‹ Les amants enchaînés. Illus. de MayoChapitre 16 sur 29 · II. DU AMI · texte numérisé non relu

II. DU AMI

l'.irntnt. je .s;inrai t« mt... his(jiu'-là. t;i'li<>n^ '!<• ne pas \i\iv...

l't. prenant nne Ixiitc <lc racheta (l«»nl elle n^ait le.s siMi"^ (le !niL;ranie et d insomnie, elle en avala phisirnis Ci >np snr c • >np.

(Jiiand MiiK' l'ontcncy s'c\ cilla. la lêtc lourde et \-i(lc, il lui fallut un loui^" moment pour reprendre conscience. Mlle se le\a. laissa un i)ei^moir. ouvrit les volets entre lesquels filtraient des rais de soleil, l'ne lumière aij^uë entra \ iolemment et l'assaillit, comme un entant turbulent aurait sauté sur elle ; elle dut mettre un instant la main sur ses yeux. Peu à peu. elle s'hahitua au jour, regarda autour d'elle. Tout, dans la chambre, axait un air si joyeux qu'à ])lusieurs reprises elle essaya de se persuader ([u'elle sortait d'un atïrcux cauchemar. Mai>. chaque fois,

S4 •■•••■^ AMAN rs i;Nri! Al nm':s

à la rétiexion, son espoir s'é\anoiiissait, comme s'cmoleiu au moiiulre souffle les boules soyeuses des j)rairies d'été.

l'dle si)nna. La femme de chambre lui apporta le déjeuner du matin. Sur le plateau, elle vit la lettre quotidienne, l^lle la prit \ivement, la lut d'un trait.

— Est-ce possible ?

Elle en arrivait à se demander si Georges n'était pas un imposteur, s'il lie lui avait pas menti depuis le ])remier jour, s'il n'était pas parti justement pour éviter cette rencontre.

Elle marcha à travers la pièce, s'arrêta devant la fenêtre.

— Ah !

Elle n'avait pu réprimer un cri si douloureux que la femme de chambre se précipita vers elle.

— Madame est souffrante ?

— Non, non... ce n'est rien... un peu de migraine... mais laissez-moi, je n'ai pas besoin de vous ce matin ; je ne sortirai sans doute pas.

Aussitôt seule. Hélène revint à la croisée. Elle vit Mme Deray, suivie de sa fillette, traverser la place inondée de soleil et s'arrêter au bord de la

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Ell<

ileva la (illelte et la hissa sur la balustrade... (page 87).

M-, f)U \MI-. 87

tfira>>M'. I .;i ji-uiu- Icininc cnnicnipl.i \v j)ay.saj4c (ju t'sionip.iicMit encore les hniiiics du malin ; dans un j^i'str (lélieieuseinent nialernel. elle souleva la fillette et la hissa sur la hahisti'ade \)(>ur le lui ni<»utrer. l'.lle l'embrassa longuement a\ant de la remettre à terre ; puis toutes deux s'assirent sur un l»,'mc du iardin.

Mme l'Ontenex exhala comme une plainte de hète blessée.

— Je n'en ])eux plus... il faut (|ue je sache... là. fC'hrilenient. elle s'habilla. Un (juart d'heure a])rès. elle sortait de l'hôtel, nu-tête, et venait ])ren(lre place sur le même banc ([ue Mme Deray. d'un air qu'elle s'efforça de rendre indifférent. Pendant un moment, elle observa du coin de l'dil celle qui était, à n'en pas débuter, l'ancienne amie de Cieorges... Plongée dans ses méditations, celle-ci ne faisait ])oint attention à l'examen dont elle était l'objet ; de temps en temps seulement, elle jetait un regard à sa llllette (pii s'amusait à dessiner sur le sable de lallêe. flêlêne remarc[ua le visage que la .s(niffrance et les larmes avaient précocement fané. .\u coin des i)aupiêres, de petites rides s'amorçaient déjà.

SS l.KS AM.WrS KXCIIAIXKS

Holcno ne se contint plus. L'nc conxcrsalion entre la mère el la tîlle lui fournil le prétexte nécessaire pour interpeller Mme Deray.

— J'entends. Madame. (|ue nous êtes l^Vançaise... Cette rencontre est une bonne fortune si rare ici ([ue je me permets de vous adresser la parole...

