ROMÉO, JULIETTE, LA NOURRICE
JULIETTE, avec abandon.
Ah! nourrice, nourrice, Combien je suis heureuse !
LA NOURRICE
Oui, divertissez-vous, La danse est de votre âge, et pour un coeur novice Le plaisir de danser est charmant entre tous.
ROMT;0.
0 merveille d'amour, ô candeur, ô jeunesse !
Tout a pâli devant l'enchanteresse.
ENSEMBLE
ROMÉO
Rayon du ciel, le charme qui la suit A pénétré mon âme et dissipé ma nuit.
JULIETTE, à la nourrice, apercevant Roméo.
Mais vois donc, là, sombre comme la nuit, Cet inconnu masqué dont le regard nous suit.
LA NOURRICE, de même.
Mais voyez donc, sombre comme la nuit, Cet inconnu masqué dont le regard nous suit.
ROMÉO, ôtant son masque.
Fille au charmant visage,
Au front chaste et serein,
Comme une sainte image,
Accueillez cet hommage
Du pieux pèlerin.
Il baise timidement la main do Juliette.
JULIETTE
Qu'en penses-tu, nourrice?
A ce beau pèlerin je veux être propice
Et tendre l'autre main.
Elle tend sa niain à Roméo qui la baise.
LA NOURRICE
Je n'y vois aucun mal; c'est d'un coeur fort humain.
ENSEMBLE
JULIETTE
Ah! sa ferveur extrême
Redouble à notre voix ;
Il croit, espère, il aime
A la fois.
LA NOURRICE
Ah ! sa ferveur extrême
Redouble à votre voix;
Il croit, espère, il aime
A la fois.
ROMÉO
Ah I ma ferveur extrême,
Redouble à votre voix;
Je crois, j'espère et j'aime
A la fois.
LA NOURRICE, à Juliette.
Le jeune homme est fort bien; et voyant sa prestance,
J'aimerais aujourd'hui Être encore à votre âge et danser avec lui.
ROMÉO, à Juliette.
Comme elle a deviné ma secrète espérance.
Daignez lui pardonner. .
JULIETTE
De grand coeur je l'absous.
ROMÉO, avec feu.
Prenez mon bras, alors.
LA NOURRICE
Un peu de patience :
Quand reviendra le bal; jusque-là, calmez-vous.
ROMÉO, transporté.
Rosaline a fait place à cet ange adorable, „
Et je connais la beauté, véritable.
ENSEMBLE
ROMÉO
Réponds, mon coeur, et regardez, mes yeux :
Avais-je aimé jamais, avais-je aimé, grands dieux! Ab! moment de bonheur, ah ! moment ineffable !
JULIETTE
Oui, je bénis sa venue en ces lieux, Elle a doublé la fête en mon coeur plus joyeux. Ah ! moment de bonheur, ah ! moment ineffable!
LA.NOURRICE
Moi je ne vois qu'un coupable en ces lieux Et c'est Paris absent. Que fait cet amoureux? Ah! jeunesse, jeunesse, ah! moment ineffable !
Juliette appuie sa tête sur l'épaule de la nourrice, tandis que Roméo la con--
temple immobile et comme en extase. Tout à coup l'orchestre se met à
jouer l'air sur lequel se danse le pas de la torche, sorte de' cotillon du temps
où chaque dame offrait un Qambeau allumé au danseur qu'elle voulait
choisir.
LA NOURRICE
Mais le bal
Bientôt va reprendre; Car du jeu de la torche on entend le signal.
Donc, sans attendre
Prenez-en votre part; C'est tant pis pour Paris, s'il arrive trop tard.