OBIIT DIE V SEPTEMBRIS
ANNO MDCCLXV
jETATIS SUiE LXXIII
Il existe de nombreux portraits de Caylus qui paraissent tous ressemblants. Son visage , fort peu correct, était plein de physionomie; ses yeux, voilés de paupières un peu fortes, paraissent vife et brillants. La lèvre inférieure déborde légèrement sur la lèvre supérieure comme dans la tête de Voltaire ; des traits ébauchés plutôt que touchés à larges plans, un mélange de vulgarité dans la forme et de finesse dans l'intelligence, tel est le caractère que cette physionomie conserve dans la mémoire. Les principaux de ces portraits sont celui, gravé en 1752 par Cochin le fils; celui donné par littret en 1766, en tête du dernier volume du Recueil d'anti* quités; celui gravé par Gautier -Dagoty; et enfin iin.
Le Comte de Caylus. 283
portrait ovale, tourné à gauche, et gravé sans doute par Cochin. On lit au bas ce quatrain qui fait compensation au distique de Diderot :
Misanthrope par volupté, Il cultive les arts en philosophe aimable ,
Et vit trop en homme estimable Pour n'être pas taxé d'originalité.
Par son meilleur ami.
Je soupçonne fort ce meilleur ami d'être Mariette. Quant au portrait moral , voici le passage quç Grimm consacre à Caylus, et où Ton sent un fond de justice et de vérité sous une forme peu bienveillante :
« On disoit de lui, avec assez de vérité, qu'il étoit le protecteur des arts et le fléau des artistes, parce qu'en les encourageant, en les aidant de sa bourse, il exigeoit une déférence aveugle pour ses conseils, et après avoir commencé par le rôle de bienfaiteur, il finissoit souvent par celui de tyran. Mais si son caractère pouvoit avoir des inconvénients pour les artistes, le bien qu'il a fait aux arts emporte de beaucoup la balance de ses torts. Le comte de Caylus jouissoit au moins de soixante mille livres de rente; il n'en dépensoit pas dix mille par an pour son entretien. Des bas de laine, de bons gros souliers, un habit de drap brun avec des boutons de cuivre, un grand chapeau sur la tête, voilà son accoutrement ordinaire, qui n'étoit pas assurément ruineux. Un carrosse de remise faisoit le plus fort article de sa dépense. Tout le reste étoit employé à faire du bien et à encourager les talents. Se présentoit-il un jeune homme avec d'heureuses dispositions et sans pain, comme il convient à un nourrisson des Muses, le comte de Caylus Fétablissoit dans râtelier d'un bon maitre de l'Académie, payoit sa pension , présidoit à son éducation et pourvoyoit à tout. Le public lui doit, de cette manière, les talents de Vassé
284 Les oAmateurs d'autrefois.
et de plusieurs jeunes artistes de l'Académie de peinture et de sculpture.
» Ce qu'il y a encore de singulier dans un homme qui s'étoit entièrement voué à l'étude et à la passion des arts , c'est qu'il avoit Pair rustre et les manières dures, quoiqu'il eût beaucoup de bonhomie dans le fond. Ce qui n'est pas moins étrange, c'est qu'avec ces goûts, qui paroissent supposer tant de délicatesse et de chaleur d'âme, il n'avoit pas l'air sensible; il écrivoit platement, sans imagination et sans grâce (1). »
Que le comte de Caylus fût un amateur réel, qu'il n'entrât pas autant de calcul que de passion dans ses goûts, je n'en jurerais pas; mais ce qui est indiscutable, c'est l'influence qu'il a exercée pendant quarante ans, influence qui fut sans égale et sans contrôle dans les arts et dans les sciences. Aucun de ses confrères dans la curiosité n'a été servi aussi favorablement par le hasard. Ses goûts ont laissé une trace dans l'art français, ses opinions ont été écoutées comme des arrêts, ses sympathies ont formé des artistes, ses aversions ont fait des malheureux. Il est, suivant la remarque désobligeante de Marmontel, le restaurateur du style simple, des formes simples, du beau simple. Par Bouchardon et Vien, par la recherche de l'antique mal interprété et mal compris, il a directement produit David. C'est son influence qui a poussé l'art français hors des limites de son génie propre, qui sont la grâce, le charme, la facilité. Pour réagir contre l'art affadi de Boucher et de Vanloo, il a réussi à rendre la beauté antique ridicule
(1) Grimm, Correspondance littéraire. Septembre 1765.
Le Comte de Caylus. 285
et ennuyeuse entre les mains de Durameau ou de Berthélemy. L'archéologue a déteint sur l'amateur. La science a fait tort au goût. Cela arrive quelquefois. Mais qu'il fut ou non dans le faux, il a su se créer une figure à part au milieu d'un siècle qui n'a produit que bien peu d'originaux de bonne foi; et comme tel, il méritait une place importante dans cette galerie des amateurs d'autrefois.
Octobre 1859.