Aux premiers mots, Lucile avait tressailli. Mais, en regardant Hélène, elle s'était aussitôt rassurée.

— \'ous avez bien fait, Madame... C'est la première fois que je viens en Italie et je vous avoue que je me sens un peu dépaysée...

— X^ous \'enez de Paris ?

— Oui, Madame.

— Directement ?

— Oui., cela vous étonne ; je suis aussi étonnée que vous. Il y a seulement trois ou cjuatre jours, rien n'aurait ])u me faire penser que je me mettrais en route.

— Vous ne faites donc pas un voyage d'agrément ?

— Oh î non... et cependant, je suis partie avec j(jie pour retrouver un ami... J'ignorais son adresse exacte et j'ai eu la chance de descendre au même hôtel que lui. Malheureusement, j'ai appris, en arri-

\ ;ml liU'i >^i>ii, (|n il ri, ni a l\'>iiic ]»'>iii (1( n\ i ,\\ trois jitiirs t-ncorr... l'.t i'i'ii tiais jiistcmciil à nie (ImiaiKlrr si jr <|(.-\ais le prévenir <»n l»icii attcixlrc son rclonr.

I K'Kmk.' lit un L^raiid l'ItOrt pour dire d'nne voix natnrcllc :

— C'est sans doute M. ( ieori^^'s Kicliand ?

La jeune ifinine ^lu'sauta. se tourna vi\ement \ ers I lidene.

— Comment sa\ez-vous ?...

— Oh ! rien de plus simple... M. Richaud est prol)al)lenient le seul l'rant^ais (pii demeure aetuellemenl à l 'erouse et il est préeisément à Rome ees i< »urs-ei.

\ Ous lui avez parlé ?

— Mais oui. sou\ent... je l(.)me aussi au ( Irandll«'tcl ; entre compatriotes, on se lie l'aeilemenl... Mais il ne m'a jamais dit (|u'il attendait une visite ces j(>urs-ei.

11 ne l'attend pas. en etî'et. Ilélène é])rou\a un soulagement d'apprendre ([ue. sur ce pijint au moius. ( leorges ne lui avait pas menti. Mais elle \<>ulait en a\oir daxanta^e et continua aussitôt.

<M> l.KS AMANTS KXCllAlNKS

— M. Ricliaïul \a ôire heureux de cette bonne surprise.

Lucile eut un i^esle \'ague.

— je ne sais pas.

— X^ous lui a])portez de mauvaises nouvelles ?

— Je crains qu'il ne les juge telles.

Pendant un instant. Hélène imagina mille hypothèses qui s'écroulaient aussitôt. Machinalement, de son geste familier, elle redressait les lourdes masses de ses cheveux qui, nattés en hâte, retombaient sans cesse sur la nuque et sur le front. l-.lle dut se lever pour aller saluer deux dames anglaises qu'elle avait accompagnées dans une récente excursion ; mais, tout en leur parlant, elle ne songeait qu'au moyen de poursuivre l'interrogatoire. Elle les quitta rapidement et revint s'asseoir près de Lucile.

Elle lui dit, d'un air qu'elle tâcha de rendre indifférent :

— Avant de partir, M. Richaud m'a laissé son adresse à Rome. Si cela pouvait vous être agréable, je me chargerais bien volontiers de lui écrire et de le prévenir...

— V^ous êtes trop aimable. Madame ; mais, vrai-

I I Mlv.Wl I '; I

lîirnl. il \]'\ A (pic Jii<»i <|ni puisse le mettre an rourant...

I U'K'iir CMiiiprit (pi'cllc n "apprendrait rien ainsi v{ (pie. p<»nr sa\(>ir la \crité. il fallait l)rus(jucr les kliosi's. l'.lk' hésita entre plusieurs moyens et linit par se dérider p<>nr le ])lns l»riital.

1 )'nn trait, elle demanda :

— \ «>ns êtes hieii .Mademoiselle Lneile I )era\' ? ( elle-ei se dressa, comme un ressort se détend.

1 lélene la retint par le hras.

lù"outez-moi. je nous en prie... \ Ous allez \«>ir e(»mme tout ceci est sim|)le...

Docilement. Lucile se rassit.

