Sur l’existence du type visuel, voir ma r.y y
chap. i.
main sensible, fait appel à la mémoire motrice; elle se rend bien compte que les yeux fermés, elle ne copie pas dans son esprit un modèle visuel; elle se représente le mouvement qu’elle doit exécuter. Si on lui demande d’écrire avee la main insensible, elle peut à peine tracer quelques lettres informes; cela tient probablement à ce que, dans ces conditions, la mémoire motrice l’abandonne; en effet, elle ne peut se représenter, en termes musculaires, les mouvements d’une main insensible; la sensation motrice étant perdue pour sa conscience, l’image motrice l’est également; et d’autre part, comme la malade n’a presque pas de mémoire visuelle, il ne reste à sa disposition aucune image pour guider sa main.
Les autres malades, qui ont une mémoire visuelle meilleure, sont obligés de recourir à un artifice pour écrire les yeux fermés avec leur main insensible; ils ont soin de ne pas fermer les yeux tout de suite; ils veulent regarder leur main, quand elle tient la plume et qu’elle est déjà en position sur le papier, afin de pouvoir se la représenter ensuite avec plus de netteté et de force. Ce petit détail d’expérience qui manque rarement peut servir à contrôler le témoignage des sujets.
Du moment que l’hystérique, dans les conditions particulières où on le place, ne sent pas sa main écrire, on peut supposer qu’il ne peut pas davantage percevoir exactement à quel moment il commence à écrire, à quel moment il finit, et quelle lettre il trace à un moment donné. Mais une observation attentive montre qu’à ce point de vue les sujets ne se comportent pas tous de la même façon ; il faut en distinguer au moins deux catégories.
Les premiers, très nombreux, ne se rendent pas du tout compte de ce que fait leur main; s’ils arrivent, sans trop se tromper, à dire les yeux fermés quand ils ont fini d’écrire un mot, c’est parce qu’ils calculent, comme ils le remarquent eux-mêmes, le temps écoulé depuis le commencement de l’acte. Ils ne perçoivent rien, mais ils font une conjecture. On peut les mettre facilement en défaut pour
les actions volontaires et INCONSCIENTES 151 oeu qu’on complique l’expérience, par exemple en les L a nt d’écrire un certain nombre de fois la meme lettre • malgré tous leurs efforts, ils ne font point le compte exact- avant douze lettres à écrire, ils en écrivent presque toujours'quelques-unes de plus ou de moins. Lorsqu on es en avertit^ ils en sont étonnés, car ils prétendent s etre vus écrivant le nombre de fois prescrit. Un second genre de sujets, chez lesquels les mouvements de 1 écriture son aussi inconscients que chez les premiers, arrivent neanmoins à écrire, les yeux fermés, le nombre exact de lettre» qu’on leur indique, ils se rapprochent donc beaucoup plus Le les précédents de l’état psychologique dun scnpteur normal : cependant avec un peu de soin, on peut encore trouver des différences ; ainsi, quand on ; arret ®? cu .^^ leur main insensible, et qu’on leur demande d indiquer avec précision quelle lettre ils viennent de tracer, bien souvent ils se trompent.
D’une manière générale, les mouvements graphiques sont bien conservés et s’exécutent correctement Mais ■ n’en est pas ainsi des autres mouvements. Nous allons examiner ces autres mouvements et faire a ce sujet que
ques observations. . ,
11 faudrait, pour bien faire, passer en revue unesene de malades et prendre des observations sur chacun d eux, car chacun présente un grand nombre de phenomene» qm lui sont propres. Nous ne pouvons entreprendre un aussi long travail Nous sommes oblige de réunir tous les mafades et aussi un peu, de les confondre dans une description’générale ; ce procédé expéditif a des car notre description, si elle est vraie dans son ensemble^ ne s’appliquant à aucun malade en particulier, ne sera vraie de personne.