JEAN DE JULLIENNE
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JEAN DE JULLIENNE
ous avons passé en revue divers types d'amateurs. J'ai essayé de montrer dans I Crozat l'amateur financier, dans le comte I de Caylus l'amateur grand seigneur, dans la Roque l'amateur homme de lettres; nous allons voir chez Mariette l'amateur marchand. Voici une nuance nouvelle : c'est l'amateur industriel et négociant, demandant aux choses de l'art de le distraire des occupations de son négoce. Cette nuance se personnifiera dans la figure de messire Jean de Jullienne, écuyer, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, amateur honoraire de l'Académie de peinture, propriétaire des manufactures de draps fins et écarlates des Gobelins, comme dit la notice du beau portrait gravé par Baléchou en 1752.
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Un des plus pauvres quartiers de Paris , le faubourg Saint-Marceau , est aussi un des seuls endroits que les démolitions n'aient pas atteint , et où Ton puisse retrouver cette physionomie que la lente succession du temps prête aux œuvres des hommes. C'est surtout à l'extrémité du faubourg, dans les environs de la manufacture des Gobelins, que cette physionomie présente le caractère le plus sensible. Les ruelles étroites et tortueuses conduisant de la rue Mouffetard à la Bièvre rappellent certains aspects de la Cité il y a quinze ans. La différence , et elle est grande , vient de la population qui les habite. Dans la Cité, c'était la misère vicieuse, dépravée, suant la débauche et le crime; ici, c'est la pauvreté laborieuse, honnête, respectable. Les passerelles, les ponts, les voûtes qui aident aux rues et aux manufactures à enjamber le canal où la Bièvre roule lentement la bourbe fétide de ses eaux , se profilent et s'éclairent d'une façon singulièrement pittoresque. Il faudrait la brosse d'un Decamps ou d'un Isabey, la plume d'un Théophile Gautier, pour rendre l'effet de cet étrange Pandémonium de léproseries qui change et se modifie à chaque coude de la rivière.
La Bièvre, qui semble destinée à donner le typhus au quartier qu'elle traverse, est précisément ce qui Ta fait naître, le fait vivre et prospérer. Dès le milieu du quinzième siècle, la qualité de ses eaux était reconnue supérieure pour la teinture des laines, et Jehan Gobelin avait fait construire sur ses bords un établissement désigné plus tard sous le nom de Folie Gobelin. A la même
Jean de Jullienne. 28g
époque, une famille Canaye, dont on retrouve la trace jusqu'en i585, exploitait la même industrie , et avait fini par s'allier aux Gobelin. Plus tard, un Gobelin achète le marquisat de Brinvilliers, épouse la fille du lieutenant civil de la prévôté de Paris, et lègue à la postérité un nom déshonoré. Les noms de Chenevix et Charpentier se montrent également dans les actes du temps. Chose singulière! on retrouve encore sur les enseignes de ce quartier quelques-uns des noms qui figurent pendant cent cinquante ans sur les registres de la paroisse Saint-Hippolyte. Ce quartier était donc habité par une colonie d'artisans autochthones, vivant de la même industrie, la teinture des laines, se transmettant de père en fils leurs divers procédés de fabrication, et que le bouleversement de la Révolution n'a pas si bien désunie que Ton n'en retrouve les derniers rejetons prospérant aux mêmes endroits fécondés par le travail de leurs aïeux. La famille Jullienne était de ce nombre. En i665, un Hollandais, Jean Gluck, importa un nouveau procédé pour lequel il obtint, en 1667, des lettres patentes de Colbert portant établissement dans toutes les villes du royaume pour les teintures en écarlate et couleurs hautes à la façon de Hollande, dont il était natif ( 1 ) . Il acquit pour l'exploitation de ce privilège une maison très-vaste contiguë à l'hôtel Gobelin, L'acte de vente fut passé par-devant maître Boucher,
(1) Cabinet des manuscrits à la Bibliothèque impériale, liasse JuU tienne.
2qo Les oAmateurs d'autrefois.
notaire , le 19 février 1686. « Cette maison, portant » actuellement sur la rue des Gobelins le n° 3, avait été » successivement possédée par Nicolas Gobelin, qui la » tenait de ses ancêtres , par la famille de la Planche, et » enfin par les sieurs Louis Mascerani et André-Paul » Mascerani, banquiers, qui la vendirent à Jean Gluck. » Dans cette maison, il y avait encore, en 1667, un » teinturier du nom de Chenevix, qui faisait la teinture » des Gobelins, contemporain d'Etienne Gobelin, et » peut-être son associé pendant quelques années. Ce 0 teinturier dut être le prédécesseur immédiat de Jean » Gluck (1). » L'établissement de Jean Gluck et de ses successeurs n'eut donc jamais rien de commun, ainsi qu'on le pensait, avec celui fondé par Louis XIV en 1662, dans l'hôtel dit des Gobelins. Cet hôtel même, devenu la manufacture impériale, n'appartenait plus à un membre de cette famille au moment de l'acquisition de Colbert. Il était la propriété d'un conseiller au Parlement nommé Leleu.
