Deux paysages, 5,i3i livres, à
l'abbé Guillaume.
1 79. Paysage , 7,600 livres, à Demassot. 188. Deux tableaux, 3,ooo livres, à
Don jeu.
191. Femme' jt son enfant, 3 , 5 00 livres, à M. le prince Galitzin.
194. Achille che\Lycomède , 9,610 livres, à S. M. le roi de Prusse.
La plupart de ces tableaux, acquis au nom de mar-
3io . Les oAmateurs d'autrefois.
chands commissionnés, allèrent augmenter les collections Choiseul-Praslin, Randon de Boisset, La Live de Jully, Mariette , Blondel de Gagny, dont les catalogues les indiquent presque tous. Quelques- uns , comme l'isco/^d'Ostade, et la Chasse au cerf , de Wouwermans, après des fortunes diverses , sont entrés au Louvre , où ils figurent sous les n0- 370 et 569.
Pour achever d'entrer dans le détail de cette collection , nous emprunterons une citation à M. Adolphe Thibaudeau , enlevé récemment aux loisirs de l'étude, et qui a parlé en termes aussi justes que spirituels de ses prédécesseurs : « Dans l'école française, le tableau » le mieux vendu est un Carie Vanloo, Bâcha faisant » peindre sa maîtresse , gravé par Lépicié, 5,002 livres; » une Résurrection de Notre -Seigneur , du même » maître , gravée par Carmona, ne se vend que )> 1,700 livres; la Fête vénitienne, de Watteau, » gravée par Laurent Cars, n'obtient que 2,6o5 » livres; un Soleil levant, de Claude, 3,6oo livres. Il » est vrai qu'une Vue de mer, de Pierre Patel, s'élève » à 2,081 livres; les Travaux d'un port de mer, de » Joseph Vernet, gravé par Jean Daullé, 3,91 5 livres; d une Vue de Tivoli, du même, 2,65o livres; Petite » fille, de Greuze, baisant la croix de Jésus, gravée par » Boizot, est donnée pour 634 livres, quoique Remy » rappelle que ce charmant tableau a été exposé au » Salon de 1763.
» Les dessins ne se vendent plus par lots comme dans v les ventes Crozat et Lorangère. Chaque dessin a son
Jean de Jullienne. 3n
» numéro et sa description. Ceux de l'école d'Italie sont » divisés comme les tableaux, et la progression des prix » est encore plus considérable. Il n'y a que huit cent j> seize dessins qui sont vendus 36,2 1 3 livres, somme » égale au produit des dix-neuf mille dessins de la vente » Crozat, et l'on ne peut pas dire cependant que M. de » Jullienne ait choisi les siens avec plus de goût et puisé » à de meilleures sources.
» Les estampes ne sont pas très-nombreuses; ce qu'il » y a de mieux, ce sont d'abord deux cent trois pièces » d'Albert Durer, presque toutes anciennes épreuves, » dont cent une gravées sur cuivre, parmi lesquelles » Adam et Eve, la Petite Passion en seize pièces , les » deux Jérôme, le saint Hubert, la Pandore, V Enfant » prodigue. Ce beau recueil ne se vend cependant que » 201 livres.
» Deux cent cinquante eaux -fortes de Rembrandt, » parmi lesquelles se trouvent les pièces les plus rares, » et la plupart avec l'indication de la beauté des épreuves, » atteignent le prix de 2,449 livres. C'est considérable » pour l'époque; elles vaudraient aujourd'hui au moins » quarante fois autant.
» Parmi les curiosités, on distingue deux vases de » porphyre en forme d'urnes, i3,ooo livres;
» Deux vases de marbre de Sicile, 5,062 livres;
» Les armes, 1,718 livres;
» Les porcelaines, près de 60,000 livres;
» Les laques, 10,700 livres;
» Les meubles précieux, 32,5oo livres;
3i2 Les cAmateurs d'autrefois.
