Campardon, Nouvelles pièces, p. 100, vin NOTICE
ARISTIONE . . . MIlcs Madeleine Béjart.
ERIPHILE .... Molière.
VÉNUS De Brie.
CLÉONICE .... Hervé ou Marotte.
IPHICRATE. . . . MM. Hubert.
TIMOCLÈS .... Du Croisy.
SOSTRATE . ... La Grange '.
ANAXARQUE. . . La Thorillière ou Béjart.
CLÉON Chasteauneuf ou Prévost.
CHORÈBE .... De Brie.
CLITIDAS .... Molière.
Ce dernier seul est non douteux. Son costume est ainsi décrit dans l'inventaire du 14 mars 1673 :
« Un habit de Clitidas, consistant en un ton-nelet, chemisette, un jupon, un caleçon et cuissards, ledit tonnelet de moire verte, garni de deux den-telles or et argent : la chemisette de velours à fond d'or ; les souliers, jarretières, bas, festons, fraise et manchettes, le toul garni d'argent fin 2. »
Le spectacle dut être magnifique. Nous pouvons en donner une idée, grâce à V « Extraordinaire » de la Gazette du 21 février 1670.
- Une superbe toile ou rideau fermant le théâtre représentai!, dans un tableau bordé d'une grande frise de trophées, un soleil au milieu, avec le mot d'Horace : Aliusque, et idem. Du côté droit de ce
1. La Grange reçut 200 livres pour son habit des Princes magnifiques {Registre, p. 144).
2. Pour la coupe et la disposition de ces costumes, voir la figure de Brissart et Sauvé dans l'édition de 1682,
NOTICE ix so/e//, Apollon dans les airs, sur un nuage, vient de terrasser à coups de flèches les Cyclopes et le ser-pent Python, renversés sous les croupes de plusieurs montagnes tournées vers V éloignement. A gauche, le même dieu au sommet du Parnasse, environné des Muses et répandant des fleurs sur tous les Arts, qui sont au pied de la montagne.
1er Intermède. ■— La toile se lève. Ouverture instrumentale. Une Vaste mer occupe tout le théâtre, s'ouvrant sur l'horizon à perte de vue, bordée de chaque côté de quatre grands rochers, dont chaque cime porte le dieu d'un fleuve appuyé sur son urne. Au pied de ces rochers, six Tritons de chaque côté : au milieu de la mer, quatre Amours, montés sur des dauphins, et derrière eux Eole, sur des nuages, commande à tous les venls, à la réserve des Zéphirs, de se retirer en leurs cavernes.
Changement à vue; les flots du devant dispa-raissent et font place à une île. Huit pêcheurs de nacre et de corail font une première entrée de ballet.
Musique. Entrée de Neptune sur une coquille por-tée par quatre chevaux marins, accompagné de six dieux marins.
La comédie commence. Décor : verdoyant paysage de la vallée de Tempe, en vue du fleuve Pénée.
3e Intermède. — Une forêt. Berceau de vigne , soutenu par des statues représentant toutes les na-tions. Pastorale.
b s NOTICE
4e Intermède. — Changement à vue. Une grotte. Huit statues font une entrée.
Au 4e acte, changement à vue. Vénus, quatre déesses, quatre petits Amours. La machine descend et s'avance jusqu'au milieu de la scène, puis est enlevée dans une petite nue par-dessus l'ouverture du théâtre. Deux Amours s'envolent. Fin de la comédie.
6e Intermède. — Jeux pythiens. Vaste salle en amphithéâtre, remplie de spectateurs peints, vêtus à la grecque. [Qu'est devenu ce singulier décor, qu'il eût été vraiment curieux de conserver?)
Dernière entrée. Apollon. Danse héroïque, et la pièce finit au son des trompettes. La musique de Lulli fit merveille, et les machines de l'ingénieur Vigarani allèrent, c'est bien le cas de le dire, aux nues 1.
