‹ Les amants de VéroneChapitre 38 sur 38 · JULIETTE, ROMÉO, BALTHAZAR · texte numérisé non relu

JULIETTE, ROMÉO, BALTHAZAR

Roméo entre rapidement, il est suivi de son page.

ROMÉO, an page.

Autour d'ici

Veille. — Sur son lit funéraire, Je veux revoir ma dame, en sa pâleur dernière ; Dans l'alcôve de mort, je veux m'étendre aussi. Vu silenre.

Et maintenant adieu, pour le temps et la terre. — Va...

Le page haise la main de Roméo et s'éloigne.

ROMÉO, JULIETTE, toujours endormie.

ROMÉO

La force me manque, et je n'ose avancer.

Cependant j'ai voulu la revoir, l'embrasser, Arroser de mes pleurs sa main inanimée,

Et puis mourir...

11 force la grille à l'aide de son poignard, et se précipite vers Juliette.

Ah ! pauvre bien-aimée !

Te revoir ainsi, dans ce triste jour,

Toi, mon cher trésor, loi, le seul amour

Que j'eusse en ce monde.

Dans tes yeux chéris, clos par le trépas,

Chercher la caresse et trouver, hélas!

Une nuit profonde!

Te revoir ainsi, dans ce triste jour,

Toi, mon cher trésor, toi le seul amour

Que j'eusse on ce monde.

Tremblant, éperdu, chercher vainement,

Sous un sein glacé, quelque battement,

Sans qu'il me réponde !

Te revoir ainsi, dans ce triste jour,

Toi, mon cher trésor, toi, le seul amour

Que j'eusse en ce monde!

Un silence.

Mais c'est assez pleurer; ô mort, tu peux venir.

Plus rien ne m'attache à la terre; Et toi, fais ton devoir, ô poison salutaire

Qui va nous réunir.

Il tire de son pourpoint un flacon do métal ; le vide, puis le rejette.

JULIETTE, comme dans un rêve.

Non, ce n'est pas encor l'aube nouvelle...

Elle se soulève.

Mais où suis-je? j'ai froid...

Avec angoisse.

Roméo, Roméo!

ROMÉO, tressaillant.

Par mon âme immortelle,

Seigneur, Dieu tout-puissant, c'est elle!

Elle, qui surgit du tombeau

Et dont la voix m'appelle.

H saisit Juliette et l'entraîne éperdu sur le devant de la scène.

Miracle de l'amour!

La voilà dans mes bras, vivante, ranimée ; Son coeur bat sous ma main ; ses yeux revoient le jour :

Tu vis, tu vis, ma bien-aimée.

ENSEMBLE

JULIETTE

Par grâce, emporte-moi dans tes bras, sur ton coeur,

Loin d'un séjour qui me glace et m'oppresse.

Fuyons sous le ciel bleu; l'exil est sans douleur,

Où te suit ma tendresse.

ROMÉO

Oh ! viens et fuis, dans mes bras, sur mon coeur,

Loin d'un séjour qui te glace et t'oppresse, Fuyons sous le ciel bleu ; l'exil est sans douleur,

Où te suit ma tendresse.

Roméo entraîne Juliette, puis s'arrête, ressentant la première atteinte du

poison.

A part.

Ah ! le bonheur m'avait fait oublier mon sort. J'appartiens au trépas, du trépas c'est l'étreinte. A Juliette.

Que maudit soit l'instant où je crus à ta mort!

Ignorais-tu la feinte Que dicta Lorenzo ; comment j'y fus contrainte,

Pour fuir un hymen détesté?

, ROMÉO

Mon Dieu! j'ignorais tout.

JULIETTE

N'est-ce pas un message, Un mot de Lorenzo qui t'ont fait accourir?

ROMÉO

Non. L'on te disait morte.

JULIETTE

Eh bien! reprends courage Sous mon baiser...

Un silence.

Mais quoi ! tu changes de visage, Qu'as-tu donc?

ROMÉO

Ce que j'ai! — J'ai que je vais mourir.

JULIETTE

,Toi mourir! Qu'as-tu dit? et quel délire emporte

Tes sens, ta raison?

ROMÉO

Je te croyais morte,

Et j'ai bu ce poison.

Il tombe.

JULIETTE, éperdue.

Ah! cher époux!...

Un silence.

Qu'il fut court le moment d'ivresse

Que le sort fit à notre amour.

ROMÉO, se relevant peu à peu.

Oui, je t'avais promis un moins triste retour,

Chère femme. Pardonne à ma détresse.

C'est la dernière, douleur Dont l'amant, dont l'époux doit affliger ton coeur.

JULIETTE

Donne-moi le fatal breuvage.

IÎOKÉO.

Rien n'en reste, enfant, pour ta part.

JULIETTE

Ah! cruel, aie donc ce courage, Et frappe-moi : tiens, voicidon poignard.

ROMÉO, se relevant tout à fait.

Non :^vis encore.

JULIETTE

Moi vivre quand tu meurs, vivre encore après toi !

Ohl le cruel qu'en vain j'implore,

11 veut mourir sans moi.

ROMÉO

J'y vois à peine,

Prends-moi sur ton sein ;

Ma main incertaine

Cherche ta main.

JULIETTE, pleurant.

Moi te survivre !

ROMÉO

Ah! ne pleure pas.

Ne pas te suivre !

Car tes pleurs, hélas!

Me font mal...

D'une voix éteinte.

Ah ! souviens-toi, Juliette.

Adieu...

Il retombe et meurt.

JULIETTE

Plus rien. — La voix adorée est muette;

Tout est fini. — Que le même tombeau -Nous reçoive tous deux, ô moa-e&çr Roméo.

Elle se frappe^t^^iieA."—.CKricleau baisse rapidement.

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