LES IDÉES D'ORIGINE SUBGONSGIENTE
et des actes, etc.; elle peut encore devenir l'origine d'un délire. Rien de tout cela n'a eu lieu chez nos sujets, nous ignorons pourquoi ; l'expérimentation suppose un certain nombre de conditions artificielles, souvent ignorées, qui aiguillent un phénomène dans une certaine direction, au milieu d'une foule de directions possibles; nos expériences ont pris la direction du sens visuel; l'idée suggérée par les sensations subconscientes a toujours été une idée visuelle, et souvent même une hallucination de la vue.
Je ne crois pas avoir notablement contribué à donner cette forme aux idées suggérées, car je suis resté bien longtemps sans la comprendre; quand je faisais trois excitations, par exemple, sur une main anesthésique, le sujet répondait simplement à la question : « A quoi pensez-vous? — Je pense au chiffre 3. » Cette réponse n'indiquait pas autre chose qu'une idée quelconque, peut-être même une idée abstraite. Mais peu à peu quelques réponses se précisèrent; tel sujet disait : « Je pense à trois sous la forme de trois points. » Un autre disait : « Je vois des barres, des bâtons. » Un troisième : « Je vois des colonnes ». Je ne savais que penser de ces bizarreries, et je les mettais sur le compte de l'imagination des malades; mais un jour, brusquement, je m'aperçus que le sujet voyait des points quand je le piquais, et qu'il voyait des bâtons ou des colonnes quand j'agitais son doigt anesthésique; plus de doute, c''était une image visuelle de sa main ou de l'excitation qui lui apparaissait, et toutes mes expériences ultérieures vinrent confirmer mon interprétation.
Nous allons étudier deux points principaux :
V Quelles sont les excitations inconscientes qui peuvent
impressionner indirectement la conscience normale du sujet; 2" Sous quelle forme ces excitations pénètrent dans cette
conscience.
Toutes les excitations d'un organe sensoriel anestliésique peuvent éveiller, par voie de suggestion, des idées conscientes. Nous avons cité des excitations tactiles; il faut ajouter qu'en mettant en jeu le sens musculaire on arrive au même résultat ; fait-on écrire à la main une lettre ou un mot, le sujet, prié de penser à une lettre ou à un mot, peut indiquer ceux qu'on lui a fait écrire sans qu'il le sût; de même, imprime- t-on plusieurs fois le même mouvement à un doigt, le nombre de ces mouvements deviendra le nombre pensé. On peut aussi, en appliquant sur le tégument des lettres ou des dessins en relief, susciter l'image de lettres et de dessins dans Tespril du sujet, qui en parlera si on lui demande à quoi il pense; on reconnaîtra aussi de cette façon que le sujet peut se représenter sa main ou son bras anesthésique dans la position où précisément on vient de les placer hors de sa vue. Il suffit aussi de lui demander de penser à un point quelconque de sa main pour s'apercevoir que c'est le point où on le pique, ce qui prouve qu'il localise en quelque sorte l'excitation, quoiqu'il ne la perçoive pas. Ces procédés fournissent un moyen détourné de mesurer avec un esthésiomètre la sensibilité d'un membre anesthésique. D'une manière générale, les choses se passent comme si le sujet percevait l'excitation traduite dans le langage d'un autre sens que le sens tactile ou musculaire ; ainsi tous les détails de l'excitation tactile qui peuvent être transposés, par exemple dans le langage visuel, seront conservés.
Uexpérience peut être conduite de telle façon que l'excitation soit, non de nature sensorielle, mais de nature intellectuelle; faisons écrire à la main anesthésique plusieurs chiffres, et disposons les uns au-dessous des autres, comme pour faire une addition; le moi du sujet pensera, non pas à toute la série de ces chiffres, mais au chiffre total.
Ces divers genres d'excitation ne produisent pas toujours les effets psychiques dont nous allons parler; si le sujet est fortement préoccupé, il est bien possible que le léger relen-