» Le bouclier de Scipion, 410 livres (1). » Le Cabinet des médailles possède un plateau d'argent ciselé , connu également sous le nom de Bouclier de Scipion, dénomination qui lui vient du sujet que Ton a cru pendant longtemps représenter la Continence de Scipion. Ce plateau est du même diamètre que celui-ci, mais sa provenance diffère essentiellement et ne permet pas de confondre l'un avec l'autre. Qu'est devenu celui de la collection de Jullienne? Il fut adjugé à un sieur Demassot, qui devait être un prête-nom. Le hasard seul peut permettre d'arriver jusqu'à son possesseur actuel. Madame de Jullienne racheta plusieurs des articles dont la désignation indique qu'ils représentaient pour elle des souvenirs d'affection ou de piété.
Comme Pavait désiré M. d'Angivilliers, la vente était finie au commencement d'août 1767, et l'Exposition de peinture pouvait s'ouvrir à son jour réglementaire dans le Salon carré du Louvre , le 25 août, jour de la fête du Roi. Diderot, dans son Salon de 1767, parle en ces termes de cette vente : « Le cabinet de Jullienne a rendu » à la vente beaucoup au delà de ce qu'il avoit coûté. J'ai à présent sous les yeux un paysage que Vernet fit à Rome pour un habit, veste et culotte, et qui vient » d'être acheté mille écus. » (C'est le n° 288, vendu 3,91 5 livres, gravé par Daullé; il venait du cabinet Peilhon, vendu en 1763. )
(1) Lettre de M. Thibaudeau à M. Charles Blanc, servant de préface au Trésor de la Curiosité,
Jean de Jullienne. 3i3
J'aurais voulu trouver dans les chroniques et les annales du temps des détails sur cette vente , ne fût-ce que pour me rendre compte de la physionomie des vacations. Mes recherches n'ont pas abouti. C'était le bon temps des ventes. Le public oisif et désœuvré, les reporters ignorants et badauds n'y assistaient pas. La chose se passait entre amateurs véritables. On ne pensait pas que les lecteurs des gazettes eussent besoin d'en être informés , et que la postérité s'occupât d'affaires aussi spéciales. Peut-être avait-on raison. Le dixhuitième siècle , malgré son esprit , avait encore un peu de bon sens et de respect de lui-même.
Outre les jardins attenant à son hôtel et à ses fabriques, M. de Jullienne possédait sur la rive gauche de la Bièvre d'immenses terrains, occupés encore de nos jours par des jardiniers maraîchers, ce que l'on appelait jadis des cultures. Sur l'un de ces terrains, au bord de la Bièvre, chez un jardinier nommé Tireyzol, existe un pavillon construit vers 1730, une manière de kiosque, dont le plafond est décoré d'arabesques et de peintures en camaïeu et en couleur d'une composition extrêmement habile et d'un goût très-remarquable. En l'examinant à grand renfort d'échelles, le nom de Lemoine m'est venu à la pensée. Ce plafond, m'a-t-on assuré, était intact il y a dix ans. L'humidité, l'incurie, l'encombrement de toutes sortes de matériaux de jardinage en ont détruit la moitié et sont en train de détruire l'autre.
Enfin, comme Jabach, M. de Jullienne a laissé
l ■■^■^•*^ -iTii ■ " ■ i
Si 4 Les oAmateurs d'autrefois.
son nom à une rue ouverte il y a soixante ans sur ses terrains, et qui va de la rue de Lourcine à la rue Pascal. Sa mémoire n'est donc pas tout à fait perdue dans un quartier dont il fut le personnage important et le bienfaiteur pendant un demi-siècle. Quant aux artistes et aux amateurs , l'œuvre de Watteau et le catalogue de sa collection lui assurent dans leur estime et leur reconnaissance une place que personne , à ce moment , n'est de taille à lui disputer.
Janvier 1861.