A ALBERT MÉRAT
Seront-ils toujours là quand nous disparaîtrons ?
Les voilà, roidissant leurs vénérables troncs
Qui des vents boréens ont lassé les colères,
Eux, les arbres, longs murs de héros séculaires
Durcis aux noirs assauts des hivers meurtriers.
Inexpugnable IjIoc d'immobiles guerriers
Qui sous le choc prochain des rafales nocturnes
Pour un instant se font tout à coup taciturnes,
Solennels et géants, horribles et nombreux,
Et défiant la mort comme les anciens preux !
Chênes, Trembles, Bouleaux, Sapins, Hêtres et Charmes
Semblent marcher par rangs de squelettes en armes
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FORET D HIVEK I43
Dont Tâme rude a fait dlnvindbles remparts;
Et du sol reluisant de leurs débris épais
Ils se dressent humant le parfum des batailles.
Tout cuirassés d'écorce ou pourfendus d'entailles
Où demain viendront boire et chanter les ramiers.
Et leur cîme s'emmcle en d'immenses dmiers.
Des frères sont tombés dans un adieu sonore,
Cada\Tes hérissés sur la lisière encore ;
Mais dans l'armée au cœur iniompuble, beaucoup
Sont morts depuis longtemps qui sont restés debout.
Ils sont tels, ces captifs rigides, que l'outrage
Étemel les retrouve augustes dans notre âge.
Et tel est leur silence aux approches des nuits,
Que la vie en a peur et fait taire ses bmits.
Et que le fils errant des époques dernières.
L'homme, ainsi que la béte au fond de ses tanières.
Se retire â la hâte, écrasé sous le poids
Des lourds mépris qu'il sent tomber dans l'air des boîs
Sur tous les vains espoirs où son désir s'enivre.
Et le rouge soleil saigne à travers le givre
Dans l'enchevêtrement des ténébreux lutteurs ;
Puis tout s'éteint ; la nuit aux démons insulteurs
Monte multipliant Tépaisse multitude ;
Et de leur propre horreur sacrant leur solitude.
Eux, les arbres, debout, garderont sous les vents
L'obscur secret du rêve où sont nés les vivants.