— Je NOUS ai dit (jue j'axais fait la connaissance de M. Uicliaud. ici, il \' a ([uelques semaines. Seuls i'Vant^ais à l'érouse. nous nous sommes vite lies et axons beaucoup haxardé. Vu soir, oii nous éxo([uions nos souxenirs. il m'a raconté ([u'il axait connu, axant la j^uerre, une jeune tille des pays envahis. Or. sur le livre des étrangers descendus à l'hôtel, j'ai lu ce nom de Deray que je me suis souvenue lui axoir entendu prononcer... \'ous le voyez, il n'y a nul mystère et il est tout naturel (|ue je NOUS offre d'écrire à M. Richaud.

gJ I.KS AMAXrS KNTllAINES

- — Merci. Madame ; mais je préfère attendre >()n retour...

Hélène ne pouxait insister davantage, au moins tout de suite, b^lle changea de conversation et se mit à parler de choses indifférentes, de Paris, de la température, des voyages. Elle donna des renseignements sur Pérouse et les promenades à faire. I^lle guettait le moment favorable pour interroger à nouveau Lucile. Et, tout à coup, elle eut l'idée que peut-être sa fille lui fournirait l'occasion souhaitée. Les enfants prononcent souvent à l'improviste des paroles qui revêtent je ne sais quelle gravité fatidique.

Elle attira la fillette près d'elle.

— Quel âge as-tu ?

— Quatre ans et demi.

— - Et comment t'appelles-tu ?

— Georgette.

— Un joli nom...

• — C'est à cause de mon papa Georges, qui est parti à la guerre...

Ce fut comme un éclair dans l'esprit d'Hélène. i^Llle eut la sensation d'un nouveau coup sur la nuque. Mais, dans sa volonté de tout savoir, elle

i,r. DKAMi; «;^^

puisa la tOrcr di* m- domiinT. l'.lU- prit la tcti- «le la lilk'tlc riUrc sr^ niaiiis. t<>nriia ^« >n pt'lil visaj.^(' \ cr.s clic.

— Mais oui. vWc lui rcsscniMc...

I IclciU' rcj^arda Liuik- (jui. ii aii(|iiillcuK-iil. i\-p(»U(lit à sa niuctU' llll<.'^^(>l^^lli(>ll :

()ui. Madame, c'est la lillc de M. Kichaud.

— Il ne ureii a jatuais parlé.

— 11 ri<;n()rc.

Saiis >a\()ir au juste p<)ur(|U<)i. elle éprouxa un soulagement.

— 11 l'ignore ?*

— ( )ui. Madame, à l'heure (pi'il e^i. M. Kichaud ne se doute pas (|u'il a une tille.

— Comment est-C' possible 'f

— Rien de plus simple... M. Kichaud m'a (luittée l)rus(|uement, à la mobilisation. a\ant (|ue je sache moi-même dans (piel état il me laissait, et comme je ne l'ai pas encore re\u. il ne sait rien.

— J''t c'est ce (jue \ous \ eue/, lui annoncer ?

— Précisément

Hélène avait passé par des transes si terribles, par de telles alternat i\es de craintes et d'espoirs, qu'elle en resta un m« «nient comme hébétée, b'ile se

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stMiuiit à la fois liostilc à celle femme. doiU l'arrivée a\aii suffi pour détruire l'échafauda^^e de sa nouvelle \ie. el loul de même prise de ])ilié i)our la malheureuse ipii. elle n'eu doutait i)as, lui disait la vérité...

— Et comment axez- vous su qu'il était actuellement à l^érouse ?

— lui lisant par hasard, dimanche dernier, un article de journal. J'aurais \n\ croire à une similitude de noms. Mais l'auteur faisait allusion à son origine algérienne. Kt puis, voyez- vous, il 3^ a, quand on aime, des pressentiments qui ne trompent pas...

Ainsi, par une de ces étranges coïncidences, qui feraient croire que le destin aime à se railler de nous, c'était l'article écrit pour séduire Hélène cjui avait appris à Lucile l'adresse de Georges. Un madrigal avait déclenché le drame...

Il y eut un long silence.

Hélène, étourdie par tant de révélations, éprouvait le dé.sir de se trouver seule et de rassembler ses idées. Elle pnjfita de ce que la cloche de l'hôtel sonnait pour dire à Mme Deray :

— C'est l'heure du ])remier service ; je n'irai qu'au second. Mais vous devez avoir besoin de

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