LES IDEES 1) ORIGINE SUBCONSCIENTE
extrêmement intenses; je les ai vues prendre le plus souvent la forme d'images visuelles. L'image visuelle est devenue aussi éblouissante au dire des malades qu'une sensation produite par la lumière électrique; elle s'extériorisait et pouvait couvrir les objets extérieurs à la façon d'une liallucination, si bien que le sujet qui lit un journal pendant l'expérience est obligé de suspendre la lecture, il cesse de voir les caractères imprimés; quand les sujets arrivent à ce degré de sensibilité, des excitations extrêmement légères apparaissent aussitôt sous la forme visuelle, et il arrive parfois qu'ils croient voir l'excitation qui est portée sur le tégument.
Un exemple sera nécessaire pour se faire une idée nette de ce qui se passe. J'applique un jour sur la nuque anesthésique d'une jeune fille bystérique un petit disque en cuivre, de 2 cent. 5 de diamètre, et portant un petit dessin en relief; le disque, que la malade n'avait jamais vu, cela va sans dire, est maintenu pendant quelques instants au contact de la peau; la malade s'agite, elle se plaint d'avoir deséblouissements; elle voit des taches lumineuses de forme circulaire qui brillent devant ses yeux; chaque fois qu'on augmente la pression sur le disque, l'éclat de la sensation augmente, et si la pression devient trop forte, elle peut produire le même effet qu'un jet de lumière électrique, elle immobilise la malade en catalepsie. Mais n'allons pas jusque-là; maintenons simplement le contact, pour chercher jusqu'à quel point la perception du disque de cuivre se fait exactement. Pour ne pas faire des interrogations fertiles en suggestions, je prie la malade de prendre un crayon et de dessiner ce qu'elle voit. C'est une pauvre fille sans grande instruction, qui n'a jamais appris à dessiner, et qui, en outre, est atteinte d'amyotrophie juvénile; les masses musculaires de son bras, dont elle se sert pour dessiner, sont atrophiées au point qu'elle peut à peine le soulever jusqu'à sa tête. Malgré ces conditions défectueuses, la malade arrive à tracer le dessin suivant, que nous plaçons ici à côté de l'original; et pour permettre la
comparaison, nous ajoutons un troisième dessin, fait dans les mêmes conditions par une personne normale. Cette expérience nous révèle chez l'inconscient une acuité de perception bien remarquable (fîg. 8).
Fig. 8. — (1), le modèle du dessin en relief qui est appliqué sur la région nucale du sujet en expérience, de façon à provoquer une impression tactile complexe; (2), représentation par le dessin de l'impression provoquée; sujet normal; (3), représentation par le dessin de l'impression provoquée; sujet hystérique. (Lavr.)
Trois ans après, nous revoyons la même malade, nous répétons sur elle la môme expérience avec un dessin dif-
Fig. 9. — (1), le modèle du dessin en relief qui est appliqué sur la région nucale du sujet en expérience, de façon à provoquer une impression tactile complexe ; (2), représentation par le dessin de l'impression provoquée ; sujet normal ; (3), représentation par le dessin de l'impression provoquée; sujet hystérique. (Lavr.)
férent, et nous obtenons encore un résultat bien curieux, qui est représenté par la figure 9.
Il est possible que ces expériences donnent la clef du phénomène décrit souvent sous le nom de transposition des sens, et qui consisterait dans l'aptitude présentée par certaines personnes à voir au moyen des organes du tou-
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cher. Les détails que nous venons de rapporter montrent que la transposition des sens tout en étant, à strictement parler, une illusion, résulte cependant d'un phénomène psychologique de suggestion d'images, qui est bien réel \
Il est toujours intéressant de trouver la confirmation d'une expérience dans d'autres expériences d'un genre différent; c'est pour cette raison que nous montrerons que dans les divisions de conscience produites par distraction on rencontre également des influences psychiques exercées par la conscience secondaire sur la conscience principale.
En général, dans l'état de distraction, la division de conscience s'opère d'une façon si systématique que les consciences multiples ne se mélangent pas. Nous avons vu que lorsque, par un ordre donné à l'inconscient, on le force à se lever ou à marcher, le personnage principal ne s'aperçoit de rien; il croit rester assis et immobile, tandis que ses bras et son corps entier obéissent à l'ordre reçu. Une hallucination lui couvre les yeux et l'empêche de voir les actes de l'inconscient. Dans ces cas, la séparation des consciences reste aussi complète qu'elle peut Tétre.
Mais il y a d'autres circonstances où le mélange s'opère, et M. Pierre Janet en a cité quelques-unes qui sont bien curieuses. On a adressé une suggestion d'hallucination à l'inconscient. « Le commandement n'est pas entendu par le sujet, l'origine de l'hallucination est inconsciente, mais l'hallucination elle-même est consciente, et entre tout d'un coup dans l'esprit du sujet. Ainsi, pendant que Léonie ne m'écoute pas, je lui dis tout bas que la personne à qui elle parle a une redingote du plus beau vert. Léonie
1. J'ai pu étudier longuement, grâce à ce procédé, le phénomène de la Vision mentale. Voir Revue philosophique, 1890.
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semble n'avoir rien entendu, et cause encore avec cette personne, puis elle s'interrompt et éclate de rire : « Oh! mon Dieu, comment vous êtes-vous habillé ainsi, et dire que je ne m'en étais pas encore aperçue. » Je lui dis de même tout bas qu'elle a un bonbon dans la bouche; elle semble bien n'avoir rien entendu, et si je l'interroge, elle ne sait ce que j'ai dit, mais la voici cependant qui fait des grimaces et qui s'écrie : « Ah ! qui est-ce qui m'a donc mis cela dans la bouche? » Ce phénomène est fort complexe, il comprend un mélange de faits inconscients et de faits conscients reliés à un certain point de vue et cependant séparés à un autre \ »
L'auteur arrive, on le voit, à la même conclusion que nous. L'exemple cité est d'autant plus intéressant qu'il peut être considéré comme le type de la plupart des suggestions. Nous reviendrons plus tard sur cette question importante.
Et maintenant, si nous jetons un coup d'œil d'ensemble sur l'objet des trois chapitres précédents, nous voyons que la division de conscience, telle qu'elle existe chez l'hystérique, ne constitue pas une démarcation brusque, suspendant toute relation entre les consciences. Loin de là; les phénomènes psychologiques de chaque groupe exercent sur le groupe voisin une influence incessante, et la division de conscience ne suspend même pas le jeu de l'association des idées; il arrive qu'une idée associée à une autre l'éveille et la suggère, bien que les deux appartiennent à des consciences différentes. La division laisse donc subsister l'automatisme des images, des sensations et des mouvements; elle consiste seulement dans une limitation de la conscience; chacun des moi ne connaît que ce qui se passe dans son domaine.
Dans tout ce qui précède et dans tout ce qui va suivre, nous ne cessons pas de rester dans un sujet très limité; nous ne cultivons qu'un petit coin du vaste domaine de la