Les auteurs qui ont écrit sur l’anesthésie hystérique sont arrivés souvent à des conclusions contradictoires, qui tiennent à ce que l’on peut tout rencontrer chez l’hystérique anesthésique, depuis la paralysie complète des mouvements jusqu’à leur intégrité parfaite. On a eu le tort de ne tenir compte que de l’un ou l’autre de ces phénomènes et d’en tirer des conclusions particulières, qui en général se sont trouvées fausses. Nous devons essayer de fournir des explications capables de s’appliquer à des faits en apparence contradictoires. Voici ces faits.
La majorité des sujets hystériques arrive, les yeux fermés, à se servir de leur membre insensible avec presque autant de précision et de sûreté que s’ils avaient les yeux ouverts. « Certains sujets, dit M. Charcot *, certains sujets, hystériques pour la plupart, privés de tous les modes de la sensibilité dans un membre, ont conservé cependant en grande partie la faculté de mouvoir ce membre librement, les yeux étant fermés. Notre malade Pin... offre aujourd’hui un bel exemple du genre. Chez lui, comme on l’a vu, la sensibilité cutanée et la sensibilité profonde sont complètement éteintes dans toute l’étendue du membre supérieur gauche, et, lorsque les yeux sont fermés, il ne possède aucune notion des mouvements passifs imprimés aux divers segments de ce membre, non plus que de la position que ceux-ci affectent. Les yeux étant ouverts, les mouvements volontaires, généraux et partiels, du membre, tant pour la variété que pour la précision, présentent tous les caractères de 1 état normal. Ces mouvements persistent, en grande partie, quandles yeux sontfermés; seulement, ils sont plus incertains, comme hésitants, nullement incoordonnés toutefois; ils s’opèrent en un mot comme à tâtons. Pin... peut encore, les yeux clos, diriger ses doigts avec une certaine précision vers son nez, sa bouche, son oreille, ou encore vers un objet placé à distance, et réussit à atteindre le but. » Plus récemment, en mai 1887, M. Babinski a insisté
i. Leçons sur les maladies du système nerveux , III, appendice.
LES ACTIONS VOLONTAIRES ET INCONSCIENTES 153 sur ces mêmes faits dans une communication à la Société de psychologie physiologique. Nous-mème, dans un travail en collaboration avec M. Féré, nous sommes arrivé, d’une façon indépendante, au même résultat; nous avons constaté que si l’on étudie des sujets hystériques, chez lesquels la perte de conscience des mouvements passifs est si fréquente, et coïncide le plus souvent avec l’insensibilité de la peau, on reconnaît facilement, et pour ainsi dire au premier examen, que même lorsque le sujet ne voit pas son membre, les mouvements volontaires de ce membre survivent presque toujours à la perte de conscience des mouvements passifs. C’est ainsi que le sujet peut, sans le secours de la vue, donner une direction générale aux mouvements volontaires de son bras insensible, fléchir isolément le doigt qu’on lui désigne, ramener en avant le bras insensible qu’on a placé derrière son dos, tirer la langue et la rentrer, se tenir debout, maintenir un objet entre ses doigts, écrire, serrer un dynamomètre et parfois même graduer l’effort de pression.
Les faits de ce genre ont été vus depuis longtemps, mais donnaient lieu à des interprétations inexactes. Quelques auteurs disaient : « Les hystériques ne perdent que rarement le sens musculaire, et alors que toutes les autres sensibilités tactiles ou affectives sont abolies, elles ont conservé la faculté de coudre, de tricoter, d’écrire, mouvements qui exigent des sensations très parfaites et très complexes. »
On comprend maintenant la confusion commise par ces auteurs; partant de ce fait que des mouvements coordonnés sont possibles pour des membres insensibles, ils en concluaient que le sens musculaire est conservé; or rien n’est moins exact; la vérité est que les mouvements volontaires peuvent survivre à la perte de conscience des mouvements passifs, c’est-à-dire à la perte de ce qu’on appelle le sens musculaire; seulement, la perte n’est pas absolue, elle na lieu que pour la personnalité principale, et à côté d elle une autre pensée, une autre conscience coordonne les sensations
loi LES PERSONNALITÉS COEXISTANTES
provenant des membres insensibles et combine les mouvements.
