ACTE V, SCÈNE I
Je devrais vous faire peut-être, pour orner mon
récit, une description étendue, du sanglier, dontje
parle, mais vous vous en passerez,, s'il vous plaît,
et je me contenterai de vous dire que c'étoit un
fort vilain,animal. Il passoit son chemin, et il étoit
bon de ne lui rien dire, de ne point chercher de
noise avec lui;, mais là princesse a voulu égayer sa
dextérité, et de son dard, qu'elle -lui.a-lancé'un
peu mal à propos, ne lui en déplaise, lui a fait au--
dessus, de l'oreille une assez petite blessure. . Le
sanglier, mal mùriginé, s'est impertinemment dé--
tourné contre nous ; nous étions là deux ou trois
misérables qui avons pâli de-frajreur; chacun ga--
gnoit son arbre, et la princesse, sans défense, de--
meurait exposée à la furie de la bête, lorsque
Sostrate a paru, comme si les dieux l'eussent en--
voyé.
ERIPHILE.
Hé bien, Clitidas ? .
. CLITIDAS. :
Si mon récit vous, ennuie. Madame, je remet-- ■ irai le Teste à une autrefois. .
. ERIPHILE.
Achève promptement.
CLITIDAS.
Ma foi, c'est promptement, de vrai, que j'achè--
verai, car un peu de poltronnerie m'a empêché de
voir tout le détail de. ce combat ;-et tout ce que je puis vous dire, c'est que, retournant sur la place, nous avons vu le sanglier mort, tout vautré dans son sang, et la princesse, pleine de joie, nommant Sostrate son libérateur et l'époux digne et fortuné que les dieux lui marquoient pour vous. A ces pa-roles, j'ai cru que j'en avois assez entendu, et je me suis hâté de vous en venir, avant tous, apporter la nouvelle.
ERIPHILE.
Ah ! Clitidas, pouvois-tu m'en donner une qui me pût être plus agréable ?
CLITIDAS.
Voilà qu'on vient vous trouver.