Voir, notamment, p
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aux réponses écrites une forme mystérieuse, dont l'explication naturelle est cependant facile à trouver.
Le caractère inattendu des réponses est encore un bon signe de division de conscience. Le médium, avons-nous vu, s'est borné à poser une question ; pour qu'il connaisse la réponse, il faut qu'il se relise. Souvent il ne peut pas se relire sans l'assistance d'une autre personne, tant l'écriture est indistincte. Il peut aussi commettre dans sa lecture des erreurs qui seront rectifiées un peu plus tard, par une nouvelle intervention de TEsprit. La réponse peut être d'une nature bizarre, inattendue; parfois, c'est une plaisanterie, une espièglerie ou même une grossièreté, qui étonnent d'autant plus le médium qu'il avait fait une demande sérieuse; enfin la réponse peut prendre la forme d'un anagramme ou d'un rébus; elle contient parfois des faits que le médium avait oubliés, etc.
Telle qu'elle résulte des faits précédents, la division de conscience ne sépare que des pensées; elle reste dans le domaine de l'idéation; nous n'avons point encore vu la sensibilité des organes péripliériques subir des modifications parallèles, comme chez nos hystériques. Il est rare que les écrivains spirites fassent mention de ce point. Ce sont en général des enthousiastes et des mystiques, bien mal préparés aux explorations méthodiques; du reste il est probable que la question de savoir si le bras du médium écrivant devient à un moment insensible leur paraîtrait une question tout à fait insignifiante et dénuée d'intérêt. Lorsqu'on cherche à causer avec les âmes des morts, on ne s'abaisse pas à chercher la sensibilité aux piqûres. Il est cependant digne de remarque que dans bien des cas le médium, en racontant ce qui s'est passé en lui, affirme ne pas avoir senti le mouvement de sa main au moment où elle écrivait; d'autres perçoivent bien une agitation de la main, mais ne peuvent pas savoir ce qu'elle écrit, avant d'avoir jeté les yeux sur le papier. Ces observations ne sont pas constantes, car dans d'autres cas le médium paraît être resté conscient de toute l'expérience; il est cependant vrai-
semblable que chez certains sujets l'écriture du médium entraîne un certain degré d'anesthésie.
Une expérience, malheureusement unique, mais bien significative, vientle démontrer. M.William James surveillait un jour un jeune homme qui présentait à un haut degré le phénomène de l'écriture automatique. Son bras et sa main droite, avant l'expérience, étaient sensibles. Pendant que la main traçait des caractères, M. W. James vint à piquer fortement cette main, à plusieurs reprises, de manière à provoquer une vive sensation de douleur. Le jeune homme ne sentit rien, ni douleur ni contact. Il était donc devenu temporairement anesthésique du bras droit, absolument comme nos hystériques mises en état de distraction. Cette anesthésie transitoire était bien le résultat du dédoublement de conscience, et en voici la preuve : le personnage subconscient, qui se manifestait par l'écriture, sentit la douleur, et il écrivit ces mots : « Ne me faites pas de mal. »
Voilà donc la division de conscience nettement établie
au moins chez un grand nombre de médiums; on ne peut conserver aucun doute sur ce point. Un trait particulier de ces expériences, c'est l'illusion qui paraît dominer le personnage subconscient. Pour bien comprendre cette illusion, il faut se rappeler comment les faits se présentent dans nos paisibles expériences de laboratoire, qui manquent à peu près de tout caractère dramatique. Lorsqu'on est parvenu à découvrir l'inconscient que recouvre Tanesthésie d'une hystérique, on est en présence d'un petit groupe de phénomènes élémentaires qui ne forment guère qu'une sous-conscience, et non une personnalité. Dans l'état de distraction provoqué, cette conscience secondaire, nous l'avons dit souvent, est bien mieux développée; elle se distingue elle-même de la conscience principale que, bien souvent,chose curieuse, elle appelle ^«^^^re; facilement, on arrive
à lui faire accepter un nom différent : ce nom, il faut bien le remarquer, ne s'applique point à une personnalité fictive ; il groupe des phénomènes bien réels, une vie psychologique qui a été réellement vécue. Sous le nom d'Adrienne, par exemple, le sujet de M. Pierre Janet désigne une partie de son existence présente et passée découpée dans son existence totale. C'est ici que la différence se manifeste bien entre nos expériences et celles des spirites. Le personnage subconscient du spirite porte un nom fictif; c'est Socrate ou Napoléon, c'est n'importe quel esprit évoqué; en tout cas, ce personnage ne se considère pas comme une partie du médium lui-même, il ne s'applique pas certains souvenirs spéciaux au médium. Cette différence est caractéristique, et contribue beaucoup à donner une physionomie particulière et bien originale aux manifestations spiritiques.