Molière, nous l'avons dit, ne donna pas sa pièce au public. Elle ne fui imprimée pour la première fois que dans le tome huitième et dernier de l'édi-tion de 1682 2, et ce ne fut que quinze ans après la
1. On peut voir les frais considérables entraînés par ce Divertissement vraiment o Royal » dans les comptes des Menus-Plaisirs, publiés par M. Campardon d'après le carton O 1, 28i5 des Archives Nationales.
Voir aussi l'Estat de la depence faite pour le dernier balet donné à Saint-Germain-en-Laye par le commandement de S. M. depuis le 260 février jusques au 9e mars 1670. (O 1, 2984.) On y trouve 0 une calesche pour le sieur Molière, à raison de 11 livres par jour, deux jours font 22 livres ».
2, ôoizet cite, il est vrai, une édition d'Amsterdam,
NOTICE xi mort de Molière, en 1688, que fut donnée la vraie première, sur le théâtre de Guénégaud, le vendredi 1 5 octobre.
Des interprètes de la création, il ne restait que La Grange, Hubert, Du Croisy, et Mlle Molière deve-nue Mme Guérin. — Raisin, Beauval, Dancourt, Gucrin, M"« Beauval et Raisin se partagèrent les autres rôles de la pièce, qui eut neuf représentations jusqu'à la fin du mois et encore quatre jusqu'à la clôture de Pâques, c'est-à-dire jusqu'au transfert de la Comédie à son nouvel hôtel de la rue des Fossés.
Toujours accompagnés d'une autre pièce (AMPHI-- TRYON, MÉDECIN MALGRÉ LUI, NOTAIRE OBLIGEANT, COUPE ENCHANTÉE, POURCEAUGNAC, DÉSESPOIR EXTRAVAGANT, CRISPIN MÉDECIN, GEORGE DANDIN), les AMANTS MAGNIFIQUES n'eurent pas grand succès et rcalisèreni de maigres recettes. Les plus fortes furent de 1,200 liv. i5 s. (un dimanche, et avec les « Mandarins » dans la salle!), de 1,459 liv. 1 5 s. (le lundi gras), et de 1,132 liv. 1 5 s.
.M. Despois a compté 28 représentations de 1688 à 1700.
En 1704, les comédiens en tentèrent une reprise qui fournit seulement 13 soirées, et oneques depuis la pièce ne revit les chandelles allumées.
Guillaume le Jeune (à la Sphère), in-12, de 72 pp., 1681 ; mais c'est une faute d'impression, la vraie date est 16841 XII NOTICE
Ce fut avec un prologue et des divertissements du comédien Dancourl ' et une musique nouvelle de Gillicrs que les AMANTS MAGNIFIQUES reparurent le vendredi n juillet. La recette fut de 1,037 liv. 8 s. Guérin, Du Périer. Lavoy, Ponteuil, Du Bocage, Dangcville, La Thorillière, Dancourl, Dufey, Salle, Le Grand, Fonpré, Baron fils, Mllcs Beaubour, Dufey, Fonpré, Champvallon, Dangeville, Des-mares, Mimi Dancourl et Salle se multiplièrent tant dans l'oeuvre de Molière que dans les intermèdes de leur camarade.
Dancourt avait remplacé le premier intermède par un prologue où la Fortune, Neptune et l'Amour de-visaient dans la vallée de Tempe. Dans le second, des musiciennes et des danseurs remplaçaient les pantomimes de 1670. Le troisième est une nouvelle pastorale avec entrée de Faunes et de Dryades. Dans le quatrième, Pan remplace le ballet des Statues. Le cinquième est un concert italien ; enfin, une noce champêtre a pris la place de la solennité des Jeux Pythiens. Pour amener ce dernier intermède, Dan-courl a dû récrire et prolonger le dialogue d'Eriphile et de Clitidas, et cette page de prose a été recueillie dans ses CEuvres, où. la trouveront les curieux de ressemelages littéraires.