Voir chap. m
insensible, d'abord par des caractères psychiques que nous avons déjà signalés, et ensuite et surtout par le moment où elle se produit ; la réaction ordinaire (dans une réponse bilatérale) se produit après un temps moyen de 0,709. la réaction exceptionnelle après un temps moyen de 0,23.
En définitive, le retard du temps de réaction, comme la diminution du chiffre de pression, peut être mis dans une certaine mesure sur le compte de la désagrégation mentale; ce sont des signes auxquels on peut reconnaître la forme inférieure d'une conscience; ils sont, à ce point de vue, comparables aux phénomènes d'imitation, que Ton rencontre si fréquemment dans les consciences rudimentaires.
30 pQj^Yfiç dQ id co7itr action volontaire. — Deux mots suffiront. Si on compare la courbe de contraction du côté sensible à celle du côté anesthésique, on constate que la ligne d'ascension est généralement plus courte, et plus redressée dans la contraction volontaire du côté sensible. La différence est extrêmement nette, chez quelques malades, lorsque les deux contractions ont été faites simultanément.
4" Durée de V état de contraction, — Les différences signalées jusqu'ici entre les mouvements volontaires du côté sensible et du côté anesthésique n'ont point l'importance de celles qu'il nous reste à voir. Nous allons nous occuper de la durée de l'état de contraction, ou de la tension musculaire. Nous allons rechercher pendant combien de temps le sujet peut se maintenir en état de contraction.
Il peut sembler que c'est là un phénomène purement musculaire; mais ce serait une erreur de le croire. Nous avons vu déjà quelle influence l'attention peut exercer sur le temps de réaction, à ce point que lorsque tel malade, Dem...., par exemple, pense à sa main insensible, elle répond à l'excitation, tandis que lorsqu'elle cesse d'y penser la main devient immobile. Nous avons vu aussi que lorsqu'on oblige le sujet hystérique à presser en même temps le dynamomètre des deux mains, le chiffre de pression est plus faible que celui donné par chaque main pressant isolément; ce qui tient très probablement, avons-nous dit,
LES ACTIONS VOLONTAIRES ET INCONSCIENTES IGo
à ce que dans le premier cas le sujet est obligé de diviser son attention, au lieu delà concentrer sur une seule main. Les études que nous faisons sur les mouvements volontaires sont donc, par plus d'un côté, des études psychologiques, et constituent une analyse de l'acte de volonté autant qu'une analyse d'un phénomène moteur. C'est ce que les observations qui suivent vont démontrer encore. Il est utile, dans ces sortes d'expériences, de commencer par se soumettre soi-même aux épreuves qu'on fait subir aux sujets; on peut ainsi se rendre compte des conditions mentales où l'hystérique se trouve placé. Si l'on essaye de mesurer le temps pendant lequel on est capable de conserver une pose fatigante, ou de presser sur le dynamomètre, on s'aperçoit tout de suite que ce temps est livré à l'arbitraire du sujet. En effet, en me prenant comme exemple, j'observe que, quand je presse le dynamographe, il se passe en moi des phénomènes très complexes, dont on n'a pas l'habitude de tenir compte. Si quelqu'un m'interroge sur ce que j'éprouve, je dirai peut-être que j'ai ressenti au bout de quelque temps un sentiment de fatigue qui m'a obligé à lâcher l'instrument. Ce n'est pas absolument exact; la fin de la contraction musculaire n'a pas été amenée directement par la fatigue; quand la fatigue s'est produite, j'ai réfléchi à la sensation douloureuse que j'éprouvais, et je me suis demandé si elle était suffisamment intense pour que je suspendisse mon effort; j'ai délibéré sur ce point, j'ai réfléchi à la longueur de la courbe dynamographique; je me suis proposé de résister encore pendant une demi-révolution du cylindre, etc. Après avoir délibéré, j'ai pris une décision, j'ai résolu de desserrer mes doigts; c'est donc en définitive ma volonté qui a fixé le terme de l'état de contraction; la fatigue et les autres motifs assez frivoles que je viens de signaler n'ont été que des causes indirectes; la cause directe qui amène la fin de la contraction volontaire, c'est la volonté du sujet.
. Je ne doute pas que des états de conscience analogues se
produisent chez l'hystérique; je soupçonne par conséquent que si tel sujet pris comme type soutient très peu de temps un effort de contraction, cela peut tenir autant à un affaiblissement de sa volonté, à un caprice, à un sentiment d'ennui ou de mauvaise humeur, enfin à une circonstance frivole, qu'à un affaiblissement réel du pouvoir moteur; de même un long effort pourra être attribué à une bonne volonté exceptionnelle produite par la vanité, la coquetterie, etc., et par conséquent la longueur de l'état de contraction ne saurait avoir une valeur absolue.
Ceci ne s'applique bien entendu qu'autant que l'hystérique se trouve placé dans les conditions d'un sujet normal, c'est-à-dire, se servant d'un membre sensible, et exposé aux sensations de la fatigue et de l'effort. Ce sont les mouvements du membre sensible qui sont surtout soumis à ces influences psychologiques dont nous venons de parler.
