‹ Les amants magnifiquesChapitre 7 sur 48 · ACTE I, SCÈNE I i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I i

SOSTRATE

Trop de choses, hélas! condamnent mes feux à un éternel silence !

CLITIDAS.

Hé, quoi ?

SOSTRATE

La bassesse de ma fortune dont il plaît au Ciel de rabattre l'ambition de mon amour ; le rang de la princesse, qui met entre elle et mes désirs une distance si fâcheuse ; la concurrence de deux princes appuyés de tous les grands titres qu 1 peuvent soutenir les prétentions de leurs flammes; de deux princes qui, par mille et mille magnifi-cences, se disputent à tout moment la gloire de sa conquête, et sur l'amour de qui on attend tous les jours de voir son choix se déclarer; mais plus que tout, Clitidas, le respect inviolable où ses beaux yeux assujettissent toute la violence de mon ardeur.

CLITIDAS.

Le respect bien souvent n'oblige pas tant que l'amour, et je me trompe fort, ou la jeune prin-cesse a connu votre flamme et n'y est pas insen-sible.

SOSTRATE

Ah ! ne t'avise point de vouloir flatter par pitié le coeur d'un misérable. i6 LES AMANTS MAGNIFIQUES

Ma conjecture est fondée : je lui vois reculer beaucoup le choix de son époux, et jeveux éclair-cir un peu cette petite affaire-là. Vous savez que je suis auprès d'elle en quelque espèce de faveur, que j'y ailes accès ouverts, et qu'à force de me tourmenter, je me suis acquis le privilège de me mêler à la conversation et parler à tort et à tra-vers de toutes choses. Quelquefois cela ne me réussit pas, mais quelquefois aussi cela me réussit. Laissez-moi faire, je suis de vos amis; les gens de mérite me touchent, et je veux prendre mon temps pour entretenir la princesse de...

SOSTRATE

Ah ! de grâce, quelque bonté que mon malheur t'inspire, garde-toi bien de lui rien dire de ma flamme. J'aimerais mieux mourir que de pouvoir être accusé par elle de la moindre témérité, et ce profond respect où ses charmes divins...

Taisons-nous, voici tout le monde.

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