‹ Les amants enchaînés. Illus. de MayoChapitre 12 sur 29 · I I UNI I I · texte numérisé non relu

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t'soaladriit la (••llinc. parmi Ic^ ()li\icrs poussiéreux. r.icniiit. à nii i«»iiniani du clicmiii. Assise apparut dans son ma jc-stucux (k''\ rloppriiUMit. IndilTcrciit à iH'tti' \isi.)n. (icorj^es regardait du coin (U- \'iv]\ Mnii" ImiiUmicx (|ni ci)in«^lait à son corsa^H* un hou- (pu'i on c-lk" a\ait u\v\v les roses rouf^es aux ])alc's r« sos de sanit 1t;iih;mis.

I\' celle journée d'Assise, où leur double exallation n'avait cessé de croître dans le plus émouvant décor qui soit pour des âmes sensibles, tous deux avaient rai)porté la certitude de l'inévitable amour.

Quand ils se retrouvèrent le lendemain, ils ne firent même pas allusion aux heures écoulées, craignant d'en rompre le charme. Ils marchèrent longtemps dans la campagne, dissimulant sous de vaines l)aroles les pensées ((ui les agitaient.

— Arrêtons-nous, dil Hélène. \'ous dex'ez être las. X'oilà deux heures (pie nous sommes debout.

5^^ l-KS AMAN rs KNCIIAINKS

— C'est vrai ; jamais encore je n'avais fait si longue marche. Mais, à vos côtés, je ne me rends plus compte ni du temps, ni de l'espace. Une seule chose vit en moi : \ous.

Sur le tronc rava^^é d'un \ieil olix'ier dont les branches formaient un siège naturel, il s'assit. Elle s'adossa coiUre un arbre voisin. Pour la première fois depuis qu'il la connaissait, elle avait mis une robe claire. Une mousseline blanche flottait derrière son grand chapeau de paille souple, comme une voile d'allégresse.

— Oh ! dit-il, comme vous êtes belle ainsi ! Une ombre lumineuse l'enveloppait. A travers les

branchages cendrés, le soleil déjà bas à l'horizon mettait sur son visage de mouvantes taches d'or.

— Oui, comme vous êtes belle, entre ces feuillages à la fois sévères et légers, qui semblent s'incliner pour encadrer votre grâce comme eux douce et grave...

— Ah ! poète, vous êtes le jouet du décor... et peut-être aussi de' vos sentiments...

— Non, ni du décor, ni de mes sentiments... Et, s'approchant, il lui prit les mains dans un

geste de respectueuse adoration,

— A (|n<)i I). .11 (lissiimilrr j)lns lonj^lcmps et iKiiis cj^ariT \ «)|( (iitainiiiciii ': ( )ii lu- hittc |)as cuiilrc \v (li'stiii. I )n j«>nr on je xoiis ai a|)ci\'iK', j'ai t-ii la c«>n\ irli< tii <\\w ncii ne pourrait |>ln^ nu- (U'tachcr ik' \Mn>. In MTs (le la /'//(/ )\\i()i'a chanta dans ma ti-lc : / ' {)\i'\ venir celle qui doil rtahlir sur moi sa iiinii{)hili(>ii...

I^lle s'clïoi^'a (le nia.s(jucr son <;ran(l trouble en raillant :

— Ah ! CCS littérateurs, ([uils ])()ssè(lent donc de l'css. .nrccs ! Ils ont une citation toujours prêle. l\appclc/.-v<>us : c'est I louiere ([ui nous [)ernut de ui'adrcsser une première déclaration ; hier, c'était l'ialon (|ui excusait votre silence : aujourd'hui. Danle \ ient à xotre secours... (Jue \-oulez-\-ous (|ue je réponde ?

— ■ l\ien... rien... kei^ardez-moi .seulement ; je \oudrais lire le bonheur dans xos yeux...

Mais, brusquement, ils tressaillirent.

1 )"une t'erme xoisine. un chant montait, ardent et \u]j.(aire, une de ces mélodies italieiuies dont la médiocrité répu<;ne, mais ([ui correspondent cà je ne sais quelles secrètes subconsciences, à cette animalité latente (|ue uons portons tous en nous.

6o l.KS AMANTS KNcMIAINÉS

— Ah ! (lit-elle, écoutez...

l'ne voix d'homme chantait le refrain d'une romance napohtaine alors à la mode :

Perdre une anuDitc morte est légère blessure Oui peu â peu z'a se eieatrisant :

Mais la perdre vivante est atroce brûlure Qui chaque jour vous ronge plus avant.

Il s'approcha d'elle et la supplia d'un regard passionné.

— Hélène !

— Allons-nous en, dit-elle. Il est tard. Il nous faut rentrer avant la nuit.

Ils reprirent leur marche côte à côte. Une prodigieuse exaltation leur venait de tout ce qui les entourait, du décor où le soleil mourant mettait des reflets d'incendie, des senteurs de la terre s'exaspérant au crépuscule, du vent tiède sur la peau, de cette chanson triviale dont le refrain leur arrivait encore par bouffées, semblant les poursuivre.

Il se taisait, très gêné, ayant peur de l'avoir blessée...