Une fois en possession de son privilège , Gluck avait épousé la sœur d'un teinturier du quartier, son voisin le plus rapproché, François Jullienne, avec lequel il s'associa, lorsqu'en 1671 Colbert eut accordé à Jullienne « des lettres patentes registrées au Parlement pour
(1) Notice historique sur les Manufactures impériales des Gobelins, par M. A. Lacordaire,- directeur de cet établissement. Paris, Dumoulin, i855. Il est difficile d'éclairer des questions aussi confuses par des renseignements plus nouveaux, plus nombreux, plus précis que ne Ta fait M. Lacordaire dans cette intéressante notice.
Jean de Jullienne. 2gi
» l'établissement d'une manufacture de draps fins, » façon d'Espagne, d'Angleterre et de Hollande (i) ». Les ateliers de Jullienne étaient situés dans un vaste local bordé au nord par la rue de la Reine-Blanche , avec issue sur la rue Mouffetard, où il porte aujourd'hui le n° 25g; ceux de Jean Gluck, dans la maison indiquée précédemment.
François de Jullienne, né sur la paroisse Saint-Hippolyte en 1654, mourut dans l'hôtel de la rue des Gobelins le 16 février i^33. Soit qu'il n'ait pas été marié, soit qu'il n'ait pas laissé d'enfants, sa succession passa à son neveu Jean de Jullienne, l'amateur dont nous allons nous occuper.
Jean de Jullienne naquit à Paris, comme son oncle, sur la vieille paroisse Saint-Hippolyte, le 29 novembre 1686 (2). Il paraît « avoir manifesté dès sa jeunesse un » goût pour les beaux-arts assez vif pour que, au dire » de Mariette, on ait voulu en faire un peintre. Wat- » teau, ajoute-t-il, Ten dissuada et lui rendit un grand » service. Il nauroit pas fait dans cet art une aussi bril- » lante fortune. » On ne trouve sur cette première partie de son existence d'autre document que le souvenir de
(1) Cabinet des manuscrits, liasse Jullienne.
(2) Je trouve cette date dans l'article communiqué au Nécrologe par M. de Mon tulle, légataire universel de Jean de Jullienne. Quant à l'église Saint-Hippolyte, elle était située au coin de la rue de ce nom et de la rue des Marmousets. Paroisse dès 1410, elle fut détruite en 1798. La maison canonicale existe encore dans la rue des Marmousets. (Voir la Description de Paris, par Piganiol de la Force, t. V, p. 228.)
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sa liaison avec Watteau et avec Lemoine, à la mémoire desquels il resta fidèle jusqu'à la mort. Il en existe des preuves manifestes.
On sait la fin tragique de Lemoine, qui, en 1737, dans un accès de fièvre chaude, se tua d'un coup d'épée. « Son cœur, dit le Nécrologe, s'attendrissait encore en » se rappelant la mort funeste d'un autre artiste qui, » comme Watteau, avait dans le même temps partagé » son admiration et son amitié. »
Le 9 mai 1720, il épousa Marie-Louise de Brécy, et, en 1 72 1 , un arrêt du grand conseil réunit en sa personne les deux grands établissements de ses oncles Jean Gluck et François de Jullienne, qu'il avait toujours travaillé à perfectionner et qui sont en très-grande réputation. Il quitte alors la maison de la rue Mouffetard et vient s'établir rue des Gobelins, dans la maison de Gluck, agrandie et appropriée à sa convenance. Possédait-il déjà une quantité d'objets d'art suffisants pour prétendre au titre de collectionneur? Je l'ignore; mais à en croire Gersaint, qui dans le catalogue Quentin de Lorangère, publié en 1744, parle incidemment du cabinet de Jullienne, il aurait travaillé à la perfection de ce cabinet depuis une trentaine d'années, c'est-à-dire dès 1714; et l'assertion de Gersaint doit être exacte (1).
(1) Un passage de Piganiol de la Force vient corroborer cette opinion et lui donner le caractère de l'évidence. Dans sa Description de Paris (édition de 1765), il dit de la collection Jullienne « qu'elle est le fruit de cinquante années de travaux et de perquisitions ». Cest donc bien aux environs de 171 5 qu'il faut en fixer les débuts.
Jean de Julltenne. 2g3
La collectionalgie ne vous frappe pas comme un coup de foudre; elle est précédée de symptômes significatifs et de manifestations précoces. Il est donc probable que Jullienne, dont la liaison avec Watteau et Lemoine doit se placer entre 1710 et 171 5 , possédait à la mort du premier de ces artistes (1 721) un certain nombre de ses études et de ses tableaux, et que le désir d'augmenter ce premier fonds aura développé chez lui le goût du collectionneur. La réunion entre ses mains des deux industries de ses oncles , en décuplant sa fortune particulière , lui procura une fortune suffisante pour y satisfaire largement.
