Galette des Beaux-Arts,XXlU, 2' pér., 27G
ir
tiw.
LE SURINTENDANT FOUCQUET
savoir mieux que personne où se trouvait la Manne qu’il avait possédée. Il ne s’agit pas ici d’une réplique, puisque le Poussin n’en a pas fait; d’ailleurs, Chantelou n’eût pas parlé d’une réplique pour servir de modèle à des tapissiers , s’il avait eu l’original entre les mains. Ce petit détail n’était point connu, il a son intérêt pour fixer la ofénéalog-ie des tableaux de notre îjrand maître national'.
Au lieu des peintures que demandait l’abbé, Foucquet le chargea de commander au Poussin, pour la maison de Vaux, quatorze Termes sculptés. L’artiste se mit immédiatement à l’œuvre ; on sait qu’il aimait à modeler lui-même et se servait de maquettes en cire pour préparer la composition de ses tableaux « 11 le fit bien voir, raconte Bellori, dans ses statues de Termes pour la maison de campagne que faisait M. Fochet (sic), car il fit de sa main les modèles de la grandeur d’exécution de ces statues, qui furent exécutées par plusieurs sculpteurs dans l’atelier desquels je l’ai vu bien des fois travailler la terre avec l’ébauchoir et modeler avec une grande facilité. Avec ces figures, il donna aussi le dessin de deux vases à l’antique qu’il fit travailler et exécuter en marbre africain antique"’. »
La correspondance de Louis Foucquet montre que les Termes étaient en main, et que l’on y travaillait sous la direction du Poussin; mais l’abbé ne parle pas de l’expédition de ces ouvrages, qui eut lieu probablement après sa rentrée en France.
Quelques années plus tard, en 1661, après la mort de Mazarin,. Foucquet envoya un nouveau chargé d’affaires à Rome; c’était François de Maucroix, l’ami de La Fontaine. La mission de Maucroix, comme celle de l’abbé Foucquet, avait deux buts : il devait créer au surintendant des partisans à Rome et acheter pour lui des antiques, des peintures et des curiosités, en prenant les conseils de l’abbé Elpidio Benedetti, agent de France à Rome et l’ancien homme d’affaires de
1. Le projet de Chantelou fut mis à exécution et l’on composa aux Gobelins deux tentures de VHistoire de Moïse avec or en dix et onze pièces. Le peintre Bonnemer fut charge d’agrandir la Manne. (Note de M. Darcel, Chronique des arts, e5 mars iS8i.)
2. Voir une curieuse notice de M. de Montaiglon à ce sujet. Arch. de l’art français, 2' série, vol. II, 270.