LES LIVRES NOUVEAUX
Poètes et poèmes,
M"« Madeleine Delbrêl, qui obtint en 1926, le Prix SnlIy-Prud'homme pour son recueil de poésies : la Boute, est une très jeune fiUe, presque une adolescente), et Ton Bretonne de trouver dans son œuvre de début, 'parue d'hier en librairie (Lemèrre, éditeur), un art déjà si riche de nuances précieuses, d'images neuves et de sensibilité réfléchie. Il faut louer le juiy Sully-Prud'homme d'avoir, au dernier vote, si bien attribué son prix. M^® Madeleine Delbtêl est un poète dont les tristesses mêmes — car il j a, en certains de ces poèmes, comme un goût romantique de l'ombre et de la mort —, ont un charme de douceur et d'haimonie qui vous saisit et vous impose de lever vous-môme le rôve de ce jeune lyrisme.
Voyez « Les Cloches » :
Sur les tombeaux soyez les dernières pleureuses. Et répandez, parmi les gerbes douloureuses.
Vos lourds sanglots qu^aiment les trépassés.
Au-dessus des blés mûrs et des maisons brunies, Epelez vos missels aux graves litanies.
Echos d^antan qui toujours bénissez.
Voix des hauteurs qu^on ne sait plus entendre. Criez, dans le tumulte oppressant des cités.
Vos lamentations sur toutes vanités.
Prophètes gris qu^on n^ose plus comprendre.
Dans Valanguissement de notre soir désert.
Egrenez sur nos champs vos chapelets de fer.
Effeuillez sous nos pas vos pétales sonores.
Lors de Vavènement fabuleux des aurores.
Bouquet de bronze offert à Vavenir,
Daignez nous soutenir entre vos mains vibrantes.
Sur les routes du temps, 6 vous, cloches errantes
Qui cheminez le long des âges sans mourir !
Et citons aussi ces Matines :
Sous les cloîtres blanchis de nos platanes pâles. Au couvent délaissé du parc silencieux.
Je célébrais Faurore en des rites pieux.
Et le ciel attendait les heures matinales.
Des tombes soulevaient le gazon du Jardin, Les vers luisants mettaient des lampes mortuaires ; Et mes regards lisaient de funèbres prières Dans les branchages morts qui jonchaient le chemin.
En murmurant très bas des oraisons nocturnes. Les ombres sur le sol fuyaient à pas glissés. Et leur procession, par groupes effacés.
Passait comme les frocs de moines taciturnes.
Je regardais s'éteindre, entre les cerceaux clairs. Les cierges tremblotants d'étoiles indécises ; Les chants passionnés des tourterelles grises Faisaient frémir d'amour les chapelles des airs.
Les arbres du printemps, servants du monastère. Portaient entre leurs doigts les flammes des bourgeons. Et le chapelet d'or des corolles d'ajonos Effleurait le tapis somptueux de la terre.
Les brouillards attardés levaient leur encensoir. Les pommiers effeuillaient leurs fleurs de porcelaine, Et je voyais descendre, impassible et sereine. Une lune détain dans un blême ostensoir.
Ballades contre et sonnets pour,,,, recueil de vers et jea de verve. M. Emile Cottinet, dans la forme synthétique et nette du sonnet, exprime ses opinions en litté-
ratu!re sans prétendre faire de l'histoire littéraire (EdttioM du Divan). La mani^^ est souple, le vers harmonieux, l'admiration édeotique. Voici un sonnet sur Alfi^d de Musset :
Musset, grâce indolente, imperUneate et folle. Clair de lune étourdi de guitares, Musset^ Page d'Espagne et d Italie, au luih français... Fantasio rit à son rêve qui s'envoie.
D'inquiétants abbés, des barbons bénévoles Vont s'éprendre des Camargos,,, L'âme ne sait Vers quels deux s^évader,,. L'amour met un lacet D'angoisse ardente aux cceurs qui se voulaient frivoles.
Mais V Etoile descend, comme un point dor, sur Vif Oardien des tombeaux ; la Muse au front pensif Monte à peu apaisés la colline endormie.
Et son chant pur, profond, fluide comme un flot Dit Vespoir invincible et la souffrance amie Et Véirange dovMur de Vétemel sanglot.