Les belles ventes de la première moitié du dix-huitième siècle : comtesse de Verrue , Crozat, la Roque , Quentin de Lorangère, Angran de Fontpertuis, prince de Carignan, Tugny, duc de Tallard, fournirent à Jullienne les objets nécessaires pour meubler la galerie qu'il avait fait construire vers 1730 dans le jardin de son hôtel j dans le but spécial d'y loger ses curiosités. Cette galerie existe encore. Tournée au nord et appuyée sur le mur de séparation de la manufacture des Gobelins, elle a été coupée en deux dans sa hauteur pour y placer les métiers d'une fabrique de châles. Bien que l'ordonnance en ait été changée, on peut se convaincre que si les richesses de Jullienne n'étaient pas logées avec somptuosité, elles l'étaient du moins commodément et dans les conditions les plus favorables à leur examen et à leur étude, ce Des tableaux, des statues, des vases de » bronze et de marbre des plus célèbres artistes, dit
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» Julliot dans la préface de son Catalogue, décoroient sa » galerie et ses appartements; leur réunion à de riches » meubles du fameux Boule , à des porcelaines des plus » recherchées par les qualités et les montures, le tout » avantageusement distribué, avec de rares morceaux y* d& laque, formoit un accord qui donnoit aux ama- » teurs l'agrément le plus complet. » En outre, des trophées d'armes magnifiques, à en juger par le Catalogue, venaient ajouter leur éclat sévère aux jeux de la lumière sur les tableaux, sur les marbres, les bronzes et les dorures des meubles de Boule. Moins la magnificence, je me représente volontiers la galerie de Jullienne vers 1750, c'est-à-dire à son plus beau moment, disposée comme le sont encore de nos jours la galerie de Saint-Cloud ou celle du Grand-Trianon.
Son oncle s'était retiré des affaires, et lui avait abandonné la direction et les bénéfices de sa maison de commerce. En 1736, Jean de Jullienne, devenu un fabricant fort important et un des notables de son quartier, marguillier d'honneur de sa paroisse, avait rendu à l'industrie des teintures des services assez signalés pour qu'au mois de septembre le Roi crût devoir lui octroyer des lettres de noblesse, et trois mois plus tard, le 16 décembre, le créer chevalier de l'ordre de Saint-Michel, avec dispense des deux degrés de la noblesse requise par les statuts. Les armoiries qui lui furent données à cette occasion sont de sinople au chevron de gueules , à trois feuilles de julienne posées deux en chef et une en pointe, timbrées d'une couronne de comte. Ce sont de$
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armes parlantes , si jamais il en fut; on les retrouve sur les plats du magnifique exemplaire de l'œuvre de Watteau dont il se fit l'éditeur, et qu'il offrit à l'Académie lorsqu'elle le nomma honoraire amateur.
La première partie de cette publication doit remonter au moment de la mort de Watteau. Jullienne voulut sans doute laisser après lui un témoignage de son attachement pour le nom et de son admiration pour le talent de son ami. Il a complètement réussi. Si le nom de Watteau a conquis en France la notoriété qui l'environne , il le doit bien plus aux gravures de ses tableaux qu'à ses tableaux mêmes , beaucoup plus rares chez nous qu'à l'étranger. Les premières planches remontent à 1725, et l'ouvrage fut terminé en 1739, quelques mois avant sa présentation à l'Académie. Le burin des artistes les plus en renom à cette époque y contribua , et plusieurs planches , le Chat malade de Liotard, Y Enseigne d'Aveline, Y Ile enchantée de Le Bas, la Danse paysanne d'Audran, les Champs Êlysées de Tardieu, sont encore regardées comme les plus remarquables de leurs auteurs, et atteignent dans les ventes publiques des prix de plus en plus élevés. L'ouvrage a pour titre exact : V œuvre d'Antoine Watteau gravé d'après ses tableaux et dessins originaux tirés du cabinet du Roy et des plus curieux de l'Europe, par les soins de M. de Jullienne. A Paris , che{ Audran, graveur du Roy , en son hôtel royal des Gobelins. Fixé à cent exemplaires des premières épreuves. Il forme quatre volumes divisés en deux séries. La première série (volumes I et IV, in-folio)
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contient les gravures des tableaux. Elles se montent à 278 pièces. La seconde série (volumes II et III , in-4#)
contient les planches d après les dessins et les esquisses. L'Avertissement , placé en tête du second volume , annonce que « son amy, qui a pris soin de mettre ces des- » sins en lumière , en a fixé le nombre à 35o planches, » et que les tableaux de ce gracieux peintre se conti- » nuent de graver avec beaucoup de succès » .
Il existe encore dans les dépôts publics de Paris deux exemplaires de ce recueil donnés par M. de Jullienne, celui de l'Académie des beaux-arts, le plus beau, et celui de la Bibliothèque de l'Arsenal , le plus curieux. Le dernier fut offert par l'auteur au marquis de Paulmy, le fameux bibliophile dont l'immense collection a formé le principal fonds de la Bibliothèque de l'Arsenal. M. de Paulmy a joint à quelques planches à l'eau-forte des planches semblables que Jullienne lui-même s'amusait à graver et dont , d'après les notes manuscrites de M. de Paulmy, il ne faisait tirer que deux exemplaires : un pour lui, l'autre pour son ami. A voir ces essais, on regrette que Jullienne ait été aussi modeste et n'ait pas dirigé de ce côté son goût et l'emploi de ses loisirs. Son burin ressemble beaucoup à celui du comte de Caylus dans ses fac-similé. Il est moins habile et moins exercé , mais il possède plus d'accent et de couleur.