C'est elle qui rompit le silence pour ne pas défaillir. Elle sentait ses mains moites sous les gants, ses jambes prêtes à fléchir. Alors, dans un

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^T.iinl cfïorl. rlli' m' mit ;"i parler de choses et <l aiitrci. cluTiliant à ])iTii(|rr un air déi^Mi^é. Mais, ail f'tiid dCIlt- nu'iiH'. une \ni.\ lui disait (iiTcllc était stupidc de sinuilcT ainsi et de ne pas lui axoiu-r siniploiiUMit (ju'ello l'aimait. A (pu m hon se (léfeiîdre, ))uis(|u'clK' navait d'autre désir (pie d'être vaincue: Cependant. j)i)ur cacher son trouble, elle posait d'incessantes (questions, mais elle ne savait ni ce (pi'elle demandait, ni ce (pi'il répondait. Les paroles s'en allaient h la dérive, comme des feuilles mortes

sur lin torrent. Mlle n'était ])lus (pi'un désir, ([u'un apj)el. (pi'une supplication. P'ile n'écoutait pas ce (pi'il disait. Pourtant, tout à coup, elle comprit ({u'il lui confessait de nouveau sa tendresse. Il affirmait (pi'il ne pouvait plus vivre sans elle, qu'elle tenait dans ses mains son bonheur...

.Mors, l)rus{[uement. elle s'arrêta, le re^^arda bien en face.

— Cieorges...

Sa voix s'étraiii^la. l''llc ne put prononcer autre ch(^se.

Ils se dévisagèrent, bjitre eux, tout fut dit, tout fut décidé dans l'espace de tpielques secondes.

Il répondit simplement :

6J LKS A.MANIS KNCIIAIXKS

— Merci.

lu sans ajouler un mot. d'un niènic mouvement, ils reprirent leur marche.

Le chemin s'en<;a^eait dans une i)rairie. le lon*^ d'un fossé tc»ut fleuri de menthes. Le sentier, à peine tracé, ohlii^eait Hélène à passer devant. A chaque pas. sa jupe claire battant l'herbe odorante, soulevait des flots de senteurs.

-\insi. peu à peu, l'aimable idylle avait pris la i^raxité de l'amour. Pendant une semaine, ils vécurent dans un bonheur délicieux, partant chaque matin en excursion, ])arcourant les petits villages d'Ombrie, mêlant leur joie aux paysages.

Hélène se transfigurait. Llle avait cet éclat des yeux, cet épanouissement de tout l'être qui transforme la femme aimée.

— Je ne me reconnais plus, lui disait-elle. J'ai des heures de subit rajeunissement, où je me sens légère et vive comme à seize ans.

A chaque amour nouveau, les vraies amoureuses offrent une page blanche, les feuillets précédents fussent-ils mouillés de larmes ou souillés de boue. Chez Hélène, qui avait jusqu'alors ignoré les jcjies et les tourments de la passion, la tendresse de

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<i««'iL:f^ .iiiKti.i 1111 ( liaii^cinciii («ini|>lcl. ;iii ni<>ral roininr an |)li\ si(|iu'. < r<lanl à raïuoiir inijx'Ticiix ((ui la i(tiirl)ait s<>us son joui;, elle lit alxlicalK «n (\r sa volonté, l'.lk* s'abandonna an inaitrc ardent et tort (|ni avait sn la roii(|iu'Tir.

(Juant à Ini. il était lont à la joie (Inné si donce xieloire. 11 n'avait pins à lutter. Hélène lui avait lait une si complète, une si lo\ale eonfessicju du passé (pTil m- pouvait avoir même l'ombre d'une arrière-pensée. I*ji tonte ((uiétnde. le psyeholoj^ue laissait volontairement s'en<.^our(lir cette intelligence trop lucide (pii chuchote à l'oreille des mots de doute et laisse entrevoir, dès les premiers aveux. ' les dénouements possibles.

Tous deux avaient la conviction de fixer le destin, l^t ce (pii achevait de les réjouir, c'était d'avoir l'ait enx-meiue.s leur vie. de s'elre nuituellement et librement choisis, d'être allés l'un vers l'autre i)ar runi(|ue force de l'amour, comme deux torrents, sur un même terrain incliné, se joij^nent en luèlant leurs eaux.

Ils réi^lèrent l'avenir. Il irait passer une < »u deux semaines à l\ome ponr v ternnner son ouvraj^e ; pendant ce temps, elle resterait à l'érouse. d'où elle

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annoncerait, à ses amis de Morence et à (luelques parents éloignés, la détermination qu'elle avait prise de se remarier. Puis, ils partiraient ensemble pour Paris où. d'un commun accord, ils décidèrent de résider.

La veille du départ de Georges, ils prolongèrent tard dans la soirée leur dernier entretien. Assis sur la terrasse du Giardino di Fronte, ■ ils regardèrent la nuit soyeuse descendre lentement sur la vallée. Peu à peu, s'étaient éteints les bruits de la ville. Dans la tiédeur de l'air montaient les parfums des jardins proches. Quelques rares lumières scintillaient encore aux fenêtres. Le ciel sans lune était criblé d'étoiles. Georges songeait, à ces nuits d'Orient pures et sereines, pendant lesquelles il rêvait d'un amour pur et serein comme elles.

Déjà, dans la campagne, commençait la féerie des mouches de feu. Bien que l'été fût avancé, d'innombrables lucioles volaient encore sous les chênes verts de la terrasse et sur le flanc du coteau, entre les oliviers.

— Il me semble, dit-elle, que je vis un songe merveilleux.

- Georges lui prit les mains.

Le ciel sans lune était criblé d'étoiles. Georges songeait à ces nuits d'Orient... (page 64)'

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