Un autre sonnet s'inspire de l'œuvre lyrique ds Henri de Régnier :
Le soir tombe, semanJt sa pondre violette Sur la ville, sur Us étangs et la forêt — Crépuscule dautomne, où tremble et transparaît Tout le vivant Passé que Veau morte reflète,
La Terre, comme dun souffle confus, halette : C^est la nymphe surprise et le faune en arrêt, (Test la naïade en pleurs épandkant son secret, €*est le Chevalier noir, qu^wi présage inquiète,,.
Maintenant VAme est seule en, face de la nuit ;
Vomhre totale a submergé lueurs et bruit
Et, sur la mer, s'éteint la chanson des Sirènes,
Mais déjà, dépliant son nocturne décor.
Surgit à Vhcrizon, livide et souveraine, La lune aux yeux glacés, visage de la Mort,
Un éloquent poème de Charles Le Goffic : la Visite nocturne, avec, en regard du texte français, la traduction anglaise de B. Ashley Andra, paraît chez l'éditeur Garnier. Le poète imagine qu'il reçoit, en ses landes bretonnes, la visite de deux grands morts de la guerre, deux jeunes Américains dont les noms resteront inoubliés chez nous : Alan Seeger, l'auteur des Poèmes de guerre, et Quentin Boosevelt.
Mère des arts, des lois, des vins dor, du bien dire, France en qui revivaient Borne, Athènes et Sion, Cest tout Venchantemeni du monde et son sourire QuHls défendaient en toi, terre détection,
A ces cœurs que, seul, le mystique amour de la France étemelle voua à l'holocauste, le poète oppose l'esprit calculateur, la raison sèche et courte qui, dans la balance des comptes, donnent plus de poids au chiffre d'une créance qu'à
Deux millions de morts et nos villes en flammes. »
M. André Florent est un bel artiste du vers. H joue comme un orfèvre ravi avec les pierres précieuses des basiliques. H est aussi le peintre opposant les ombres sacrées aux lumières mystiques des abbayes et des cathédrales. Et cela nous vaut des sonnets dont chacun est une image, une couleur ou ime pensée.
Voici, par exemple, la « Crypte romane » :
Un escalier de pierre à la brusque spirale.
Eclairé dun falot que la fumée emplit.
Mène au caveau profondément enseveli Sous le chœur de Vénorme et haute cathédrale.
Googl(
LA PETITE ILLUàfLitlON
(Test une crypte avec mm oâ^eur sèpulcraïe De terre hwmde et dont la tiédeur amolliL Une lampe d^autel à huile d^or pâli Vanime inceedamment de ea danse murale.
Partout la voûte basse et puissante est d'aplomb. Noire comme la nuit, sourde comme le plomb. Survivant au pillage, au viol, à Fincendie.
Et VHroite retraite en son exhalaison^ En sa jaune lueur que la lampe irradie.
Distille, austère et douce, un étrange poison.
A ce claLr-obBcar, très obsctir» s'oppose V « Aube dans la oathédrale » :
La brume maUnale emplU les avenues Et baigne les piliers qui surgissent au long. Les vitrauz de la nef, dans leurs mailles de plomb. Luisent en rangs serrés, comme des lances nues.
De furtives lueurs et des braises menues Uor limpide, d'azur, de sombre vermillon, 8*aUument par milliers dans chaque médaillon Des roses du transept, semblables à des nues,
L^aube blanchit la haute et profonde forêt.
Bientôt les fûts nombreux jaillissent ^un seul trait Et croisent leurs arceaux d'ogives sous les voûtes.
Puis, soudain, le soleil arde, pénètre et pleut. Trace dans Pair cendré de lumineuses routes.
Du ^Hivernent de marbre aux verrières en feu.
Les Matinées poétiques de la Comédie-Française, dont le second recueil vient de paraître, semblent devoir, grâce aux sélections de M. Louis Payen, réaliser une anthologie que Ton consultera avec intérêt. Cest un tableau très éclectique de la poésie française depuis oe dernier demi siècle. *
Signalons enfin, parmi tant d'autres recueils de publications récentes : la Page oâ Von aime (Editions du Pleuve), par M^ Chariotte Séverao, d'une sensibilité heureuse et printaniôre; Nord et Midi (Emile Paul, édlt), par M. André M. de Poncheville ; Contes rustiques et Oraisons (Editions Ocdtanla), par M. Jean Amade.
