JULIETTE, LA NOURRICE
LA. NOURRICE, vidant le coffret devant Juliette.
Daignez regarder les bijoux
Dont Paris, en galant époux,
Vous fait hommage.
Mais d'abord, essuyons ces yeux :
Les pleurs porteraient à leurs feux
Trop grand dommage.
Rien de plus fin que ces tissus ;
Gênes pour vous les a reçus
D'Alexandrie.
Naples a péché ce corail ;
Rome azura de cet émail
L'orfèvrerie.
Vérone a fourni son brocart,
Milan, ce beau satin lombard
Et la guipure.
Florence a ciselé l'anneau,
Venise a brodé du manteau
La pourpre pure.
Mais vous regardez sans rien voir ;
Rien ne peut donc vous émouvoir,
Rien ne vous flatte;
Et moi, je plains le prétendu;
Voilà bien de l'argent perdu
Pour une ingrate.
JULIETTE
Eh quoi! pas un seul mot qui vienne de ton coeur,
Pas un seul, Ô nourrice!
Lorsque tu vois le mien, brisé par la douleur, Se débattre éperdu devant le sacrifice.
LA NOURRICE, tout en parant Juliette.
Mademoiselle, si j'avais
Un second hymen aussi près
En perspective,
Je trouverais mon sort bien doux,
Et dirais : « Béni soit l'époux
Qui nous arrive! »
Roméo, le joli galant,
N'était pas mal tourné vraiment,
De beau visage ;
Mais ce blondin m'était suspect,
Et le vaillant Paris me plaît
Bien davantage.
L'un avait, en jeune garçon,
De moustache à peine un soupçon,
L'aspect modeste.
L'autre est un superbe seigneur
Dont vous aurez profit, honneur,
Avec le reste.
Mais vos yeux ne savent rien voir,
Et rien ne peut vous émouvoir,
Rien no vous flatte.
Vraiment je plains le prétendu,
Et tant de mérite perdu
Pour une ingrate.
Mademoiselle, si j'avais
Un second hymen aussi près
En perspective,
Je trouverais mon sort bien doux,
Et dirais : « Béni soit l'époux
Qui nous arrive. »
JULIETTE, ironique.
Vraiment, c'est admirable, et je n'en reviens pas, 0 nourrice éloquente, en voyant que tu m'as
Rendu l'espoir et réconforté l'âme.
Se levant et brusquement.
Va-t'en!...
La nourrice stupéfaite recule, hésite un instant, puîb sort enfin sur un nouveau
geste de Juliette.