‹ Les amants byzantins; romanChapitre 2 sur 37 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

ment Byzance est un de ces mots-là. On le dit et des voiles s'écartent, des perspectives se déroulent. On voit tout d'abord l'invraisemblable et l'inouï. Dans un décor qui tient de la féerie on surprend la civilisation pâmée aux bras de la barbarie. Byzance c'est du christianisme et du paganisme, du mysticisme et de la luxure, des croix dressées dans le temple d'Adonis, le désordre sans nom et tous les raffinements de la hiérarchie ; les clercs qui enluminent avec de l'or et de la pourpre des manuscrits inestimables, taudis que des barbares incendient des palais ; des émeutes où il semble que l'égout du monde crève et vomisse sa fange ; des fêtes dont nous n'avons plus d'idée, toutes les extrémités, tous les contrastes en un tas, — les nacres de la perle et de la pourriture.

Voilà ce que mon ignorance apercevait sur ce mystérieux écran des suggestions poétiques où des fantômes se succèdent, prompts, insaisissables comme des nuages que le vent chasse devant la lune.

Vous avez prononcé, cher monsieur, le mot magique qui a contraint ces apparences à prendre corps. Byzance n'était plus au bord du Bosphore : elle survivait quelque part, suspendue, incon-

PRÉFACE m

sistante, sous la garde des Génies du Silence et des Ruines. Vous l'avez rendue visible. Vous la fixez dans un monument d'érudition et d'art dont votre Nicéphore PJiocas et YÉpopée byzantim à la fin du X^ siècle, sont les deux premières assises.

Ma science nouveau-née sort de votre fréquentation ; il est donc juste que je vous la rapporte. Vous reconnaîtrez dans les Amants byzantins l'origine des documents précis qui se cachent sous l'action romanesque : le décor de la Byzance médiévale, les détails des rites et des cérémonies, les pompes et les triomphes, — enfin toutes les certitudes d'histoire que votre critique a éclaircies. Vous serez indulgent pour ce qui, en dehors de vous, des sagas et du récit emprunté au fonds des Antiquités i^usses, est un apport de mon imagination.

C'est tout d'abord cette volonté que j'ai eue de faire alterner deux couleurs de styles, qui, par ce qu'ils ontde disparate m'ont parunécessairesàl'exécution de mon projet. Toute la partie du roman où les Lofolten, les barques, la Route de l'Ambre, les warangiens, leur camp, leurs émeutes, servent de décor, a été écrite dans une tenue de style un

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