EttUles économiques H finoneiires»
A ses récentes études sur l'actualité financière : le Financier dans la cité et la Grande Injustice, M. Gustave Homberg vient de joindre un petit volume qui traite de Vlllusoire Richesse, (Grasset, édit). Titre expressif et dont la signification est mise encore en valeur par un commentaire étendu. L'auteur nous montre combien l'espoir d'une indéfinie revalorisation du franc serait une illusion dangereuse. M. Homberg, qui s'est prononcé contre la ratification du projet d'accord franco-américain et qui a expliqué fortement son attitude, reste partisan d'un accord sur les dettes, mais selon ce qui est juste et demeure équitable. Ce qui lui apparaît, c'est que, pour mesurer les versements en monnaie étrangère que nous pourrions effectuer entre les moins de nos créanciers, il nous faut, au préalable, avoir stabilisé notre monnçde et être ainsi en mesure de calculer, sur des bases certaines, la partie transférable de nos ressources; c'est en ce sens qu'à la formule des experts : « Ratifier pour stabiliser i, M. Homberg a opposé la proposition inverse qui lui semble à la fois plus conforme à la logique et plus compatible avec notre indépendance: « Stabiliser pour pouvoir ratifier. »
Qn ne comprend bien les orises actuelles^ dans le domaine financier, que lorsque Ton peut les comparer, dons leurs origines et leurs gravités, aux crises précédentes. M. Marion, membre de l'Institut, qui enseigne an Collège de France l'histoire des faits économiques et sociaux, nous dit dans un livre opportun Ce qu*il faut connaUre des crises financières de notre Histoire (Boivin,, édlt). Après un rapide exposé des premiers grands besoins d'argent de la Maison de France et des embarras financiers jusqu'en 1715, les crises de la Régence, de la Révolution, puis enfin celles du dix-neuvième siède y sont analysées en toute impartialité.
La lecture de ce petit volume permet de constater que les difficultés économiques présentes ne sont qu'un épisode dons l'histoire fibooncière de notre pays. Celui-ci a connu de semblables et môme de pires détresses. Et l'on aime cette conclusion réconfortante que c la France a une puissance de vitalité assez grande pour se tirer avec honneur de crises, dont d'autres ne sortiraient pas i. Dans son ouvrage, M. Marion s'est proposé i d'interroger le passé et de lui demander enseignements et conseils ; car, en dépit des modifications que le temps apporte dons les données des problèmes financiers, certains éléments demeurent, certaines conditions ne changent pas, et il y a toujours prdfit à chercher dans l'histoire financière quelques exemples à suivre et quelques autres à éviter ».
Éludes seteniifiqttes :
Lorsque, dans La Petite Illustration du 29 décembre dernier, il a été rendu compte du livre de M. Paul Soulier sur le Relief de la terre, on a pu Ure cette phrarô : «L'auteur rejette la théorie classique qui attribue les plissements à la contraction subi par l'écorce terrestre, en s'appuyant sur le noyau interne incandescent, et suppose qu'ils sont dus, au contraire, à la dilatation des gas et vapeurs surchauffés au centre de la planète,^ Ces derniers mots: c Au centre de la jdanète » sont un lapsus calami ; Ds ne sauraient exprimer la pensée de l'auteur. H faut lire que l'auteur suppose que les plissements sont dus cà la dilatation des gaz et vapeurs surchauffés inclus dans l'écorce superficielle de la planète. »
Chraniqaes du Cirjpte :
Un homme de drque, un illusionniste d'Espagne, Ramon €k>meB de la Sema, a écrit un livre, le Cirque (Simon Kra, édit,), comme, de l'aveu des trois Fratellini, préfaciers de la traduction de cet ouvrage, il n'y en avait jamais encore eu dans les archives du drque. Cet homme de métier écrit sur son métier et, par ses définitions vivantes, parfois poignantes, on sent tout oe que ces jeux de drque peuvent contenir de joie et de misère. H faut dter : ^
«... La piste a qudque chose d'une petite cour de ferme, d'une joyeuse petite cour avec des coqs, des paons, des canards, des poules et des faisans. »
« ... Quand on étend le filet sur les spectateurs, il semble qu'on va les chasser comme des p^drix. »
« ... La plus pure amazone serait celle qui passerait à travers les lunes de papier de soie sans les casser, b
« ... Cela peut paraître invraisemblable, mais la vaisselle de cirque dure plus longtemps que celle que maltraitent les cuisinières. »
« Ce domestique borgne, ou manchot, ou boiteux qui ne fait qu'aider à sortir les choses ou à serrer les cordes qui fixent le trapèze, on voit que c'est indubitablement un artiste estropié. »
lit Directeur-Gérant : Rxwt Bascbst.
Imp. de L'Illustration, 13, me Saint-Georget^ Paria (9*).