Cet ouvrage fut présenté à l'Académie dans la séance du 3i décembre 1739. Voici le procès-verbal de cette séance : « Le secrétaire a fait présent à la Compagnie, » de la part de M. de Jullienne, écuïer, chevalier de
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» l'ordre de Saint-Michel, de quatre beaux volumes » reliez en maroquin , contenant une suitte de toutes les » estampes gravées d'après Watteau, académicien. La » Compagnie, sensible à l'attention de M. de Jullienne, » et voulant reconnoître son amour pour les arts et son » inclination particulière pour l'Académie, Ta nommé » unanimement conseiller honoraire et amateur. En- » suite elle a chargé M. Jeaurat, adjoint en exercice, » et M. Boizot, académicien, de lui en faire part au » nom de la Compagnie ( 1 ) . » Il prit possession de son fauteuil dans la séance du 9 janvier 1740, ainsi que le constate l'extrait suivant : « M. de Jullienne, nommé, » dans rassemblée du 3i décembre dernier, honoraire » et amateur, est venu prendre séance pour la pre- » mière foîs, après avoir remercié la Compagnie avec » autant de politesse que de reconnoissance. »
A partir de ce moment et pendant les vingt-six années qu'il vécut encore, sa vie semble se concentrer entre les affections de sa famille, les occupations de son commerce, la gestion d'une belle fortune dans laquelle la part des pauvres va en s'élargissant, et les charmantes distractions que lui donnait sa collection. Jullienne fut heureux ; il en eut du moins le privilège en ne faisant pas parler de lui. Sous ce rapport, on sent que les éloges du Nécrologe doivent être l'expression de la vérité. « Une
(1) Ces procès-verbaux sont déposés maintenant aux archives de l'École des beaux-arts. Cest à l'obligeance de M. Vinit, chef du secrétariat de FÉcole , que j'ai dû de pouvoir les compulser.
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2g8 Les (amateurs d'autrefois.
» complexion naturellement foible avoit été réparée par » des mœurs sages, honnêtes et tranquilles; un exercice » pris dans la nature , c'est-à-dire une vie continuelle- » ment active , mais uniforme, lui avoit formé un tem- » pérament décidé qui Ta conduit jusqu'à un âge fort » avancé. On Ta vu jusqu'à soixante-dix-huit ans se » lever à son ordinaire à cinq heures du matin, même » en hiver,, et rester jusqu'à midi sans feu , animé du » zèle de veiller à ses affaires, qui demandoient sa pré- » sence dans toutes les parties de sa maison , et récréé » seulement par la vue de ses cabinets où son goût le » rappeloit sans cesse. On l'a vu s'y faire promener » encore pendant deux heures, sans feu, dans la plus » grande rigueur de l'hiver de 1765, quoiqu'il fût âgé » de près de quatre-vingts ans. » Le goût de l'amateur atteint ici à l'héroïsme.
« Un caractère doux, honnête, obligeant, et des » lumières dans plus d'un genre, lui a voient procuré, » en diflFérents temps, des protecteurs et des amis de » premier ordre. Sa probité, sa facilité en affaires et » son affabilité lui ont aussi mérité l'estime générale et » valu les regrets du public. Il étoit le père des pauvres, » et c'est ainsi qu'ils le nommèrent eux-mêmes lorsque, » sur la fin de 1765, ramené dans sa voiture, en toute » diligence, accablé d'une attaque d'apoplexie, on crut » quelques instants qu'il en étoit devenu la victime. » Nous avons perdu notre père! s'écrioient-ils; le père )> des pauvres est mort! disoit le peuple; et sa porte, » jusqu'à la nuit, fut assiégée d'une afïluence de monde.
Jean de Jullienne. 2gg
» Saint-Hippolyte, sa paroisse, s'est également ressentie » de son zèle pour la religion. La décoration de cette » maison du Seigneur est due en très-grande partie à la » piété de M. de Jullienne. »
Je n'ai pu relever dans les recueils du temps que les quelques dates suivantes, qui permettent de ne pas le perdre entièrement de vue jusqu'à sa mort.
En 1741, l'ambassadeur de la Sublime Porte, Méhémet-Effendi, visite la collection Jullienne. A cette occasion, M. de Jullienne lui offre un exemplaire de l'œuvre de Watteau.
En 1744, au mois d'octobre, il donne à ses ouvriers, dans la cour de son hôtel, une fête à l'occasion du rétablissement de la santé du Roi. On sait avec quelle anxiété la France entière avait suivi les progrès de la maladie de Louis XV, attaqué de la petite vérole à Metz, et l'enthousiasme qui accueillit la nouvelle de l'éloignement de tout danger. Le Mercure de France se borne à annoncer cette fête.
