G. Brice, I
4. Œdipns Æpyptiacns, Rome, ihàq, III, 477; Sphynx Mystagoga, Amst., 1(1711.
5. Publiée dans les Collectionneurs de l’ancienne France, Paris, 1873.
« un appentis ferme à clef «, et les deux sarcophages, montés sur un socle, prirent place dans la galerie du surintendant.
Comme on peut le croire^ l’admiration ne fut pas moindre à Saint-Mandé qu’à Marseille Les tombeaux provenant d’une pyramide, il fallait à tout prix leur trouver une origine illustre et l’on décida qu’ils devaient contenir les corps de Chéops et de son frère Ghephren, grands fondateurs de pyramides, comme chacun sait Or, un jour que La F’ontainc attendait, plus longtemps que de coutume, le surintendant
En ce superbe appariement Où l’on a fait d’estrange terre,
Depuis peu, venir à grand’erre (Non sans travail et quelques frais)
Des rois Cephrim et Kiopès Le cercueil, la tombe ou la bierre,
il me fallut, dit le poète dans une épître à Foucquet,
Il me fallut entretenir
Avec ces monuments antiques,
Pendant qu’aux alfaires publiques Vous donniez tout votre loisir.
Certes, j’y pris grand plaisir.
Vous semble-t-il pas que l'image D’un assez galant personnage Sert à ces tombeaux d’ornement f Pour vous en parler franchement.
Je ne puis m’empêclier d’en rire.
« Messire Orus, me mis-je à dire,
Vous nous rendez tout ébahis.
Les enfants de votre pays Ont, ce me semble, des bavettes Que je trouve plaisamment faites. »
On m’eût expliqué tout cela ;
Mais il fallut partir de là Sans entendre l’allégorie.
Je quittai donc la galerie
Fort content, parmi mon chagrin.
De Kiopès et de Cephrim,
1. Lettre du conseiller de la Fosse, Bibl. nat., f. fr. lyJgH : « Après cela, je vins dans un appentis ferinc à clef, tout rempli de statues, de tables de marbre et de bronze, et entre autres de deux grands corps égyptiens embaumés et en momie. »
2. Sauvai, II, 344; Thévenot, 1674, p. aâi; Gourville, p. eSS, Paris, 1724.
3. La prisée du 2(3 février i(3(3G (Voir l’Appendice, page (ji) les catalogue comme suit : (I Deux mosollées antiques représentant un roy et une reyne d’Egypte, 800 livres. »
LE SURINTENDANT FOUCQUET
D’Orus et de tout son lignage,
Et de maint autre personnage.
Puissent ceux d’Egypte en ces lieux, P'ussent-ils rois, fussent-ils dieux, Sans violence et sans contrainte.
Se reposer dessus leur plinthe Jusques au bout du genre humain!
Ils ont fait assez de chemin Pour des personnes de leur taille.
Foucquet ne jugea pas à propos d’exaucer les vœux du poète; il avait formé le projet d’installer les deux sarcophages à Vaux, c’est M"'^ de Scudéry qui nous l’apprend ' : Méléandre, — l’homme noir, c’est-à-dire Le Brun, — charge de ce soin, « lîst bâtir, en un petit coin de terre assez irrégulier, deux pyramides à l’imitation de celles qui sont auprès de Memphis »; attention délicate pour les deux exilés d'Egypte. Hélas! ils n’étaient pas au bout de leurs aventures.
Mais retournons à Saint-Mandé.
J’ai dit que Foucquet avait la passion, ou, pour parler le langage à la mode, la grippe des Heurs. C’était une curiosité fort répandue au xvib siècle et La Bruyère n’a pas oublié dans sa galerie le fleuriste, « cet homme raisonnable qui a une àme, qui a un culte et une religion, et qui revient chez soi, fatigué, affamé, mais fort content de sa journée : il a vu des tulipes ». La curiosité florale était d’ordinaire le complément d’autres collections : Morin, qui avait réuni 10,000 espèces de tulipes', recherchait aussi les estampes; Guillaume de Lamoignon et Tambonneau collectionnaient les plantes aussi bien que les livres et les tableaux. Quand Olivier d’Ormesson fut voir le duc de Verneuil un grand amateur de médailles, « l’entretien fut de nouvelles, et puis des Heurs et des fruits. Il me fit voir un livre de tulipes enluminées les plus belles du monde'* ». On citait les jardins curieux des ducs de Vendôme et de Grammont, des Monnerot, de Puget, maître des requêtes, des Gélestins, des Petits Jacobins, des Récol-