D’autres auteurs ont proposé une interprétation différente, mais qui n’est pas plus juste. Nous devons en dire quelques mots, car la question qui est ici en jeu est très importante : c’est la question du sens musculaire, de sa nature et de son siège.
Nous avons rappelé plus haut quels sont les états de conscience qui nous mettent en relation avec notre activité motrice. On a pensé que le sujet qui exécute un mouvement volontaire est averti, en outre, de l’exécution de ce mouvement par des impressions d’un autre ordre; ces impressions, au lieu d’être centripètes, seraient centrales; elles correspondraient au. courant de sortie de l’influx moteur; le sujet aurait le sentiment de l’innervation, de la décharge motrice, au moment même où la décharge se fait dans les cellules motrices de l’axe cérébro-spinal, par conséquent avant que les contractions musculaires appropriées se produisent. Cette hypothèse n’est pas née d’hier; elle est au contraire fort ancienne. Développée déjà par J. Müller, le physiologiste bien connu, elle a été reprise de nos jours par Bain, Hughlings-Jackson, Wundt, Bernhardt, etc.
Récemment, quelques auteurs, en étudiant l’hystérie, ont cru y trouver un argument en faveur de la thèse que nous venons d’indiquer, et que l’on désigne sous le nom de « thèse du courant centrifuge ». Ces auteurs ont pensé que si les hystériques peuvent coordonner les mouvements de leurs membres insensibles, les yeux fermés, c’est une preuve que les sujets de ce genre possèdent un sentiment d’innervation motrice guidant leurs mouvements volontaires; en effet, disent-ils, ces malades ont perdu le secours des sensations motrices, puisque le membre dont ils se servent est insensible; ils sont en outre privés temporairement du sens de la vue, par la fermeture des yeux; donc, pour qu’ils restent, dans ces conditions, capables de diriger leur activité volontaire, qu’ils puissent par exemple porter
LES ACTIONS VOLONTAIRES ET INCONSCIENTES loo directement leur main sur un point de leur face, il faut qu’un état de conscience les éclaire incessamment sur la nature de leurs mouvements, et leur indique à chaque instant la position de leur membre ; cet état de conscience nécessaire ne peut être que le sentiment de la décharge, le sentiment de l’innervation motrice.
Cette interprétation, on l’a compris, doit être rejetée, car elle découle logiquement d’une observation inexacte.
Il n’est pas vrai que les malades anesthésiques perdent le bénéfice des sensations kinesthésiques; ces sensations appartiennent à une seconde conscience, qui peut collaborer avec la conscience normale.
En résumé, tout s'explique par 1° : la conservation d’une bonne mémoire visuelle; 2° la survivance des sensations et images motrices dans une conscience séparée.
Nous avons distingué deux catégories de sujets et nous avons décrit les premiers. Les seconds, quand ils cessent de voir leurs membres anesthésiques, deviennent incapables de les diriger et même de les mouvoir.
Cette incoordination, plus exactement cette impuissance motrice, qui, chez certains hystériques, survient après l’occlusion des yeux, a été étudiée par Duchenne de boulogne sous le nomade « perte de la conscience musculaire ». Ce nom a le tort de supposer une explication du phénomène, explication qui est même inexacte, et par conséquent on doit la rejeter. Si l’explication est difficile, les observations sont très nettes. Il s’agit d’hystériques qui sont incapables, quand on éteint la lumière, de se lever de leur chaise ou de tendre la main; pendant la nuit, ces malades restent immobiles dans leur lit, sans pouvoir changer de place; surpris par le crépuscule dans la campagne, ils ne peuvent plus marcher. Quand ils marchent en plein jour, on les voit s’avancer la tête baissée; leur regard est fixé sur leurs pieds; si on les distrait, et qu'ils cessent de regarder leur main, ils lâchent les objets qu’ils tenaient, et. on a cité l’exemple d'une mère qui, dans ces conditions, était sur le point de laisser tomber l’enfant auquel elle donnait le sein ; j en ai vu qui fléchis-
sent sur eux-mêmes et tombent, dès qu on ferme leurs yeux. Quand on place la main anesthésique de ces malades derrière leur dos, ils ne peuvent pas la retirer, et il faut qu’une autre personne leur rende ce service. On pourrait remplir plusieurs pages en citant tous les exemples qui ont été rapportés par les auteurs. Nous en avons, pour notre part, observé un bon nombre, qui ne nous ont laissé aucun doute dans l’esprit *.