Quand le sujet hystérique se sert de son membre insensible, les conditions mentales de Texpérience sont tout à fait différentes ; la volonté consciente (c'est-à-dire la volonté de la personnalité principale) n'intervient qu'à un seul moment de l'expérience, au début; prie-t-on le sujet de serrer un dynamomètre et de continuer la pression, sa volonté commande la contraction, la met en train; puis la main continue à serrer sans qu'il en ait conscience et sans qu'il ait besoin de s'en préoccuper; de même, quand on lui demande de garder |une attitude, de maintenir le bras horizontalement étendu, si le bras est anesthésique, le sujet n'a qu'à prendre la pose qu'on lui commande; puis il ne reçoit plus aucune sensation provenant de son bras, il n'a plus à s'en occuper; et le bras reste en l'air, comme oublié. On voit donc que les deux situations mentales ne sont pas comparables.
Le premier fait à signaler, c'est que le membre insensible reste en général plus longtemps en état de contraction que le membre sensible; la force de contraction est moins considérable, mais en revanche, la durée est plus grande.
Si Ton prend la courbe dynamographique du côté sensible et du côté anesthésique et si on les compare, on constate cette différence de longueur et, en même temps, la courbe du côté anesthésique est plus lisse, plus régulière : elle ne
Fig.' 2. — Courbe dynamographique d'un sujet hystérique. Les trois figures sont des fragments d'un même tracé qui se lit de droite à gauche; dans chaque figure, la courbe d'en haut appartient à la main sensible, et la courbe d'en bas appartient à la main anesthésique. La première de ces courbes est courte; on ne la suit que sur la première et la seconde portion du tracé; elle disparait sur la troisième, où l'on ne voit plus que la ligne des abscisses; de plus, elle est un peu tremblée et irrégulière, et dans sa première phase, elle s'élève assez haut. La courbe de la main anesthésique est plus longue; ^près une ligne d'ascension lente, elle se développe presque probablement à la ligne des abscisses, et on la suit sur les trois portions du tracé, qu'elle parcourt deux fois avant de se confondre avec la ligne des abscisses. (Réduit au tiers.)
présente point de tremblement. C'est ce que montre bien la figure contenant deux courbes dynamographiques prises sur P. S., qui est anesthésique à droite; en haut, est reproduite la courbe de contraction de la main gauche, sensible; elle est courte et tremblée; la courbe de contraction de la main droite, anesthésique, a été prise aussitôt après et avec
le même dispositif expérimental; elle est environ deux fois et demie plus longue, et plus lisse, plus régulière.
D'autre part le chiffre maximum de pression est moins considérable que dans le premier cas, et on voit en effet que la courbe ne s'élève pas autant au-dessus de la ligne des abscisses; on pourrait donc supposer qu'il y a là une compensation, et que si le sujet essayait de maintenir une pression légère avec sa main sensible, il arriverait à reproduire la courbe de contraction de la main anesthésique; mais ce serait une erreur; j'ai pu m'en convaincre.
La vraie raison pour laquelle la courbe de contraction donnée parla main anesthésique est la plus longue est une raison d'ordre psychologique; la longueur de la courbe tient à Fabsence de sensation de fatigue; c'est la sensation de fatigue qui d'ordinaire, chez un sujet de bonne volonté, met un terme, par son caractère déprimant, à un effort longtemps continué; la fatigue intervient bien avant l'épuisement m.usculaire et nous en garantit. Dans une conscience secondaire étroite, la sensation de fatigue ne se produit pas, ou du moins, si elle se produit, elle n'est pas aussi nette, aussi intense, aussi bien coordonnée avec les mouvements du bras que dans une conscience large et riche; elle n'avertit pas le sujet, elle ne fait pas cesser l'état de contraction. Le prolongement de cet état est donc, comme tous les autres caractères que nous avons signalés, la marque d'une forme inférieure de la conscience.
Il résulte de ce qui précède qu'on trouve en germe, dans les contractions de la main insensible, les caractères des contractures hystériques spontanées ou provoquées; ces caractères sont : 1'' un état de demi-contraction, car quand un membre est contracture, on peut encore augmenter la contracture par la faradisation (Richer) et de plus le bruit musculaire du muscle contracture est plus faible que celui du muscle en état de contraction volontaire (Boudet de Paris et Brissaud); 2° quand on exerce une traction sur un membre contracture, il cède à la traction, mais bien plus lentement qu'un membre raidi par la volonté ;
il cède en outre, sans fatigue, sans modification du rythme respiratoire (Cliarcot et Richer).
On peut étudier sous une autre forme le travail moteur du membre insensible : c'est la conservation d'une attitude. Le sujet peut garder très longtemps avec le bras insensible, plus longtemps en général qu'avec le bras sensible, une position fatigante; il peut donc se mettre volontairement en état de catalepsie partielle.
Tous ces faits nous montrent que les phénomènes de catalepsie et de contracture sont, dans une certaine mesure, l'expression des divisions de conscience; ils supposent l'éveil de consciences fragmentaires, qui ne contiennent guère que des images motrices et qui sont trop petites pour connaître le phénomène de la fatigue.