‹ Les amants enchaînés. Illus. de MayoChapitre 15 sur 29 · LE DRAME · texte numérisé non relu

LE DRAME

nu' l'^iiitcncy s'arrcta au premier lacet de r -^\ t** 9 l«i î*"Uie (iiii. (le la i^are. monte à réroiisc, y %ifif 4, et reirarda s'enfoncer dans la nuit le train

([ui emportait à Rome sa missive quotidienne. Avec la jmérilité des amoureuses, il lui semblait (|ue. nn'se par elle-même dans la boite du \va!L;'on-])oste. la lettre arri\ail à ( ieorj^es ])lus vite et plus sûrement.

Pendant (pieUiues minutes, les flammes de la machine ])rojetèrent des lueurs mouvantes sur la plaine noyée d'ombre. Apre^ quoi, tout retomba dans l'obscurité. Seules, des lanternes le long de la

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voie et les lueurs nuillicolores des si<;naux lirillaient ilans le irou noir.

Des ()nini])us aux \itres lreml)l()tantes, quelques tîaeres la frôlèrent. Vu tramway passa, bondé de voyageurs. Puis, sur la route, il n'y eut plus personne, i'dle éprouva, comme jamais encore, la sensation de la solitude.

Chaque jour, elle se rendait mieux compte de la place que Georges avait ])rise dans son existence. Chaque jour, elle lui adressait de longues lettres qu'elle aurait pu dater, comme Juhe de Lespinasse, quand elle écrivait au comte de Guibert : « de tous les instants de ma vie ». Elle attendait ses réponses dans une fièvre presque maladive. Un matin, ne recevant rien, elle avait eu quelques minutes de ridicule angoisse.

Des branches agitées par le vent geignaient avec des cris plaintifs. Comme s'ils prenaient peur, les arbres ont, la nuit, des mou\'ements tout autres que dans la lumière, des frissonnements précipités et saccadés. Elle fut gagnée elle-même par une frayeur qu'elle ne comprenait pas ; elle tâcha de se dominer en pensant que, bientôt, elle ne serait plus seule...

Elle hâta le ])as. Près d'un jardin, des parfums

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iKutnnu-^ Ini ani\ rri-nl . nets («.innic (lo sons. Au linirnaiit dii «IcrimT l.nct. Ii-s Inniu-rcs (\r l'rroiise t)rilKTriU. Sur la U-rrassr. iinr nnisi(|iU' jonail

('oMinu- vWv t-iiirail à l'imtc-l. elle rcniar(|na inic daiiU" t't iiiu' (ilK-ttc (\\u (IcsccndaicMit de r«>miiil)ii-. v\ à (jiii \v poriKT doiinail do (.•\j)lic-alions dans un cliaral)ia ni<>itic l'rant^ais. ni<»itir italien. Sans .y prc'irr aunrînriil attention, clic ci »ninu'n(;ait à nmntcr Icscalicr. 1( >rs(|n"cllc entendit prononcer le nom de ( ie()rj.;;es Kicliand.

Très intriguée, elle re\ int sur ses i)as. demanda d'un air inditïérenl si elle n'a\ait pas de courrier, lit semblant de consulter une affiche accrocliée dans le xestihule.

— X'rainient. disait l'inconnue, j'ai de la chance d'axoir justement choisi l'hôtel où il demeure...

Le portier lui offrit de télégraphier à Rome pour préxenir M. Kichaud de son arrivée.

— ("est inutile, répondit-elle, s'il doit être de retour dans deux ou trois jours... D'ailleurs, je réfléchirai et NOUS dirai demain matin ce (jue j'aurai décidé. Tour le moment, donnez-nous \ite une chambre ; nous arrivons directement de Paris ; ma l)au\ re tillette ne tient plus debout...

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1.0 portier lui iiulic[iui un numéro, lui lit écrire son nom sur un rei^istre et la conduisit dans l'ascenseur.

Hélène restait clouée sur place. Comme une l)ierre tt)ml)ant sur l'eau trancpiille, les paroles de l'inconnue avaient tait naître un trouble qui allait sans cesse en croissant. Elle tressaillait ninsi que dans l'attente d'un danger où l'on va risquer sa vie.

I^lle dut se roidir de tout son être pour dominer son émoi et demander au portier, quand il passa devant elle :

— Des compatriotes ?

— Si, signora.

D'une allure qu'elle s'efforça de rendre dégagée, elle s'approcha du registre et lut : (( Mme Lucile Deray ». ^

— Lucile Deray !

C'était bien le nom qu'il lui avait dit ! Elle se fit violence pour ne pas crier, serra ses poings à s'enfoncer les ongles dans la chair. Mais, devant la muette interrogation du portier, elle eut le courage de sourire.

• — Je me suis trompée... J'avais cru reconnaître cette dame...

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l'.lU' SI- (lin i;(,'.i \crs IV-scmIut. A ili;i(|iic nianlic. il lui scniMait (jnrlK- allail l<»ml)cr. Dans le couloir, elle (lut s'a|)|)u\cr au mur pour ne pas défaillir. ()uau(l rlk' lut dans sa rlianihrc. elle s"al)attit sur \v lit. d'uiu' seule masse.

