en faveur de M. Steinauer. Il justifie la couleur générale dont celui-ci a revêtu son récit. L'armée tint cette nuit-là à Rothenthurm la véritable landsgemeinde, plus orageuse encore et plus décisive que celle du lendemain. Toutes les passions s'y firent jour ; toutes les opinions y furent bruyamment débattues. Reding ne commande pas; il écoute, il obéit, et si, malgré son discours de l'avant-veille,

334 l^KS ALTKS SUISSES.

il entre on pourparlers avec Schauenbourg, c'est que tel est le vœu (le la majorité de la troupe réunie autour de lui.

Il y a doue (]uelques chaniACinciits à apporter à la version classique; mais ils sont sans influence sur les considérations générales que nous avons exposées dans la troisième partie de notre travail sous le titre de Théorie et Cominentaire. Que Reding ait chargé victorieusement les bataillons de la Schindelleghi ou ceux du St-Jost, peu importe, elles restent les mêmes. Mais ce qui résulte de l'ensemble de ces observations, c'est que nous n'avons pas encore de récit complet de cette lutte courte et mémorable. Elle attend un historien qui donne aux faits tout leur caractère, aux hommes toute leur physionomie. C'est une regrettable lacune dans notre histoire nationale. Il n'y a pas dans les annales des peuples de chapitres plus instructifs que ceux où l'héroïsme brille inutilement. Rothenthurm est notre Waterloo ; c'est une de ces journées dont les peuples sages ne laissent rien perdre, qu'ils étudient, non point pour excuser leur défaite ou la rejeter sur quelque puissance occulte, mais pour s'en rendre compte, pour l'exphquer par les causes qui l'ont produite, et faire mieux, si possible, à l'avenir.

t Zurich, le 26 juillet 1868.

Page 1