A quoi tient-elle? A ces conditions de milieu mental, qui sont si importantes dans toutes les expériences de ce genre. Le médium qui prend la plume ne reste point, comme nos hystériques, indifférent et ignorant du but poursuivi; il a son système, ses croyances. Il croit aux esprits et à la possibilité de les évoquer; il est dominé par une préoccupation puissante; c'est même lui, ou l'assistance, qui en général choisit l'Esprit avec lequel on va entrer en communication ; quand môme ce choix ne serait pas fait, comme dans l'observation de Clélia, le médium s'attend à converser avec une intelligence distincte de la sienne; il se trouve en un mot dans les meilleures conditions pour faire de l'autosuggestion.
Seulement, chose curieuse, le moi qui subit l'effet de la. suggestion, ce n'est pas le moi normal, c'est le moi secondaire. C'est ce dernier qui reçoit la suggestion qu'il est tel ou tel personnage, et qui subissant cette illusion ou s'y prêtant avec complaisance — on ne sait trop au juste comment les choses se passent — va écrire des messages dans le style du personnage évoqué, et les signera du nom de ce personnage. Nous avons vu plus haut les curieuses expériences de M. Richet; dans ces expériences, aujourd'hui
devenues classiques, on transforme par suggestion une personne, on la force à jouer une personnalité fictive. A quelques nuances près, c'est bien ce qui se passe ici. Les choses ont lieu comme si dans un instant de distraction on avait pu communiquer avec le personnage subconscient et lui imposer une personnalité nouvelle.
Cette personnalité suggérée, le subconscient peut l'exprimer de différentes façons : d'abord par récriture, c'est le cas le plus habituel; et c'est à ce moyen de communication que nous devons les fastidieux messages dont les journaux spirites sont remplis. Les médiums ont remarqué souvent que cette écriture ne ressemble pas à la leur; chose assez naturelle, car, comme l'ont montré les expériences de MM. Richet, Ferrari et Héricourt, les suggestions qui transforment la personnalité modifient dans le même sens l'écriture. Si le personnage subconscient se développe beaucoup, il ne se contentera pas de diriger les mouvements de la main; il aura une tendance à s'emparer d'autres moyens d'expression, il remuera la tête du sujet, lui fera faire des grimaces, il pourra même se mettre à parler. Dans ce cas, qui a été quelquefois observé, le médium prononce des paroles dont son moi normal n'a pas conscience. Bien plus, on a vu parfois au milieu de l'expérience le médium se lever, gesticuler, prendre une attitude théâtrale et réahser le personnage évoqué, le représenter; le médium, bien entendu, n'a point conscience du rôle qu'il joue; quand tout cela sera terminé, sa conscience normale pourra n'en garder aucun souvenir; car ce n'est pas lui, à proprement parler, qui a agi, c'est le personnage subconscient. Nous avons déjà vu tant de situations analogues qu'il n'est nul besoin d'expliquer celle-là; il suffit de rappeler que chez beaucoup de sujets, au moment où une suggestion post-hypnotique est exécutée, le moi somnambulique entre en scène, et s'avance vers la rampe, tandis que le moi normal remonte vers le second plan ou disparaît dans la coulisse ^