‹ Les alterations de la personaliteChapitre 52 sur 119 · Revue scientifique · texte numérisé non relu

Revue scientifique

3. Nous réparons ici une erreur commise dans l'interprétation du phénomène précédent que nous avions considéré jusqu'ici comme une image consécutive. (Magnétisme animal, p. 235.)

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Une autre expérience peut servir à montrer que l'objet invisible est réellement perçu.

Cette expérience est beaucoup plus importante que la première, et présente un intérêt capital, car elle peut donner une idée de la vraie nature de l'anesthésie systématique. Entre dix cartons d'apparence semblable, nous en montrons un à la somnambule, en lui suggérant qu'elle ne le verra pas à son réveil, mais qu'elle verra et reconnaîtra tous les autres Au réveil, nous lui présentons les dix cartons, elle les prend tous, sauf celui que nous lui avons montré pendant le somnambulisme, et que nous avons rendu invisible par suggestion. Gomment le sujet peut-il arriver à exécuter une suggestion aussi compliquée? Gomment se fait-il qu'il ne confonde pas le carton invisible avec les autres? Il faut bien qu'il le reconnaisse; s'il ne le reconnaissait pas, il ne le verrait pas : d'où cette conclusion en apparence paradoxale que le sujet est obligé de reconnaître l'objet invisible pour ne pas le voir.

On peut du reste montrer très facilement la nécessité de ce travail de perception, de comparaison et de reconnaissance; car lorsque les cartons sont trop pareils, les confusions sont fréquentes, et elles le sont encore plus si on ne montre qu'un coin des cartons. Le sujet voit si bien le carton que si on lui donne la suggestion de ne pas voir au réveil le carton sur lequel on écrit le mot « invisible » , malgré la contradiction apparente que renferme cette suggestion, elle peut être parfaitement exécutée.

Donc, dans les faits de ce genre, il ne peut être question de paralysie vraie et de perception abolie; il y a toujours un raisonnement inconscient qui précède, prépare et guide le phénomène d'anesthésie; la perception de l'objet interdit continue à se faire, mais elle devient inconsciente.

Telle est la conclusion à laquelle nous nous sommes arrêtés; et il convient d'ajouter que nous y avons été rejoints par M. Paul Richer, qui faisait vers la même époque des recherches sur cette question, et qui a imaginé

des expériences analogues aux nôtres. De son côté, un psychologue américain que nous avons plusieurs fois cité, M. William James, a fait quelques remarques intéressantes qui confirment et complètent les précédentes \ On fait un trait de plume sur une feuille blanche et on commande à son sujet de ne pas le voir; docile à cet ordre, il ne voit que la feuille blanche; si on double le trait de plume en plaçant devant un de ses yeux un prisme de seize degrés, il dira qu'il voit un trait de plume, celui dont l'image est déviée. Ce résultat est bien curieux. Le sujet ne paraît aveugle que pour un seul trait de plume, qui occupe une position fixe sur la feuille de papier; c'est cependant une des images de ce trait de plume qui est déviée par le prisme, et s'il la perçoit, c'est probablement qu'il ne la reconnaît pas comme étant celle qu'on lui a défendu de voir. L'expérience peut être continuée. Les deux yeux de la personne sont restés jusqu'ici ouverts; si on ferme l'œil devant lequel le prisme n'a pas été placé, le sujet continue à voir le trait à travers le prisme; la fermeture de cet œil ne produit pas de modification; mais si alors on enlève le prisme, le trait disparaît même pour l'œil qui continuait à le voir à travers cet instrument; ce que j'expliquerai encore en disant que le sujet vient de reconnaître l'objet invisible, quand celui-ci a repris sa position primitive, et que l'ayant reconnu, il se hâte d'obéir à la suggestion en ne le percevant pas.

Tout ce qui précède nous montre de la façon la plus claire que le sujet se comporte comme une personne qui a le désir, la volonté de ne pas voir l'objet invisible; il s'arrange pour ne pas le percevoir, il s'y applique; et il cherche surtout à ne pas le confondre avec d'autres dont la perception lui est laissée; il le distingue des autres, le reconnaît; mais parfois, il se laisse tromper, il ne le reconnaît pas, et alors il le perçoit.

Si réellement le sujet faisait ce travail avec conscience

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