‹ Les amants enchaînés. Illus. de MayoChapitre 21 sur 29 · LA VIE · texte numérisé non relu

LA VIE

t il clail clUrc clie/ Lucilc. ( "c ((u'clle lui

avait (lit. il aurait été bien en i)einc de

•^ le répéter. Il se souvenait seulement de

let ranime passion a\ec la([uelle sa tîlle s'était jetée

clans ses l)ras... Ouant à lui. il n'axait i)U prononcer

(pi'un seul ni(Ȕ. au milieu des larmes :

— Pardon ! Pardon !

Ainsi, en (|uel(|ues heures, tout le drame sétait déroulé, lu. aussit(")t après, la \ie avait recommencé. avec ses existences immédiates et ses soucis mescpiins. Le dc[)art d'Hélène facilitait les choses. \'is-à-vis

114 ' '-^ \M \\ is i:Niii \iNi':s

dos i^cns de l'iiôlcl. à cause de la fillotte. ils prirent aussitôt latiitiule (Vuu ménage que la guerre avait séparé et (jui venait de se réunir. D'ailleurs, qu'il' dût maintenant épouser Lucile. c'était bien évident ; eî pas un instant il n'eut l'idée d'éluder une telle conséquence. Il é\oqaait même non sans douceur ces semaines de Paris où, pour la première fois, son cœur avait battu ; il regardait avec émotion le visage de Lucile que le bonbeur transfigurait. La joie ravivait l'éclat des yeux l)leus, dont la tendresse semblait plus délicieuse à Georges, quand il la retrouvait dans les yeux de sa fille. Il se disait que si; dès l'armistice, il avait cherché Lucile, le mariage aurait déjà eu lieu et tous trois vivraient en paix dans une calme retraite. Comme tout eût été simple ! Rien de ce qui fut depuis n'aurait été... Mais c'est justement alors, qu'au fond de lui, dans les profondeurs de son être le plus secret, une voix doucereuse et insinuante lui chuchotait : — Oui, comme tout eût été simple... Mais tu n'aurais pas connu la grande passion, celle pour qui seule il vaut la peine de vivre, celle qui bouleverse un être et le hausse au-dessus de lui-même... Et la voix continuait, lui murmurait des paroles ardentes qu'il essayait vaine-

nuMil (l\''tMnrt\T.. l'ai-h »is. il en arri\;iil «î se dire (nu\ ^aiis ( lc<>rt;cHc. il aurait peut-être- pu sacrifier (le 11" «UN eau l.ueile; et une sourde raneuiie le rendait injuste en\ers sa Idle. Mais. j)res(|ue aussitôt, il se repi<Kliait la eruauté de teU sentiments ; et il luttait de t(tute sou énergie ptnu" ne plus les accueillir.

11 axait d'ahord convenu a\ec I.ucile cpi'ils rentreraient tout de suite à Paris ; i)uis. très \ ite. il l)rétexta diverses raisons pour retarder le départ. ('ha(|ue jour, il eu trouvait de nouvelles : il ne voulait pas (|u'elle refit si tôt un voyaji^^e pénible : il axait encore deux ou trois articles à envoyer ; il lui fallait copier (juehiues derniers manuscrits à la l)il)liothèciue de Pérouse ])our la documentation de son volume... Ce ([u'il ne disait pas. ce (pi'il évitait même de s'avouer en secret, c'est que. sachant Hélène à Morence. la .séi)aration lui semblait moins complète et moins détinitive tant ((u'il n'aurait pas repassé les Alpes. Si ])eu de distance était entre eux. (pi'il avait une vai^ue et mystérieuse espérance de ne ])as partir sans la revoir...

Lucile. plus soumise, plus aimante que jamais, \i\ait dans une .sorte d'extase, jouissant du bonheur d'avoir retrouvé celui qu'elle n'osait plus attendre.

IlT) 1 i:s AMANTS KXCII AIXKS

l\llc lui avait tout pardonné avant même qu'il implorât son i)arcl(Mi. Sa <]^rande préoccupation était (le ne pas lui être importune. I^lle était de celles (pie n'aigrit point le malheur, où elle^ semblent avoir puisé, au contraire, des forces nouvelles de dévoue-' ment et de générosité. Elle parlait parfois d'Hélène et. malgré une inévitable pointe de jalousie, elle la plaignait. Quand il s'en étonnait, elle lui disait très simplement :

— Mais non. mon ami, c'est tout naturel... Il ne faut pas être égoïste lorsque l'on est heureux... Puisqu'elle m'a avoué qu'elle t'aimait, comment ne souffrirait-elle pas ? Et toi qui l'aimais aussi, il n'est pas possible que tu l'aies déjà complètement oubliée...

Il l'arrêtait, ému par tant de bonté et redoutant de se laisser gagner par les souvenirs.

— Je t'en prie, Lucile, ne me parle plus d'elle... C'est vrai, je l'aimais ; mais j'étais ou plutôt je me croyais libre. Du jour où je t'ai revue, tout a été fini. Nous avons maintenant un foyer à refaire. Je ne dois plus vivre que pour toi...

Alors, il luttait de toute la force de sa volonté tendue pour oublier Mme F'onteney. Avec fièvre, il

Et d'imaginer que. là-bas, Hélène, ne dormant pas non plus, pleurait peut-être son bonheur perdu et tendait ses bras vers lui... (page 121)

Page 1