Pour expliquer cette impuissance motrice qui succède à l’occlusion des yeux, il faudrait faire l’étude détaillée de chaque malade; nous croyons peu à la vérité d’une explication générale; chaque malade, nous l’avons dit souvent, doit être envisagé séparément, et ce qui est vrai de l’un est souvent faux d’un autre. Ne pouvant pas faire ici une étude aussi minutieuse, nous nous bornerons à quelques indications.
On a vu par l'analyse détaillée de l’activité motrice quel est le concours d’états de conscience, de perceptions et de représentations, qui est nécessaire pour l’accomplissement d’un mouvement les yeux fermés. L’altération de chacun de ces états retentira sur le mouvement. Prenons d’abord la représentation antérieure à l’acte; cette représentation est généralement de nature visuelle chez une hystérique anesthésique. Si la mémoire visuelle du sujet est mauvaise, s’il ne peut pas voir clairement, dans son esprit, la position de sa main et le mouvement à exécuter, il ne saura pas au juste quel est le mouvement qu’il doit commander à son membre, et en conséquence il y aura impuissance motrice plus ou moins complète. Même résultat si on a empêché le sujet de regarder sa main avant de lui fermer les yeux, ou bien s’il ignore la position actuelle de son membre ; son ignorance l’empêche de se représenter visuellement sa main, et par conséquent il ne peut plus la diriger \
1. Recherches expérim. sur la phys. des mouvements, par Binet et Féré : Arc h. de phys., octobre 1881.
2. L’importance des images visuelles dans ces expériences a été bien mise en lumière par M. Pierre Janet dans plusieurs passages de son livre déjà cité.
LES ACTIONS VOLONTAIRES ET INCONSCIENTES 157 Il est des cas cependant où le mouvement du membre anesthésique n’a pas besoin d’être dirigé par une image visuelle consciente et peut se produire correctement, bien que le sujet soit incapable de se le représenter. M. Pitres en a donné un exemple fort intéressant; on imprime un mouvement de rotation aux deux mains; ce mouvement peut continuer après la fermeture des yeux, parce que l’une des deux mains n’est point anesthésique, et qu’elle associe l’autre à son mouvement, elle l’entraîne.
L’hystérique arrive encore à se passer de l’image visuelle en la remplaçant par une image tactile du même ordre, qui joue le même rôle, c’est-à-dire avertit le sujet de la position de sa main ; ainsi Lasègue a vu, et M. Pitres après lui, que quand le sujet a les yeux fermés et ne peut agiter volontairement les doigts d’une main anesthésique, on peut rendre ce 'mouvement possible en posant la main du sujet sur sa tête qui est sensible; le contact provoque des sensations tactiles conscientes qui renseignent le sujet sur la position de sa main et dès lors la main peut se mouvoir.
La cause de l’impuissance motrice peut résider aussi dans l’absence des sensations kinesthésiques ; il est vrai que ces sensations ne sont pas perdues; elles se retrouvent dans d’autres consciences ; mais ces secondes consciences sont souvent mal organisées; elles ne savent pas collaborer avec la conscience principale, et les éléments psychologiques qui les composent restent disséminés et ne rendent aucun service. Nous avons montré déjà plus d’un fait qui prouve l’importance de la coordination dans la mise en œuvre des phénomènes subconscients.