C'ela avait été si imprévu et si rai)i(le qu'elle en ;;;ardail la sensation d'un coup de massue. l'Ji s'efïondrant sur le lit. elle axait cru (|U*elle ne se relèverait i)as. (pi'elle allau mourir. I*uis, comme il arrixe toujours, l'excès de souffrance amena une sorte de prostration, d'anesthésie intellectuelle. Ses sens continuaient à \i\re et elle entendait, dans sa tête vide, le battement préci])ité des artères. Elle percevait aussi les éclats de la nuisicpie jouant sur la place une de ces marches entraînantes (pie. maljj^ré st)i. on se met à t redonner en marcpiant la mesure

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tlu i)ic(l. Tuis. il y cul un l)ruil de foule (jui se relire, l ne horloge xoisine sonna. Machinalenient, elle compta les coups juscju'à dix... .\insi, il n'y avait ])as une heure ([u"elle était à la i^are... Il n'y avait pas une lieure que le même train (|ui emportait sa lettre, amenait à i\M-ouse la femme que Georges avait aimée î

l'dle se dressa et s'assit sur le lit, regardant sans voir les objets de cette banale chambre d'hôtel, auxquels peu à peu elle s'était attachée, depuis que, chaque jour, confidents de son attente, ils avaient eu la caresse de ses yeux heureux.

Elle se leva, éteignit les lampes, ouxrit la fenêtre. Une bouffée d'air frais entra avec la nuit étoilée, la fouetta au visage. Au dehors, une vaste paix régnait. Les globes électriques inondaient de lueurs crues le jardin désert. Sur la terrasse, un couple passa, les l)ras enlacés. Jamais une nuit ne lui avait paru si pleiiie de langueur. Elle en eut comme une souffrance physique. Elle sentit qu'une nouvelle explosion de sanglots l'aurait soulagée ; mais, à la gorge, le nœud était trop serré.

— Voyons, se dit-elle, il faut raisonner et ne pas aller tout de suite au pire. Un simple hasard

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a pli aiiu-iur ici crllc Uninic. rciit-rtrc \ isitc-l-cllc rilalic. rt. sach.nit {\\\v (iforj^cs l'tail à I '('toiisc. a-t-cllo \tMilii \v vv\\c>i]ii\\'r ?

Mais aussitôt , clK- ri'\ it le \isaj^c incjuict de liucoiiiHR- v\ se ra]i|)tla (|n\'IK' axait fait le \(»\a^c (rnnr traite depuis l 'aris.

reul-elrc s'aj^nt-il d'uu chanlaj^a' ? l'ourtant. cette Muie I)eray n'a pas l'air d'une aventurière... Teut-etre a-t-elle un service d'ar<.,a'nt à lui demander ." .Mais alors, une lettre aurait su Mi. lui épart,niant de gros frais...

lOutcs ses hypothèses se reinersaieiU comme (les châteaux de cartes. Chaque constatation, chaque remarc[ue la hlessait au C(eur, ainsi qu'une série de flèches frai)i)ant une cihle. lu. tout en cherchant des motifs d'espérer, elle craignait d'aller jusqu'au bout des idées ([ui lui traversaient l'esprit. I^^lle sentait (|u'un ahime venait de s'ouvrir sous ses pas : elle n'osait se pencher sur lui pour en sonder la profondeur. L'idée que son rêve allait ])eut-être finir était une douleur trop forte : elle n'y aurait pas résisté, lui semhlait-il. et. instincti\ ement. elle se cramponnait au doute. \ cherchait une atténuation, un mo\ en de se tromper elle-même.

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— je no i)uis croire (ju'il ail niciUi à ce point... u jamais, m'a-l-il dil, je ne l'ai rc\ne ; je ne sais même i)as ce ([n'elle est dexenue ». A moins ([n'il n'ait pas osé -m'ax-oner ([ne cette liaison dnrait encore... Penl-èlre cette femme vient-elle essayer de le rei)ren(lre...

D'où (jn'elle se tournât, elle se heurtait à des obstacles et des impossibilités", comme les oiseaux atïolés par l'orage se cognent à tous les arbres de la forêt.

I^lle s'accouda, de nouveau, à la croisée. La nuit, tout à l'heure, si 'douce, lui parut hostile. Un vent plus froid soufflait. Comme minuit sonnait, les globes électriques s'éteignirent ; de maigres becs de gaz clignotaient seuls de loin en loin. L'oml)re crayonnait de fusain le creux des vallons. A l'horizon, au-dessus d'un coteau, la lune traînait une clarté blafarde.

Pille referma violemment la fenêtre.

— Ah ! jamais le jour ne sera là...

Elle eut un moment l'idée d'aller sur-le-champ trouver l'inconnue ; mais elle comprit la folie d'une telle conduite. Et puis, la ruse n'était-elle pas préférable pour apprendre la vérité ?

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