En 1764, à soixante-dix-huit ans, le goût des arts et les intérêts de l'Académie le préoccupaient encore assez pour l'engager à fonder des jetons destinés à être distribués aux premières séances du mois. La face de ces jetons représente le buste du JRoi; le revers, la Peinture et la Sculpture se tenant par la main, avec cette inscription : Amicœ quamvis œmulœ (1).
« Enfin, après huit jours d'une fièvre aiguë, précédée
(1) Le coin de ce jeton existe encore au Musée monétaire de Paris.
OXFORD
3oo Les oAmateurs d'autrefois.
» d'une paralysie où il étoit tombé depuis plus d'un an, » mais qui lui a laissé jusqu'à sa mort, aussi douce que » l'avoit été toute sa vie, toute la liberté de son esprit » et la sensibilité de son cœur, nous avons perdu, » le 20 mars 1766, cet amateur éclairé des talents, ce » citoyen utile et vertueux. Il n'a laissé de son nom » qu'une femme, d'une piété rare et exemplaire, et une » belle-fille dont ( suivant les termes de son testament ) » l'esprit et les sentiments ont infiniment contribué au » bonheur de sa vie (1). » Sa mort fut notifiée à l'Académie dans la séance du 22 mars, dont le procès-verbal s'exprime en ces termes :
« A l'ouverture de la séance, le secrétaire a notifié la » mort de M. de Jullienne..., décédé à Paris, le 20 du » présent mois , dans la quatre-vingtième année de son » âge.
» Ensuite il a fait lecture d'une lettre de M. de Mon- » tulle, associé libre, à lui adressée, par laquelle il lui d fait part du décès de M. de Jullienne. A cette lettre est » joint un extrait du testament dans lequel l'Académie a » vu avec la plus grande sensibilité ses sentiments pour » elle, et la preuve qu'il a cherché à lui en donner, » même après lui, en ajoutant aux dons qu'elle a déjà » reçus de lui celui des portraits de M. de Largillière » et de M. Rigaud, peints par eux-mêmes. Elle a arrêté » que l'article du testament sera inscrit sur le registre
(1) Nécrologe des hommes célèbres de France. Paris, 1 767-1 782. Article Jullienne.
Jean de Jullienne. 3oi
» comme un témoignage de l'attachement que M. de » Jullienne a toujours >eu pour l'Académie, et de la » reconnoissance avec laquelle elle conservera la mé- » moire de ces bienfaits. » Suit l'extrait du testament, qui se termine par la phrase suivante , prouvant la méticuleuse attention avec laquelle M. de Jullienne savait obliger les autres : « Je prie mon exécuteur testamen- » taire cy après nommé de faire faire à chacun de ces » portraits une bordure digne des tableaux et de l'Aca- » demie , des frais desquelles ma succession lui tiendra t> compte. » Ces portraits figurent encore aujourd'hui dans une des salles de commission de l'École des beauxarts. Placés un peu haut, on y reconnaît cependant facilement le caractère des maîtres auxquels ils sont attribués. Si ce sont des copies, ce dont je ne réponds pas, ce sont du moins de remarquables copies.
M. de Jullienne eut de son mariage avec Marie-Louise de Brécy quatre enfants, tous morts avant lui :
i* Jean de Jullienne, né le 25 mars 1721, mort le 25 septembre 1722.
20 François de Jullienne, né le 23 juillet 1722. Son décès est postérieur à 1752, puisque cette année il présentait à l'Académie le portrait de son père, gravé par Balechou et dont nous allons parler. C'est de la femme de ce François de Jullienne, qui survécut à son mari et à son beau-père, qu'il est question dans le passage cité plus haut.
3° Daniel de Jullienne, né le 4 août 1723.
4° Marie-Françoise de Jullienne, née le 29 janvier 1 727.
3o2 Les cAmateurs d'autrefois.
Je n'ai pu retrouver les actes de décès de ces trois derniers; mais l'adoption par leur père de son neveu M. de Montullé comme légataire universel , l'extinction du nom de Jullienne et la phrase si explicite du Nécrologe prouvent qu'ils moururent avant leur père ( i ) .
Il existe deux portraits de notre personnage : le premier peint par Watteau, le second par J. F. de Troy. Dans celui de Watteau , gravé par Tardieu, Jullienne est vu de face, en pied, assis et jouant du violoncelle. Watteau s'est peint derrière lui, debout, tenant son appui -main de la main gauche, sa palette et ses pinceaux de la droite. Au pied du groupe, des cahiers de musique et un tricorne. Fond de paysage dont les arbres laissent entrevoir une statue de femme. Au bas de l'estampe , les vers suivants :
Assis auprès de toi sous ces charmants ombrages,
Du temps, mon cher Watteau , je crains peu les outrages ;
Trop heureux si les traits d'un fidelle burin,
En multipliant tes ouvrages , Instruisoient l'univers des sincères hommages
Que je rends à ton art divin.
