‹ Les amants de VéroneChapitre 6 sur 38 · ROMÉO, JULIETTE, LA NOURRICE · texte numérisé non relu

ROMÉO, JULIETTE, LA NOURRICE

JULIETTE, avec abandon.

Ah! nourrice, nourrice, Combien je suis heureuse !

LA NOURRICE

Oui, divertissez-vous, La danse est de votre âge, et pour un coeur novice Le plaisir de danser est charmant entre tous.

ROMT;0.

0 merveille d'amour, ô candeur, ô jeunesse !

Tout a pâli devant l'enchanteresse.

ENSEMBLE

ROMÉO

Rayon du ciel, le charme qui la suit A pénétré mon âme et dissipé ma nuit.

JULIETTE, à la nourrice, apercevant Roméo.

Mais vois donc, là, sombre comme la nuit, Cet inconnu masqué dont le regard nous suit.

LA NOURRICE, de même.

Mais voyez donc, sombre comme la nuit, Cet inconnu masqué dont le regard nous suit.

ROMÉO, ôtant son masque.

Fille au charmant visage,

Au front chaste et serein,

Comme une sainte image,

Accueillez cet hommage

Du pieux pèlerin.

Il baise timidement la main do Juliette.

JULIETTE

Qu'en penses-tu, nourrice?

A ce beau pèlerin je veux être propice

Et tendre l'autre main.

Elle tend sa niain à Roméo qui la baise.

LA NOURRICE

Je n'y vois aucun mal; c'est d'un coeur fort humain.

ENSEMBLE

JULIETTE

Ah! sa ferveur extrême

Redouble à notre voix ;

Il croit, espère, il aime

A la fois.

LA NOURRICE

Ah ! sa ferveur extrême

Redouble à votre voix;

Il croit, espère, il aime

A la fois.

ROMÉO

Ah I ma ferveur extrême,

Redouble à votre voix;

Je crois, j'espère et j'aime

A la fois.

LA NOURRICE, à Juliette.

Le jeune homme est fort bien; et voyant sa prestance,

J'aimerais aujourd'hui Être encore à votre âge et danser avec lui.

ROMÉO, à Juliette.

Comme elle a deviné ma secrète espérance.

Daignez lui pardonner. .

JULIETTE

De grand coeur je l'absous.

ROMÉO, avec feu.

Prenez mon bras, alors.

LA NOURRICE

Un peu de patience :

Quand reviendra le bal; jusque-là, calmez-vous.

ROMÉO, transporté.

Rosaline a fait place à cet ange adorable, „

Et je connais la beauté, véritable.

ENSEMBLE

ROMÉO

Réponds, mon coeur, et regardez, mes yeux :

Avais-je aimé jamais, avais-je aimé, grands dieux! Ab! moment de bonheur, ah ! moment ineffable !

JULIETTE

Oui, je bénis sa venue en ces lieux, Elle a doublé la fête en mon coeur plus joyeux. Ah ! moment de bonheur, ah ! moment ineffable!

LA.NOURRICE

Moi je ne vois qu'un coupable en ces lieux Et c'est Paris absent. Que fait cet amoureux? Ah! jeunesse, jeunesse, ah! moment ineffable !

Juliette appuie sa tête sur l'épaule de la nourrice, tandis que Roméo la con--

temple immobile et comme en extase. Tout à coup l'orchestre se met à

jouer l'air sur lequel se danse le pas de la torche, sorte de' cotillon du temps

où chaque dame offrait un Qambeau allumé au danseur qu'elle voulait

choisir.

LA NOURRICE

Mais le bal

Bientôt va reprendre; Car du jeu de la torche on entend le signal.

Donc, sans attendre

Prenez-en votre part; C'est tant pis pour Paris, s'il arrive trop tard.

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