‹ Les amants de VéroneChapitre 5 sur 38 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ROMÉO, MERGUTIO et SES AMIS.

MERCUTIO, à Benvolio, en montrant Roméo.

Benvolio, de cette humeur funeste, Je connais la raison.

A. Roméo.

Gageons que ton souci Vient de ne pas trouver la Rosaline ici?

Ta nosaline, hé bien! je la déteste A l'égal de la pluie, à l'égal de la peste.

Visage pâle, oeil ténébreux, Dont jamais un rayon ne déchira les voiles :

Ta Rosaline au coeur mystérieux,

Rien qu'à la voir, me glace jusqu'aux moelles.

TOUS, moins Roméo^ et Merciuio.

Il a raison. ~

MEKCUTIO.

Profil superbe et front royal,

C'est un camée, un fin régal

De peintre en quête de modèle;

C'est Galathée au coeur dormant,

Avant le jour où son amant

Sut éveiller la vie en elle.

C'est, en un mot, tout ce que tu voudras.

Mais une femme, oh! que non pas.

Va, cherche ailleurs : tu trouveras

A te venger^ de la cruelle.

TOUS, moins Roméo et Mercutio.

Va, cherche ailleurs : tu trouveras

A te venger de la cruelle.

MERCUTIO

* Dès le matin, tu vas errant, * Et le soir te retrouve errant encor de même;

* Bref, te voilà maigre comme un hareng ;

Aux autres.

* Messieurs, voyez un peu sa face de carême.

TOUS, moins Roméo et Mercutio.

* Il a raison.

MERCUTIO

* Au lieu, mon cher, de vivre ainsi,

* Sans nul remède à ton souci,

* Sans aucun espoir où te prendre ;

* Au lieu d'attendre et de sécher

* Devant ce diable do rocher

* Que nul miracle ne doit fendre ;

* Au lieu de perdre et ta peine et tes pas...

* Ferme les yeux, ouvre les bras :

* Au même instant tu trouveras

* Dix coeurs pour un enchantés de se rendre.

TOUS, moins Roméo et Mercutio.

* Au même instant, tu trouvera

* Dix coeurs pour un enchantés de se rendre.

ROMÉO, a Mercutio.

Ami terrible, épargne-moi.

Vrai présage ou mensonge,

Mercutio, j'ai fait un songe

Qui me remplit d'effroi.

MERCUTIO

Ah! ceci devient grave...

ROMÉO

Un voile

Dérobe le coup trop certain,

Que le destin

Suspend encore à mon étoile.

Vous le voulez, c'est bien ; restons, et que mon sort Se décide en restant, dût s'ensuivre la mort.

TOUS, excepté Roméo.

La mort vraiment ; quelle folie !

Nous te laissons

A ta mélancolie,

Mon cher, adieu; sans toi nous danserons.

Ils se dirigeât vers la salle du fond et disparaissent. — Roméo fait quelques

pas comme pour les suivre, puis s'arrête en apercevant Juliette qui entre,

appuyée sur le bras de la nourrice. 11 remet son masque. iO LES AMANTS DE VERONE

Page 1