l'istules d’Espagne de 10 li\ res
LE SURINTENDANT FOUCQUET
ginaux 8o pistoles, cc qui a été un marche admirable ». Un Saint Michel d’Alexandre Véronèse, une ébauche, fut môme donné par-dessus le marché « pour tenir les tableaux en estât dans le ballot ». Le cabinet d’agates orientales coûtait 700 écus, le lit en broderie Spo, les deux copies 23 pistoles, le paysage du Guaspre 12 ou i3, le tapis de Perse 26 pistoles, la chapelle d’ambre i3o écus. « Vous trouverez aussi, disait l’abbé en terminant sa lettre (7 mars i656), des bassins d’argent qui m’ont paru beaux et d’un travail incogneu en France; ils font belle monstre sur un bufl'et. Ce n’est pas que je ne sçeusse bien qu’on travaille admirablement en France en argent, mais en choses massives et d’une autre manière. C’est argent de la Chambre apostolique, qui est tout le meilleur. L’argent et sa façon coûtent 588 écus d’Italie. » 11 paraît que le surintendant fut satisfait de ce premier envoi, sauf de la chapelle d’ambre, qu’il trouvait « inutile et difficile à conserver ». Sur quoi l’abbé piqué réplique que le bon marché l’a décidé, que d’ailleurs, si la chapelle ne plaît pas, il « la retirera à semblable prix, espérant bien le faire doubler par quelque autre à Paris, par troc ou autrement ».
Le 3 avril de la meme année, nouvel envoi de quatorze tableaux sans désignation. Le 10, l’abbé informe qu’il fait restaurer « une bellissime statue antique qu’il avoit achetée depuis longtemps ». Le 17, il fait espérer « un marché de force bons tableaux » ; en meme temps il annonce « une table magnifique de pièces rapportées, qui est enfin achevée, et qui depuis quatre mois m’a fait suer sang et eau... deux petits vases de porphire bien jolis et à fort bon compte... deux petites colonnes de marbres toutes d’une pièce. Vous en avez maintenant quatre et dans peu vous en aurez huit ».
La dernière lettre de l’abbé est du 24 avril i656 ; elle annonce « une statue restaurée passable et à bon marché, et de nouvelles colonnes fort belles, et autres choses », ainsi que des greffes d’arbustes rares « accommodés avec du miel et de la mousse... Senci, qui a le plus beau jardin d’Europe en agrumes (cédrats et citrons), est celui qui en a donné la meilleure partie, et un Père Ferdinand le reste ».
Quelle était la valeur de ces peintures que l’abbé décrit d’une
façon si sommaire? Sans doute ces « originaux fort beaux et fort bien faits, de grands peintres tous morts )i, qui reviennent en moyenne à 200 livres la pièce*, sont des morceaux honorables, car le Poussin
disait son mot sur le tout et « ne laissoit rien passer de médiocre » ;
pourtant on se fait une autre idée des magnificences du surintendant, et l’on aimerait à voir son frère moins préoccupé des prix et des bonnes affaires. Il faut bien le dire, la pénurie des beaux ouvrages était extrême à Rome ; « c’est l’œuvre d’un siècle, disait le Poussin, que de trouver une bonne emplette à faire )l La concurrence des amateurs avait fait table rase des anciens maîtres, « on avoit déjà transporté ce qu’il y avoit de meilleur et le peu qui reste n’étoit plus dans le commerce >i.
Aussi l’abbé pressait- il vivement son frère de commander au Poussin « une couple de belles pièces d’une égale grandeur, de quelque
sujet agréable et de son choix ». Mais le surintendant avait d’autres
vues ; le Poussin se faisait vieux, on parlait déjà de « sa main tremblante ' » ; Foucquet préféra sans doute choisir lui-même, sur place et à coup sûr, une œuvre de son meilleur temps. Chantelou possédait alors les plus beaux Poussin et l’œuvre capitale du maître, la Manne, composée en ibSq. Comment la Manne devint-elle la propriété de Foucquet? Je ne saurais le dire, mais le fait est hors de doute. Dans le Journal du cavalier Bernin en France (i665), rédigé par Chantelou lui-même^, celui-ci raconte qu’il eut l’idée de proposer à Colbert de faire faire « pour le Roi une tenture de tapisserie sur divers tableaux de M. Poussin qui sont à Paris, de l’histoire de Moïse, laquelle pourroit être appelée la tapisserie du Vieux Testament. Elle seroit composée de Moïse exposé sur les eaux, qui est chez Stella, du Moïse trouve, qu’a M. de Richelieu, de la Manne, qu’avoit M. Foucquet » ; et Chantelou énumère les autres originaux du Poussin appartenant à des amateurs parisiens. Voilà qui est net : Chantelou devait
1. Les tableaux du Poussin, « dont la cherté est estonnante », se payaient 200 pistoles, 2,000 livres. Il est vrai qu’il s’agissait n des trois plus grandes pièces qu’il aye faites et des plus achevées ». Lettres de L. Foucquet, id.