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LA RENCONTRE
TULLIA
Qu'il a soif de croyance !
FABIEN
Et faim d'hypocrisie !
A part.
O misérable orgueil ! Q.u 'es-tu donc, jalousie ?
TULLIA
Je sais qu'il peut grandir sous des regards ingrats 1
FABIEN, à part.
Oh î pouvoir lui rouvrir éperdûment mes bras 1
TULLIA
Je sais qu'il met en moi l'ardeur dont toi tu brûles !
FABIEN
Tu sais qu'il meurt aussi sous des lèvres crédules Et boit au souvenir comme on boit au Léthé !
Mais s'il renaît en vous de sa duplicité, Crois-tu qu'il ne soit fait pour nous que de bassesse? Non ; de sa propre gloire il s'enivre sans cesse ; Et quand sa propre honte a fait son piédestal, Il ne redesoend plus à soa tréteau natal !
LA RENCONTRE
Et, tout éclaboussé de sa cendre avilie, L*amour peut pardonner, mais jaixuds il n*oublie?
XULLIA, après un court silence.
O Fabien ! je comprends à présent ton orgueil I
Et, fîère aussi, j*irai, muette, sous le deuil
D'un bonheur dont l'amour est le gardien farouche
Et qui nous entre au cœur en nous fermant la bouche!
Lui-même il nous sépare, ayant en moi versé
Même frisson hautain, même horreur du passé,
Agrandissant en moi ta blessure profonde.
Mais en laissant en toi mon âme, morte au monde !
Elle se dirige vers la droite pour sortir.
FABIEN, suppliant, les bras vers elle, O Tullia I pardonne à ton tour ; j'étais fou !
TULXIA, après un moment d'ijèsitation, revenant vers lui. Eh bien,, jette-moi donc tes deux bras à mon cou !
Fabien veut s'élancer vers elle, mais il s*arrète, et ses bras ouverts retombent comme malgré lui.
Ton amour se révolte, hélas ! contre lui-même ! Et le mien n'en sait voir qu'une preuve suprême. Hélas ! dans cet affront cruel pour tous les deux ! Sur tes bras retombés quand j'avançais près d'eux. Pèse de tout son poids l'idole profanée ;
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LA RENCONTRE
Et de loin vers ta bouche à regret détournée
Une idole nouvelle et sans tache apparaît,
Qui dans tes bras fermés sur-le-champ tomberait
En poussière avec toi ! D'aujourd'hui je m'éveille I
Et ton amour m'a faite enfin à toi pareille,
Jalouse aussi de fuir un mépris mutuel !
L'amour est maintenant pour nous deux comme un ciel
Où dès qu'on y pénètre on en devient indigne.
Mais dont Féclair lointain nous sacre de son signe.
Auréole saignante à toute heure, en tout lieu,
Qiie nous emponerons dans notre tombe ! Adieu !
Cher amant, désespoir de mon âme ravie !
Nous nous sommes trouvés trop tôt dans cette vie.
Nous nous sommes connus en ce monde trop tard !
Adieu ! regardons-nous dans un dernier regard.
Pour que toujours au loin notre image s'y dresse,
Ivre d'un souvenir d'impérissable ivresse,
Fabien, et d'un sanglot immortel !
Elle va pour sortir.
FABIEN, qui S* est laissé tomber, accahU, sur le banc.
Malheureux !
Je la laisse partir ! Oh ! le cœur est affreux ! Je suis seul désormais ! Tullia I
Il fait quelques pas.
TULLIA, tournée vers lui.
Tu blasphèmes !
L'impossible baiser que nous fuyons nous-mêmes,
îkQfti
LA RENCONTRE
Qpe le vent à jamais rapportera vers moi, A jamais s*en ira de mes lèvres vers toi !
Et toujours il vivra dans notre cœur fidèle^ L'amour^ qui vient d'ouvrir entre nous sa grande aile !
Elle sort lentement.
Fabien la regarde, désespéré, semble vouloir s'élancer i sa suite, puis s'arrête, et sort précipitamment de l'autre côté.
Le rideau tombe.
CO%OT
Dans la rue où je vais d'ordinaire cherchant Un imprévu qui brille aux portes d'un marchand, Ce matin, un tableau, l'honneur de sa vitrine, Ëtincelait du sceau qui de loin se devine.