Le paysage de ce tableau doit représenter le parc de la propriété que M. de Jullienne possédait sur les bords de la Marne, aux environs de Saint-Maur.
(i) La famille de Montullé n'est pas éteinte. Son représentant actuel est M. de Montullé, chef de division au ministère d'État, dont les souvenirs bienveillants m'ont été d'un grand secours pour tout ce qui touche à son arrière-grand-oncle.
Jean de Jullienne. 3o3
Le second portrait, peint par Jean-François de Troy en 1722 , est postérieur de deux ans. M. de Jullienne est vu à mi-corps tourné vers la droite , la tête de face, recouverte d'une ample perruque. Il est vêtu d'une robe de chambre. Il tient dans sa main et montre au spectateur le portrait de Watteau, gravé eh tête des deux volumes d'eaux-fortes publiés par de Jullienne. Le tout est encadré par la bordure d'une fenêtre sur l'appui de laquelle Balechou, qui le grava en 1752, a écrit les renseignements que nous avons donnés en tête de ce travail (1).
La figure de M. de Jullienne , dans ces deux portrait s, confirme les éloges du Nécrologe, de Gersaint et de Piganiol de la Force. Un ovale correct et allongé encadre des traits d'une extrême régularité. Des yeux grands, bien ouverts, ombragés de sourcils délicatement arqués, s'attachent à un nez d'un beau profil. Une bouche bien dessinée et souriante donne à la physionomie un grand caractère de douceur, de bienveillance et d'affabilité. En somme, ce devait être un beau garçon, et c'était un aimable homme que celui dont tous les pauvres suivaient, en pleurant, le convoi à la petite église de Saint- Hippolyte, le 21 mars 1766.
(1) Ce portrait figurait en dernier lieu dans la collection du général d'Espinoy, à la vente duquel je Fai vu. Le catalogue de cette vente (janvier i85o) le désigne sous cette indication doublement erronée : t 926. Carie Van Loo, Portrait du peintre, assis devant une table et tenant un dessin (le portrait de Watteau). » Il appartient aujourd'hui au Musée de Valenciennes. -
3o4 Les oAmateurs d'autrefois.
La collection de M. de Jullienne fut vendue aux enchères publiques. La vente commença le lundi 3o mars 1767 (1). Elle ne se fit pas, comme on l'avait cru jusqu'à ce jour, dans son hôtel de la rue des Gobelins, mais bien dans le Salon carré du Louvre. La correspondance suivante, échangée à ce sujet entre MM. d'Angivilliers, de Montullé et Souflot, ne laisse aucun doute à cet égard :
« M. d'Angivilliers à M. Souflot.
» 22 janvier 1767.
» M. de Montullé me demande, Monsieur, la per- » mission de faire usage du salon du Louvre pour la » vente du cabinet de M. de Jullienne, et il me marque » qu'il lui sijffira pour ses arrangements d'avoir la per- » mission dont il s'agit pour le ier mars. Je suis très- » disposé à l'obliger dans cette circonstance , etc., etc. »
(1) Il s'était défait, dans sa carrière, de certains tableaux de sa galerie. Dans l'œuvre gravé de Watteau, plusieurs tableaux désignés comme appartenant à M. de Jullienne ne se trouvent pas au catalogue de vente. La fameuse Enseigne, de Gersaint, est de ce nombre (186 5). Un passage du livre consacré à Watteau, par M. de Goncourt, nous apprend que Y Enseigne figure aujourd'hui (1876) au palais Vieux de Berlin (chambre d'Elisabeth, salon rouge).
Jean de Jullienne. 3o5
te M . d'Àngivilliers à M. Souflot.
»2 février 1767.
» Je vois, Monsieur, par votre réponse à la lettre que » je vous ai écrite concernant la demande de M. de » Montullé , que rien ne s'oppose à ce que la vente » du cabinet de M. de Jullienne se fasse dans le salon » du Louvre. J' acquiesce , en conséquence , à cette » demande , et vous pouvez mettre M. de Montullé en » possession du salon pour y faire ses arrangements. »
« M. d'Angivilliers à M. de Montullé, secrétaire » des commandements de la Reine.
» 2 février 1767.
» Je consens volontiers. Monsieur, que vous fassiez d usage du salon du Louvre pour la vente du cabinet » de M. de Jullienne. Les effets précieux qu'il renferme » ne pouvoient être exposés d'une façon trop avanta- » geuse et dans un lieu trop commode pour les ama- » teurs. Ainsi je charge M. Souflot de vous mettre en » possession de ce salon pour l'objet que vous désirez. » Mais le premier aoust je veux le salon libre (i). »
Une clause du testament de M. de Jullienne était
(1) Archives de l'Empire, liasse Jullienne et liasse Beaux-Arts. J'ai trouvé également dans ce riche dépôt une copie de l'inventaire fait après le décès de M. de Jullienne. Il est très- volumineux.
