JULIETTE, ROMÉO
ROMÉO
Enfin, ces chers amis viennent de disparaître. Avec eux, plus longtemps pouvais-je rire ainsi! Pouvais-je aller plus loin, quand mon coeur est ici! Ah ! l'on rit de l'amour avant de le connaître. Dieu! c'est elle; ô bonheur! Loin de ces lieux, hélas! Je devrais fuir... Un charme enchaîne ici mes pas.
JULIETTE
Amour fatal! — il me pénètre.
Oui, mon âme a trouvé
Son seigneur et son maître, Il est venu ; c'est lui, l'époux que j'ai rêvé. Roméo, Roméo, pourquoi faut-il, cher ange, - Que tu sois Montaigu?...
ROMÉO, se montrant.
J'abjure un nom fatal :
Ton amant, c'est le nom que je veux en échange.
JULIETTE
Dieu! cette voix... Soudain, j'ai frémi comme au bal, Et je l'ai reconnu.
Pardonne au téméraire. .
Fuis, Roméo, fuis, malheureux;
Car, si mon père
Te surprend dans ces lieux, C'est la mort.
KOMÉO.
Ah! qu'importe, ô maîtresse adoréeI Puisque de tes aveux mon âme est enivrée, Puisque ton coeur se donne à mon coeur amoureux.
JULIETTE
Je voudrais pouvoir feindre encore, et les reprendre, Ces mots qui t'ont livré mon âme sans retour.
Beau Montaigu, tu dois trouver trop tendre
L'aveu si prompt de mon amour.
D'un front sévère, eh bien ! je puis m'armer encore,
Si tu le veux... et feindre la rigueur.
Mais non, j'aime bien mieux redire que j'adore,
Et puis mourir après de honte et de bonheur.
ENSEMBLE
JULIETTE
J'aime mieux, cher amant, redire que j'adore, Et puis mourir après de honte et de bonheur.
KOMÉO.
O nuit divine, 6 nuit d'amour, prolonge encore, Et fais durer toujours ce rêve et mon bonheur.
UQ long silence.
JULIETTE
Le temps S'enfuit, la nuit s'avance ;
Mon cher seigneur, faites-moi vos adieux.
ROMÉO
Ah ! si tu pars, il me faut l'assurance
De te revoir...
Oui, bientôt.
IlOMÉO.
.Dans ces lieux?
JULIETTE
Non, pas ici, — mais dans le sanctuaire
De Lorenzo, le pieux franciscain.
Si ton amour loyal a pour but notre hymen, J'y serai dès le jour.
ROMÉO
0 promesse bien chère !
ENSEMBLE
JULIETTE et ROMÉO.
De la nuit
Qui s'enfuit
C'est la dernière veille ;
Quittons ces lieux,
Alors que tout sommeilla.
De ces adieux
Mystérieux
Le charme est si grand encore,y
Que, si j'osais,
Je te dirais :
« Adieu jusqu'à l'aurore. »
^-Juliette disparaît.
ROMÉO, seul.
Pourquoi t'enfuir si tôt, et laisser dans mon coeur
Tant de tristesse, hélas ! après tant de bonheur I
JULIETTE, reparaissant.
C'est encor moi... J'ai voulu te redire Combien, en te quittant, j'éprouve de regret, Combien je t'aime. Adieu!
Elle rentre.
BOMÉO, seul.
Tu pars, et le sourire, Fille adorable, avec toi disparaît.
Bornéo se retire lentement, tandis que le choeur reprend, tout au loin, derrière le théâtre.
CHOEDB.
C'est l'heure où la brise enivrante
Souffle dans l'air plus doucement ;
C'est l'heure où Phoebé rayonnante
Montre au ciel son disque d'argent.
Le rideau tombe pour un instant et se relève sur le décor de la cellule.