Précieuse rencontre ! Intime émotion Déjà depuis longtemps connue ! Attraction QjLi'en chemin tant de fois j'ai sentie et suivie, Et qui sur le trottoir me clouant me convie A quelque incomparable et long recueillement ! Enlevé tout à coup délicieusement Hors des réalités odieuses et vaines, Par un charme allégé de la lourdeur des peines, Comme loin des laideurs d'alentour, des devoirs Fastidieux par qui nos ennuis sont plus noirs.
COROT
in
Libre un moment des fils que tend la destinée, Je reste là, prunelle ouverte et fascinée, Et tout entier me sens envahir, ennobli Par la sérénité faite de tant d*oubli.
Et je m*éloîgne en vain ; la vision magique Demeure en mon cerveau comme une image unique ; A^ travers les labeurs journaliers je la vois ; Au fond de ma mémoire elle évoque parfois Les cadres familiers da vieux maître que j*aime, D'autres sans doute encore ignorés de moi-même, Si bien que toute l'œuvre illustre où je me plais Me semble pendre aux murs d'un triomphal palais.
L'ineffable spectacle, et l'ivresse muette I
Alors, tout à mon gré, j'erre dans une fête
Que ta présence vient illuminer, 6 toi
Dont la forme impalpable est toujours près de moi !
Avec toi bénissant chaque métamorphose.
Sans fin je me promène et sans fin me repose
Parmi les oasis d'un monde nouveau-né.
Dans son aurore pure et naïve baigné
De rosée au reflet virginal ; sa fraîcheur
Vers lé sol par endroits condensée en blancheur
Filtre en nous, te consacre et mci me purifie.
Oh ! tous les deux sourire en admirant la vie
Dans le sourire clair des primitifs printemps !
Nous repaître les yeux sans cesse en même temps
COROT
De la suavité d'innocents paysages Par un art claivoyant surpris dans leurs mirages ! Ensemble ainsi marcher et rajeunir en vous, Jeunesse arborescente aux lacs discrets et doux, Aux prés élyséens, aux couples idylliques, Aux apparitioiis des soirs mélancoliques !
Toujours une harmonie adorable nous suit, Nous enveloppe ou nous absorbe ou nous conduit. Une âme saisissable et fidèle et candide Toujours ondule autour d'un l)ranchage fluide, Toujours palpite au loin sur de vagues coteaux. Toujours tremble au-dessous de transparentes eaux. Oh! Lui laisser ravir nos deux âmes unies.
En souffles confondus dans mille symphonies, Et nous, dans la tendresse universelle, au sein De la grâce idéale et du fuyant dessein Des choses, nous sentir confusément renaître. Ou nous évaporer l'un et l'autre peut-être Au fond d'un crépuscule antique, en ces moments Où la terre et le ciel sont pleins d'enchantements.
Ici le poids des jours alourdit l'atmosphère. Cher fantôme toujours présent, toi qui sais faire De ma vie un seul rêve, approche-toi ! Je veux, T'associant encore à-chacun de mes vœux, Jouir du calme jour qui jamais ne s'achève Dans les créations du grand peintre du rêve.
COROT 137
AUX routes d'aujourd'hui tournons encor le dos 1
Viens nous réfugier dans les eldorados
Que seul put entrevoir et léguer le génie,
Dans les édens où court une sève infinie,
Où circule à jamais un air plus caressant
Qu'une aile séraphique et large qui descend I
Ah ! la paix, nulle part ailleurs qu'en ces retraites,
Ah ! nulle part ailleurs, dans nos âmes distraites
L'oubli, comme un secret bienfaisant d'avenir.
Ne sauraient monter mieux ni mieux s'épanouir I
Là, tout me saluera puisque tu m'accompagnes ;
Et sous aucun feuillage épais de nos campagnes.
Sur aucun des gazons que foule un pas humain,
Nous n'irons plus légers, en nous tenant la main,
Les poumons plus gonflés d'une béatitude
Surnaturelle, offrant à chaque solitude
L'intérieur trésor d'une fraternité
Indissoluble. Loin de l'énorme cité,
La nature, là-bas, pour que tu t'extasies,
Semble s'éterniser en ses heures choisies.
On dirait que là-bas l'élan mystérieux .
D'un désir, d'un regret peut-être, sous nos yeux
Fait par effluve long, par attirance lente,
Croître la créature et s'animer la plante ;
Et tout paraît n'avoir pour but dans l'horizon
Que toujours aspirer l'éparse exhalaison,
En s'exhalant toujours soi-même aussi, tranquille
D'exister puur la même existence facile.
CÔRÔf
Fuyons les jours maudits qui tombent du vrai ciel ! Disons adieu bien vite à l'univers réel !
