TROISIÈME JOUR
« Demande. Qa'est-ce que l'homme?
« Réponse. Tefî hasl esble lies.
« Demande. Est-ce un anagramme?
« Réponse. Oui.
(( Demande. Combien contient-il de mots?
« Réponse. Y (c'est-à-dire cinq),
« Demande. Quel est le premier mot?
« Réponse. See (en français, vois).
« Demande. Quel est le second mot?
« Réponse. Eeeeee.
« Demande. See? (vois?) Dois-je interpréter moi-même?
(( Réponse. Essaye.
(( M. A. trouva d'abord, comme solution : a Life is less able » (c'est-à-dire : la vie est le moins capable). Il reprit l'anagramme du jour précédent, et trouva : « Every life is yes » (c'est-à-dire : toute vie est oui). Mais sa plume sembla indiquer une préférence pour un autre ordre des mots : « Every life yes, is » (c'est-à-dire : toute vie oui est).
« Etonné par la production de ces anagrammes, qui lui semblaient prouver une intelligence indépendante de la sienne, l'auteur devint à ce moment un spirite convaincu, et ce fut avec une frayeur respectueuse qu'il reprit ses interrogations.
« Demande. Qui es-tu ?
« Réponse, déliai!
« Demande. Tu es une femme?
(( Réponse. Oui.
DÉDOUBLEMENT DE LA PERSON. ET SPIRITISME aoi;
« Demande. As-tu jamais vécu sur la terre?
« Réponse. Non.
« Demande. Vivras- tu?
(( Réponse. Oui.
« Demande. Quand?
(( Réponse. Dans six ans.
« Demande . Pourquoi t'entretiens- tu avec moi?
« Réponse. E if Glelia e 1.
« L'auteur interprète ainsi : « I Glelia feel ». Moi, Glélia, je sens. Sur la demande si c'est là la solution :
« Réponse. E if Glelia e 1 20.
« Demande. Est-ce vingt votre âge?
« Réponse, od (Elle était éternelle.)
« Demande. Alors 20 quoi?
« Réponse. Mots.
« L'interrogatoire s'arrête ici et est remis au lendemain. L'auteur croit à ce moment qu'il est en relation avec un esprit au nom romantique qui s'incarnera dans six ans. 11 est très agité, dort mal.
QUATmÈME JOUR
« L'interrogation est reprise, avec la même forme emphatique.
(( Demande. Pourquoi me parles-tu?
« Réponse. (Ligne ondulée.) L'écriture répète : Pourquoi me parles-tu ?
« M. A., sans se laisser déconcerter par cette répétition, la considère comme une réponse solennelle et d'un esprit pénétrant; il examine les motifs de sa conduite, purifie sa pensée de tout alliage terrestre, et reprend :
« De7nande.Vo\iv({\\oi me réponds-tu?
« Réponse (ligne ondulée). Pourquoi me réponds- tu?
« Demande. Est-ce moi-même qui fais la réponse?
« Réponse. Oui.
« Demande. Glélia est-elle présente?
« Réponse. Non.
^ n Demande . Qm Qèi ù.on(^ \q,VI
« Réponse. Personne.
« Demande, délia existe-t-elle?
(( Réponse, Non.
« Demande. Avec qui ai-je parlé hier?
« Réponse. Avec personne.
« Demande. Pourquoi avez-vous menti?
« Répo7îse (ligne ondulée). Pourquoi avez-vous menti?
« Demande. Les âmes existent-elles dans un autre monde?
(( Réponse. M B.
« Demande. Qu'est-ce que MB veut dire ?
« Réponse. May be (c'est-à-dire : cela peut être). A partir de ce moment la plume tantôt affirme l'existence de Clélia, tantôt la nie. »
Cette observation, si intéressante à tous les points de vue, peut nous servir de base pour la discussion des phénomènes très complexes, très délicats et très variés par lesquels la division de conscience se manifeste chez le médium écrivant.
Nous ne nous attarderons pas à prouver en détail, au moyen d'une démonstration en règle, que l'esprit évoqué par le médium n'est pas autre chose que le personnage subconscient des hystériques qui lui aussi s'évoque si facilement pendant l'état de veille. L'analogie des deux situations psychologiques est si claire et si évidente que je juge tout à fait inutile d'insister.
Nous ferons mieux de rechercher ce qu'il y a d'original dans l'expérience spirite, et nous étudierons successivement : 1^ l'étendue de la division de conscience; 2° ses moyens d'expression et de manifestation; 3° ses causes.
Le premier point est certainement le plus connu et aujourd'hui le mieux étudié. La forme même du récit par demandes et réponses, le dialogue, indique bien la dualité des personnalités, et, à plusieurs reprises, Pauteur de Pobservation remarque qu'il a eu le sentiment de converser avec une intelligence et une volonté autres que la sienne.
Bien plus, cette intelligence s'affirme si bien comme personnage distinct du moi normal qu'elle se baptise elle-
même et prend le nom romanesque de Clélia, nom que l'auteur prétend n'avoir jamais connu; en tout cas, s'il l'a connu, il n'en a pas conservé le souvenir conscient. Ce nom inconnu de Clélia, écrit subitement par la main du médium, semble avoir vivement impressionné l'observateur, et il dit que pendant un certain temps il a cru avoir affaire à un personnage réel. Chacun de nous peut s'imaginer par quelles émotions il a dû passer à ce moment-là, et je gage que plus d'un lecteur sera tenté de renouveler l'expérience, contre laquelle je crois cependant qu'il est bon de se tenir en garde, car on y perd toujours un peu de l'unité de sa pensée et de la clarté de son intelligence. Quant au contenu des réponses, M. A. remarque qu'il n'y a jamais trouvé la révélation de faits à lui inconnus; sur ce point, plusieurs observations sont à présenter. D'une façon générale, il est exact de dire que le personnage inconscient qui joue le rôle d'esprit, n'étant qu'une portion détachée de l'intelligence du médium, ne peut pas avoir d'autres facultés et d'autres connaissances que lui. La lecture des nombreuses évocations spirites qu'on a publiées et où Ton a fait parler des personnages célèbres, tels qu'Archimède, Socrate, Aristote, montre qu'on n'a pu tirer de ces grands génies aucune pensée profonde et digne d'eux ; ce sont en général des réflexions banales, qui ne dépassent point la portée d'une intelligence ordinaire. Mais il faut tenir compte des conditions où l'expérience est faite pour en apprécier les résultats; la solennité de l'évocation, la grandeur du but poursuivi, le recueillement de l'assistance doivent souvent exalter pour un moment les facultés du personnage subconscient, et lui faire trouver des pensées dont il eût été incapable pendant un instant d'atonie. Ajoutons que le personnage subconscient peut avoir une étendue de mémoire et une finesse de perception inconnues du personnage normal : nous en avons vu la preuve chez les hystériques * ; tout ceci peut contribuer à donner