CHAPITRE XXIII
ViHARLOTTE , dans les conversations particulières qu'elle eut avec la marquise 3 n'apprit point sans une sorte de plaisir qne Nada , privée de toute instruction , entièrement étrangère au monde, ne pouvait avoir ni les grâces jri les latents qu'on y reçoit.
. Sa timidité devait être extrême, et elle se flattait bien quelle portait toute l'apparence de la gaucherie.
> Moins intéressée que coquette , elle i ne pouvaitsqufepir l'idée d'une jeuue fille de seize ans . qui annonçait de ..la beauté, dans son .enfeiice,. et qui lui .serait -peut être comparée avec .avantage... \Mais .cette , solitude profonde p . cpt te ignorance absolue dans , laquelle çlle avait pté élevée , eu fai- , SAi^nt , une espèce de spuvage qui fc n'étaitguè^eàxeçîp.uler i ajjari fût-elle
d'assez bonne foi dans tout ce qu'elle promit à la marquise.
Celle-ci , en reconnaissance , la com r bla de présents , et lui donna même une parure de diamants dont la comtesse George pouvait craindre le partage si elle n'en eût pas disposé avant sa mort.
George imita la conduite de son épouse / ménagea ML le Moni , qui
finit par croire qu'on se conduirait fort bien envers Nada , et le persuada à la marquise 3 qui mourût avec autant de piété que de résignation.
Dès que les tristes formalités furent remplies , avec plus d'ostentation et de pompes que de véritables regrets , George et son épouse ne se contraignirent plus pour s'occuper de leurs intérêts ; mais ils découvrirent deux choses qui les affligèrent vivement,
La première fut que plus de la moitié de la fortune du marquis de Surgi avait été dissipée quelques an-
nées avant sa mort , il ne leur restait que cinquante mille écus de rente; ce qui , d'après l'ambition de George et l'extrême dépense de la comtesse , était une fortune très - insuffisante ; D'un autre côté , M. le Moni était nommé tuteur de Nada y et son caractère inflexible ne permettait pas de supposer qu'on pût le séduire et le rendre :par aucun intérêt personnel négligent pour ceux de sa pupille.
La comtesse, qui n'avait pas assez senti dans les premiers moments de sa surprise combien le retour de Nada H pouvait nuire à sa fortune - 7 en fut plus affligée que son mari , lorsqu'elle se vit forcée de restreindre sa dépense, de diminuer le nombre de ses équipages et de ses gens.
A chaque sacrifice dont on lui montrait la nécessité , George ne manquait pas d'ajouter: Si Nada était morte, nous aurions pu nous soutenir coqime autrefois. À la vérité elle est mineure ; TomeI. h
( *4* ) mais M. le Moni exigera que Ton compte avec lui . • . il faudra la marier , lui donner des maîtres. . . souffrir qu'uu étranger discute ses intérêts . . . nous fatigues de sçs conseils ; et vous, Charlotte , quel joli rôle vous allez jouer dans le monde] Une femme chargée de l'éducation et de la sur* yeillance d'une jeune fille, est tout de suite au rang des mères ; il faut qu'elle donne l'exemple de la retenue, de la modestie ; qu'elle ne quitte point sa jeune élève , qui ne manquera pas de lui prendre au moins la moitié des hommages qui lui auraient été rendus.
Le résultats de ces réflexions était d'inspirer à la. comtesse une sorte de haine pour sa belle-soeur. On consulta secrètement les plus habiles avojcats pour s'assurer si on ne pourrait pas rendre illusoire les actes et les déclarations de la marquise de Surgi ;
(443) mais M. le Moni avait si bien pris ses mesures, qu'il ne resta aucune espérance. Lui-même avait pris soin de répandre dans le monde le bruit de cet événement, et de tous côtés on en aurait parlé à la comtesse , si le prétexte d'une grande douleur ne leur avait fait passer les six premiers mois de leur deuil dans une terre à vingt lieues de Paris, où ils ne recevaient aucun étranger.
M. le Moni , voulant par bienséance respecter ces premiers moments , ne s'était pas présenté chez eux ; mais voyant que George cherchait à re<froidir tous les rapports d'amitié qui avaient existé entre sa mère et lui , il comprit qu'on ne méritait pas qu'il en agît avec tant de délicatesse et de ménagements , et le comte ne put faire autrement que de le recevoir dès qu'il fut de retour à Paris?.
U aborda franchement la question,
*en s'étonnant qu'on n'eût pas encore ♦été chercher Nada , d'après les instructions et les ordres que la marquise avait laissés. — J'y ai réfléchi , reprit George, et je crains que cette démarche ne soit toujours trop prompte pour son bonheur | Je ne sais si ma mère vous *a conté , comme à Charlotte, la manière dont cette pauvre créature a été élevée. Madame de Cerneuil est une extravagante de mauvaise humeur qui s'est entourée d'une douzaine d'imbécilles qui ne savent pas faire la révérence , et qui n'étaient pas destinées non plus à rentrer dans la société.. . il sera douloureux pour moi , et pour Nada elle-même de s'y voir continuellement déplacée, sans maintien , sans conversation , sans usage . . . étonnée et peut-être scandalisée de tout . . . — Vous avez , reprit M. le Mon! , une jépcuse aimable, remplie d'esprit, ej
très-capable de lui donner toutes les grâces qui lui manqueront. — Charger une femme d'en faire briller une autre ! en vérité, mon cher monsieur, vous connaissez bien peu le sexe dont vous parlez. — La comtesse George en sera l'exemple* elle Ta promis à votre mère mourdhte. * . cette idée l'a rendue heureuse dans ses derniers moments. ~ C'est beaucoup, reprit Georges en souriant. — Oui , paais ce n'est pas assez,, et sa confiance m'a imposée des devoirs que je suis trèsdécidé à remplir. — Vous prenez un ton menaçant, monsieur! — J'aime pourtant à croire qu'il ne sera pas nécessaire vis-à-vis de vous , monsieur* — Vous me croyez intéressé , dit George en se radoucissant (car il n'y avait pas d'homme plus timide quand il s'apercevait qu'il n'en imposait pas), vous me croyez intéressé., et vxms me j ugeriez bien différemment si
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(M6) vous m'aviez mis à l'épreuve. Malgré les grandes dépenses de ma femme 3 qui ne sait rien refuser à sa parure 9 j'ai quelques économies depuis, mon mariage. Si nous étions ensemble sur le pied de l'amitié , de l'estime . . .
comme cela devrait être^ je pourrais vous prêter pour deux , pour trois, pour quatre ans, un somme de cinquante mille francs que j'ai en réserve, et que la comtesse ne connaît pas ... Je le ferais sans intérêt , au moins. . . Voyez , mon cher monsieur ; on a dans votre état mille moyens de bien placer ses fonds : au lieu de faire valoir ceux des autres, on travaille pour soi-même. . , . La somme n'est pas forte ; maïs , entre nous , ce serait un commencement d'affaires ... Je vous offre cela tout franchement. ~ Et je refuse de même , dit M. le Moni , qui pénétrait à merveille les motifs du comte;
(M7) ramifié que vous voulez bien m'oBrir
sera due tout entière à votre manière d'agir avec ma pupille ; j'en vais parler à madame la comtesse, et j'espère qu'à cet égard nous serons tous d'accord.
f IN DU PREMIER VOLUME.