Partons ! Ressuscitons en ces nobles patries ! Vois ces brumes rasant les pentes des prairies ! Tout près, nous attendant sur les rives en fleurs, Des barques ont gardé pour nos esprits meilleurs Le complaisant accueil qui berce les pensées. Entrons-y, puis au cours d'insensibles poussées Glissons sur ces bassins faits de molles clartés, Sur ces étangs par l'aube étemelle argentés.
Tout est féerique autour de nous, tout est surprise ; En nous de même tout se spiritualise ; Et chaque halte auprès des saules vaporeux, Sous un ciel pommelé qui ne répand sur eux Ni le rayon trop vif, ni l'ombre où tout se noie. Nous promet on ne sait quelle nouvelle joie I Ces sentiers indécis, où nous conduiront-ils ? Ces gazons si moelleux bordés d'arbres subtils, De bouquets éclatant en flocons sur des tiges. Où mènent-ils, sinon par d'inconnus prestiges Aux habitations légendaires du cœur, Aux toits bâtis exprès dont l'hôte est le bonheur ? Écoute s'élever de partout la musique D'un hymne merveilleux, reconnaissant cantique, Un concert entendu pour la première fois, Chant suprême des chants, voix de toutes les voix
COROT 159
Des êtres qu'un frisson marie et renouvelle Dans une édosion sainte et perpétuelle.
Des pays de Jouvence aux célestes matins Où nous aurons trouvé tous les secrets lointains, Tari tous les nectars aux saveurs indicibles, Bu tous les philtres, tous les baumes invisibles. En de changeants décors transportés, contemplons Les coins voluptueux, les séduisants vallons Du royaume des soirs pâlis ! L'un près de Fautre, Ainsi qu'en un berceau redevenu le nôtre, Là goûtant des loisirs religieux, nos fronts Parsemés de lueurs furtives, nous pourrons Sentir nous arriver sur de tièdes haleines Les vivantes odeurs qui tournent sur les plaines. Les croyances des temps qui ne sont plus, alors, En ce qu'elles avaient d'aimable» et sans efforts, /- Refleuriront en nous dans un site propice,
Non loin d'un seuil sacré que le lichen tapisse ; Un vent soulèvera tes cheveux et les miens ; Un cri réveillera l'âme des bois païens ; Et soudain, sur les bords des sources bleuissantes, Dans quelque haut fouillis d'herbes phosphorescentes, Nous verrons devant nous passer des corps divins, Nous surprendrons au son du pipeau des sylvains Les Nymphes s'attardant aux rondes d' Arcadie 1 Sous la ramure proche et sombrement verdie,
COROT
Nous pourrons partager en égarant nos pas Les espoirs éthérés que Tarbre ne dit pas, Nous-mêmes parfumant de nos deux consciences Un brouillard de parfums et de réminiscences ! Ou bien, sur quelque tertre indolemment assis, Maîtres du temps qui coule, exemptés des soucis. Emplis d'échos au bruit des feuilles sur nos têtes, A demi disparus sous les ténèbres prêtes, Nous pourrons regarder au loin et voir longtemps Se diaprer l'azur et ses crêpes flottants, S'effacer par degrés les contours des collines. Toutes choses se fondre en nuances plus fines, Et s'étendre au-dessus dos hameaux enfouis Le voile diaphane et nuptial des nuits !
Car l'Amour est vraiment le dieu de ces contrées, Merveilles pour lui seul et par lui seul créées, Séjours miraculeux, exils d'élection Que conserve aux amants la fée illusion.
Dans ces asiles sûrs qu'aucune main n'offense, Tous, ils recouvreront la foi de leur enfance, Le symbole perdu du silence ou d^s mots.
Et dans leurs battements les battements jumeaux De tout ce qui cherchant l'appel qui lui réponde Se dilate et frémit sous la brise féconde !
S'aimer dans ces nombreux paradis de beauté, C'est s'abîmer tous deux dans la félicité
COROT
D'un immatériel et surhumda mystère ;
C*est se ressouvenir, ou marcher sur la terre
Comme deux voyageurs que n'atteint plus la mort,
Ignorant le mensonge et la haine du sort,
Les crimes, les combats des hommes et leurs feintes.
Ne connaissant plus rien par de là leurs atteintes,
Bien loin de leurs autels et de leurs vils encens,
Rien que la fusion de l'esprit et des sens
Dans l'immortel Amour, le Souverain immense
Qiii met toute sa gloire en toute sa clémence !
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FORÊT d'hiver
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