\ux deux circonstances que nous venons de signaler, et qui sont capables d’expliquer dans un certain nombre de cas l’affaiblissement musculaire des malades hystériques quand on leur ferme les yeux, il faut ajouter, avec quelque réserve, une troisième circonstance : la lumière paraît être pour ces malades à système nerveux affaibli un excitant phvsiologique nécessaire; si on leur ferme les yeux ou qu’on les place dans l’obscurité, un grand nombre de leurs
fonctions physiologiques se ralentissent ; leur force dynamométrique diminue, même dans le côté sensible ; les mouvements des membres sensibles deviennent moins précis et moins rapides ; leur mémoire et leur pensée sont plus paresseuses. C’est bien la suppression de la lumière qui produit ces résultats, comme M. Féré l’a fait voir dans une série d’expériences. L’expérience de Strumpel conduit à la même conclusion 4 .
Nous n’avons pas encore terminé l’étude des mouvements volontaires exécutés par des membres anesthésiques; ces mouvements présentent plusieurs caractères objectifs, qui dépendent de l’anesthésie et qu’on peut résumer de la manière suivante :
1° Une diminution dans la force de pression dynamométrique ;
2° Un allongement du temps physiologique de réaction;
3° Une forme particulière de la contraction volontaire;
4° Une augmentation dans la durée de l’état de contraction, augmentation produite par l’absence de fatigue et d’effort.
La simple énumération de ces différents points fera sans doute supposer qu’il s’agit de phénomènes purement physiologiques, qui n’intéressent que médiocrement la psychologie ; ce serait une erreur. La psychologie n’a pas à tirer profit seulement des expériences qui se passent en conversations ; il y a des phénomènes purement matériels, tels qu’une contraction musculaire, qui peuvent nous renseigner sur un phénomène mental, et c’est précisément ce qui se passe ici.
Quand l’hystérique exécute un mouvement volontaire
i. Nous ne faisons qu’indiquer la question. Pour plus de détails, il faut lire l’ouvrage de Féré : Sensation et Mouvement, un article de Raymond (Revue de médecine, 1891) et une note de Pick (Neurol. Centrait., 1891, n« 15).
LES ACTIONS VOLONTAIRES ET INCONSCIENTES 159 avec sa main insensible, c’est une sous-conscience, avonsnous vu, qui reçoit l’ordre et qui se charge de l’exécuter; or si l’on étudie de près la façon dont cet ordre est exécuté, si on recueille la contraction musculaire avec des appareils de précision, on trouve dans le tracé de cette contraction des caractères qui démontrent l’existence d’une sous-conscience. C’est là une question fort intéressante, et qui mérite qu’on s’y arrête un instant.
1° Force de pression dynamométrique. — On mesure dans la clinique médicale la force volontaire d’un sujet au moyen du dynamomètre, qui indique la force de contraction des muscles fléchisseurs des doigts.
Depuis les recherches de Briquet, et de Burcq, l’inventeur de la métallothérapie, on sait que la force de pression est moindre dans le côté anesthésique que dans le côté sain. Cette différence, sans être constante, est cependant si générale qu’elle peut servir de signe objectif à l’anesthésie; depuis que nous faisons des études de psychologie sur les hystériques, nous relevons toujours 1 état des forces dans la main droite et dans la main gauche, et nous n’avons pas trouvé plus de deux ou trois exceptions à la règle de Burcq. M. Pitres en a signalé aussi quelques-unes h
La différence de force entre les deux côtés offre une grande variété suivant les sujets ; tantôt, elle est presque insignifiante et consiste en quelques kilogrammes de plus ou de moins ; par exemple, la main anesthésique donnera une pression de 25 kilogrammes et la main sensible une pression de 28 kilogrammes. Si c’est le côté gauche qui est anesthésique, une différence de 2 ou 3 kilogrammes n’indique pas un affaiblissement, car elle est normale chez les droitiers. Dans d’autres cas, la différence, plus accusée, peut s’élever à 10 ou même 20 kilogrammes et davantage. On ignore la raison de ces différences, et on n’est pas parvenu à°les rattacher à une cause bien déterminée, par exemple au degré de l’anesthésie.
i. Op. eit., p. 33.
