Psychology, II, p
— et peut-être y en a-t-il qui ont conscience de tout cela,
— le phénomène serait assez simple à comprendre; le sujet serait docile à la suggestion, sans en être la dupe, il mettrait toute sa bonne volonté à exécuter ce qu'on lui demande, il jouerait en quelque sorte la comédie pour le bon motif. Mais si on y regarde avec soin, on s'aperçoit que ce travail mental préliminaire de perception et de reconnaissance n'est point conscient; si on demande au sujet ce qui se passe en lui quand on lui présente l'objet invisible, il ne peut donner aucun renseignement; il ne voit rien, il ne peut pas en dire davantage. Voilà du moins ce que j'ai constaté chez un hystérique très intelligent, que j'avais averti de la suggestion que je lui avais donnée.
Résumons-nous donc en disant que l'anesthésie systématique est précédée d'un certain nombre de phénomènes psychologiques inconscients.
Continuons. L'objet invisible a été perçu et reconnu. Que se passe-t-il ensuite? Une fois que la perception et la reconnaissance ont eu lieu, on pourrait supposer que tout cela est oublié, que le sujet redevient absolument aveugle et sourd, et que l'anesthésie est complète. Il n'en est rien; la perception de l'objet continue, seulement elle se fait encore d'une manière inconsciente. C'est ce que vont nous montrer les expériences de M. Bernheim.
Ici se place un fait assez curieux. Il est toujours intéressant de voir des auteurs faire des expériences qui confirment des thèses qu'ils ont combattues ou qu'ils seraient disposés à combattre. On connaît la position prise dès la première heure par M. Bernheim dans les études sur l'hypnotisme. Cet auteur soutient avec une très grande force, mais sans restriction et sans nuance, la théorie de la suggestion; pour lui, la suggestion est la clef de tous les phénomènes hypnotiques, elle explique tout et suffit à tout. Il y a dans ses ouvrages ce qu'un peintre appellerait un grand parti pris de simplification; et je suis persuadé que ce caractère est la raison véritable du succès de ses idées. Or, nous
allons voir que rexpérienco imaginée par M. Bernheim confirme d'une part les nôtres, et suppose d'autre part que le sujet renferme plusieurs foyers de conscience.
C'est un fait d'observation que quand la suggestion inhibitoire a été bien donnée, le sujet n'a la perception consciente de rien de ce qui se passe autour de lui; il peut devenir aveugle et sourd au point de subir sans protester un simulacre d'attentat aux mœurs. M. Bernheim a pu néanmoins se convaincre que, malgré les apparences, le sujet ne perd rien de ce qui se passe; et la preuve, c'est que si on le rendort, si on lui donne la suggestion rétrospective qu'il a tout vu, et tout entendu, et qu'on lui commande avec énergie de raconter la scène, il arrive à la décrire avec la fidélité d'un témoin attentif qui n'a laissé échapper aucun détail.
Nous reproduisons textuellement les expériences de l'auteur ^ :
« Elise B..., âgée de dix-huit ans, domestique, est affectée de sciatique. C'est une jeune fille honnête, de conduite régulière, d'intelligence moyenne, ne présentant, en dehors de sa sciatique, aucune manifestation, aucun antécédent névropathique.
(( Elle a été, dès la première séance, très facile à mettre en somnambulisme, avec hallucinabilité hypnotique et post-hypnotique et amnésie au réveil. Je développe chez elle facilement une hallucination négative. Je lui dis, pendant son sommeil : « A votre réveil, vous ne me verrez plus; je serai parti. » A son réveil, elle me cherche des yeux et ne paraît pas me voir. J'ai beau lui parler, lui crier dans l'oreille, lui introduire une épingle dans la peau, dans les narines, sous les ongles, appliquer la pointe de l'épingle sur la muqueuse oculaire; elle ne sourcille pas. Je n'existe plus pour elle, et toutes les impressions acoustiques, visuelles, tactiles, etc., émanant de moi, la laissent impassible; elle ignore tout. Aussitôt qu'une