3p6 Les oAmateurs d'autrefois.
ainsi conçue : « Je supplie le Roy de vouloir bien accep- » ter le don et legs que je prends la liberté de faire à Sa » Majesté de l'esquisse du plafond de M. Le Moyne; » cette esquisse est l'original même de ce précieux » ouvrage , et peut servir à la restauration d'une des » belles choses que possède le Roy. » Cette esquisse du plafond du salon d'Hercule, à Versailles, est placée maintenant au Louvre dans les salles de l'école française (Conservation des dessins).
Gersaint, dans la préface du Catalogue du cabinet Quentin de Lorangère, apprécie le cabinet de Jullienne d'une façon d'autant plus précieuse , que cette préface fut écrite en 1743, c'est-à-dire vingt-trois ans avant la vente Jullienne. On peut donc la regarder comme impartiale et exacte. « Le goût naturel pour les belles » choses , et l'amour que M. de Jullienne a toujours eu » pour les arts qu'il a même cultivés dans sa jeunesse, » se reconnoissent aisément dans le fameux cabinet » qu'il possède aujourd'hui et à la perfection duquel il » travaille depuis une trentaine d'années, malgré Tap- » plication continuelle qu'exigent deux manufactures à » la tête desquelles il est depuis longtemps, et quiyfoi/- » rissent (si çj de plus en plus sous sa direction. Ce cabinet » est l'ouvrage de ses moments de loisir qu'il y a sacri- » fiés; il a toujours eu une attention particulière pour en » ôter les pièces de moindre mérite, à mesure qu'il a » pu en acquérir de plus recommandables. En effet, ce » n'est qu'avec du temps, du goût et du discernement » que l'on peut parvenir à ce degré de choix délicat.
Jean de Jullienne. 3oj
» Son cabinet n'est point borné au seul, mérite de la » peinture, du dessin et de l'estampe; on y voit égale- * ment plusieurs autres curiosités de divers genres, » dont l'arrangement et le bel ordre augmentent encore » le mérite. »
La rédaction du Catalogue fut confiée à Remy, le marchand d'estampes de la rue Poupée, pour la partie des tableaux, dessins, gravures, marbres, bronzes, vases et armes; et à Julliot, marchand , rue Saint- Honoré, au coin de la rue du Four, Au Curieux des Indes, pour tout ce qui concernait les porcelaines, les laques et les meubles curieux ( i ) .
En voici les principales divisions :
Tableaux : Écoles d'Italie et d'Espagne. 84 numéros.
— Écoles des Pays-Bas 123
— École française u3
Dessins : Écoles d'Italie 164
— Écoles des Pays-Bas 2o5
— École française 328
Estampes diverses 210
Bronzes 3i
Marbres 20
Ouvrages en émail, en ivoire, en cire. . 1 2
Terres cuites 25
Vases en matières précieuses 20
(1) Catalogue raisonné des tableaux, dessins, estampes et autres effets curieux après le décès de M. de Jullienne, par Pierre Rem y et C. F. Julliot. Paris, chez Vente, libraire, 1767. Un vol. in- 12 de
3 16-80 pages.
3o8 Les cAmateurs d'autrefois.
Armes et armures 23 numéros.
Porcelaines de Chine et du Japon. . . . 244
Laques de Chine et du Japon 25
Meubles curieux 52
Ce qui fait un total de près de 1,700 pièces.
Le produit de la vente se monta à 392,000 livres, c'est-à-dire, au taux actuel de l'argent, à environ 1,200,000 francs. Ces chiffres ont une éloquence supérieure à tous nos éloges.
En pénétrant dans le détail de la vente, nous trouvons dans l'école d'Italie, comme ayant atteint les prix les plus élevés, les toiles suivantes :
Salvator Rosa. . . . N" 78. Paysage, 12,012 livres, à Remy. Murillo 83. Les Noces de Cana, 6,000 livres,
à l'abbé Guillaume.
Corrége 16. Femme couchée, 2,400 livres, à
M. de Montullé.
Paul Véronèse. ... 52. Repos en Egypte, 2,3o5 livres, à
Remy.
Dans l'école des Pays-Bas, trente tableaux de plus font monter le produit à 18 1,1 35 livres, tandis que les quatre-vingt-quatre tableaux italiens n'avaient produit que 50,464 livres. M. de Jullienne préférait évidemment les écoles hollandaise et flamande aux écoles d'Italie, et, si l'on compare la qualité des spécimens des deux écoles que possédait son cabinet, je suis loin de l'en blâmer.
Jean Rottenhamer. . N° 89. Diane au bain, 4,5 11 livres, à
M. Blondel de Gagny.
Jean de Jullienne.
Rubens N"
Rubens,
Rembrandt.
Terburg.
Téniers.
Téniers,
Adrien Ostade. .
Gérard Dow. . .
Metzu.
Wouwermans,
Wouwermans.
Wouwermans.
Wouwermans.
Nicolas Berghem. .
Nicolas Berghem. .
Nicolas Berghem. .
Adrien Van de Velde
Gaspard Netscher.
Gérard de Lairesse.