Comme compensation, l’anesthésie hystérique produit souvent une augmentation de force dans les membres qui ont conservé leur sensibilité ; on peut constater cette augmentation de force en modifiant la sensibilité par voie de suggestion, et en explorant l’état des forces avant et après. (Binet.)
Si l’anesthésie se complique de paralysie, le membre symétrique qui n’est ni insensible ni paralysé présente une augmentation de force (Binet et Féré) ; c est là un caractère d’autant plus important que dans les paralysies de causes organiques (Pitres, Friedlander) le côté non paralysé présente un affaiblissement moteur.
La diminution du chiffre de pression dans un membre insensible dépend de cette insensibilité, et par conséquent, dans une certaine mesure, de la division de conscience : ce qui le prouve bien, c’est qu’en frappant d’insensibilité, par suggestion, un membre sain, on diminue son chiffre de pression. Comment expliquer ce résultat? Nous pouvons supposer que la force de contraction — qui dépend autant àe la volonté que du muscle — est en relation avec le degré de développement du moi qui commande la contraction ; si le moi se réduit à quelques phénomènes psychologiques élémentaires, il n’y aura point en jeu d’états émotionnels aussi importants que s’il s’agit d’un moi complet, d’une personnalité véritable. Ainsi pourrait-on comprendre que le personnage sous-conscient a moins de force que le personnage principal; il serait facile de contrôler cette hypothèse en prenant la force dynamométrique d’une même personnalité à ses diverses étapes de développement.
Quoi qu’il en soit de notre hypothèse, que nous indiquons à titre de suggestion, il y a un cas où.le chiffre de contraction dépend certainement, d’une façon directe, de causes psychologiques : c’est celui où on oblige le sujet à serrer simultanément avec les deux mains; alors le chiffre dépréssion s’abaisse dans des proportions souvent considérables. Cette diminution tient évidemment à un défaut d’attention; le sujet est forcé de penser et de vouloir simultanément
LES ACTIONS VOLONTAIRES ET INCONSCIENTES 461 deux mouvements volontaires; on l'oblige à partager son attention entre les deux actes; et c’est pour ce motif qu’il donne une pression faible. C’est là, ce nous semble, une démonstration excellente des idées émises par M. Pierre Janet sur le rétrécissement du champ de la conscience chez les hystériques. Nous avons déjà parlé de ce rétrécissement, à propos de la distraction ; nous donnons maintenant, pour la première fois peut-être, une preuve matérielle de sa réalité.
2° Temps physiologique de réaction. — L’anesthésie produit un allongement du temps physiologique de réaction pour les mouvements volontaires.
Duchenne (de Boulogne) a mis le fait en relief dans une expérience très nette et bien simple, une vraie expérience clinique. On prie un sujet hémianesthésique de rapprocher ses deux mains et de les ouvrir et fermer simultanément. Le sujet doit avoir les yeux fermés. Le plus souvent, une des deux mains est en retard sur l’autre ; c’est la main anesthésique. Mais les résultats varient un peu suivant les sujets, et suivant les conditions où on les place.
En général quand les yeux sont ouverts, les mouvements des deux mains sont à peu près simultanés ; ceci tient à ce que le sujet porte de préférence son attention et son regard sur la main anesthésique, dont il hâte en quelque sorte le mouvement. Mais si on lui ferme les yeux, la simultanéité des mouvements est gravement compromise. Presque toujours, chez les malades que nous avons observés, le retard de la main anesthésique devient très appréciable à une inspection sommaire ; tantôt elle exécute un nombre de mouvements égal à celui de la main sensible, mais avec un retard constant ; tantôt elle diminue le nombre de ses mouvements, et ne se fermera par exemple que cinq fois pendant que la main sensible se ferme douze à quinze fois ; ces mouvements d*e la main anesthésique sont souvent incomplets ; la fermeture du poing est à peine esquissée, et les ongles ne se cachent pas dans la paume de la main; il peut arriver, par exagération du phénomène précédent, que la main anesthésique reste immobile, alors que le sujet, qui a les yeux
A. Bl.NET. il
fermés, est persuadé qu’il l’ouvre et la ferme alternativement. On pourrait dire, dans ce cas, que le retard est infini.
Cette description générale ne convient pas à tous les malades, et nous en citerons quelques-uns pour faire voir quelle série de variations peut présenter un phénomène qui est en somme assez simple. Léonie L... est anesthésique à droite, et hypoesthésique à gauche; les temps de réaction sont plus longs à droite qu’à gauche, les yeux ouverts; la différence augmente quand les yeux sont fermés. Dem... est anesthésique à droite seulement. Quand le sujet ferme les deux mains en les regardant, et dans ce cas il a soin de les rapprocher, le mouvement est simultané; des mesures rigoureuses prises avec des appareils enregistreurs ne laissent aucun doute à cet égard. Si Dem... ferme les yeux, la main droite insensible se ferme en même temps que l’autre, à la condition que Dem... pense spécialement et fortement à sa main droite ; dès que son attention se fatigue, la main droite cesse tout mouvement. Il en résulte que lorsqu’on prie Dem... de serrer deux tubes de caoutchouc reliés à un appareil enregistreur, on a d’abord cinq ou six mouvements simultanés des deux mains, puis on n’obtient plus que des mouvements de la main sensible. Il faut interpeller le sujet, lui montrer qu’il n’a pas employé la main anesthésique et solliciter vivement son attention pour obtenir de nouveau des mouvements des deux mains. Enfin, nous citerons Saint-A..., anesthésique à droite; chez elle, que les yeux soient ouverts ou fermés, les contractions des deux mains sont simultanées.
Voici maintenant quelques chiffres de temps de réaction; chez P. S., anesthésique à droite, les temps de réaction à une excitation sonore (bruit sec d’un métronome) sont :
Côté sensible.
Côté
insensible.
Temps moyen..
Temps maximum.
Temps minimum.
Variation movenne.
LES ACTIONS VOLONTAIRES ET INCONSCIENTES 163
Ces quelques chiffres montrent que non seulement le temps de réaction est plus court du côté sensible, mais encore que la réaction est plus régulière, car la variation moyenne est beaucoup plus faible. Le temps maximum du côté sensible est même resté inférieur au temps minimum du côté anesthésique.
M. Féré a fait des expériences analogues qui l’ont conduit au même résultat ; il a observé en outre que lorsque la sensation qui sert de signal est mal perçue, ce qui peut tenir à ce que le signal est donné en touchant une région peu sensible, le temps de réaction est encore retardé.
Nous avons dit plus haut, en étudiant la force de pression, que lorsque les deux mains serrent simultanément, le chiffre de pression se trouve abaissé des deux côtés à la fois; c’est du moins ce qui se passe chez quelques sujets hystériques. Ce qui vérifie cette première expérience, c’est qu’on peut la répéter sur les temps de réaction ; ces temps deviennent plus longs lorsque les deux mains sensible et anesthésique doivent répondre en même temps au signal. Voici quelques chiffres, obtenus chez P. S., dans cette dernière condition ; pour tout le reste du dispositif, l’expérience ne diffère pas de la précédente.
Côté sensible.
Côté insensible.
Temps moyen.
Temps maximum.
Temps minimum..
Variation moyenne.
La comparaison de ces chiffres avec ceux que nous avons donnés plus haut montre que l’allongement du temps de réaction produit par l’action combinée des deux mains se fait senti/ des deux côtés, mais qu’il est beaucoup plus considérable pour le côté anesthésique.
C’est chez ce même sujet P. S., pour le dire en passant, que nous avons constaté, pendant les réactions du côté anesthésique, la réaction supplémentaire dont nous avons parlé 1 ; cette réaction diffère de la réaction ordinaire du côté