Tallcmant, ibiJ
2. Scudury, dans son Catalogne, l’aris, Courbe, 164(3, cite |ilusieurs peintures, paires S7, po, i)5 et I ip, qui devaient se trouver chez M"'” de Rambouillet. I,e marquis avait rapporte de Rome un tableau d'Annibal Carrache, le Martyre de saint Etienne, qui fut ensuite donne au Roi par le duc de Montausier. (Au Louvre, n» iqS.'i
d. M"' de Scudéry, Artamcne ou le faraud Cyrus. Paris, chez Augustin Courbe, Vil, 4S7-494.
4. Mem. du cardinal de Richelieu sur les travaux à exécuter à son château. Revue universelle, 11, 120.
ébénistes de la cour, Pierre Gole, Domenico Cucci et Macé de Blois, fabriquent ces magnifiques armoires en ébène, à tiroirs et gradin intérieurs, où les femmes installent en bel ordre les miniatures et les bijoux « montés en or à ravir », les émaux et les ivoires, les coquilles et les cristaux de roche, les laques et les porcelaines, toutes les raretés que l’on trouve à la foire Saint-Germain, à la foire Saint-Laurent, au grand macrasin de l’Arche de Noé'.
La réforme imaginée par la marquise exerça môme son influence sur la peinture. Du moment que l’on remplaçait, dans l'intimité, les anciennes tapisseries par des tentures de soie destinées à recevoir des tableaux, l'artiste devait nécessairement augmenter le nombre et diminuer le format de ses compositions, pour les mettre à l’échelle des nouveaux appartements. Le Poussin lui-même fut obligé de sacriher à la mode : « On lui envoyoit de divers endroits, dit Felibien, et particulièrement de Paris, des mesures pour avoir des tableaux de cabinet, d'une grandeur médiocre; ce qui luy donna occasion de renfermer son pinceau dans des bornes un peu étroites » Ainsi le peintre jette dans la circulation un plus grand nombre d’objets d’art mobiles, relativement moins dispendieux, faciles à placer, à déménager, pouvant se vendre, s’échanger, passer de main en main ; il fait les affaires de la curiosité.
Mazarin reprit à son tour, sous une forme nouvelle, l’œuvre de ses deux devancières. Alarie de Médicis avait fait de la curiosité officielle,
de Rambouillet de la curiosité intime, le cardinal fît de la curiosité politique. On connaît sa collection fameuse, un des recueils les plus magnifiques et les plus intelligents que la France ait jamais possédés : 67G tableaux et 241 portraits des maîtres les plus renommés, 35o antiques, 41 1 tapisseries, 5o,ooo volumes et 400 manuscrits, 21 cabinets d’ébène,
I. Rien que les porcelaines de la Chine aient paru dans les cabinets d'amateurs dès le xvi' siècle (voir les Collectionneurs de l'ancienne France), la mode de ces curiosités ne date réellement que du XVII' siècle. Ch. Patin, dans son Introduction à l'histoire des médailles, parle des cimelia niurrhinorum Sinensium ac Japoncns'iimi. L'Arche de Noè, dans Pile du Palais, était le magasin principal « où l’on vend toutes les curiosités naturelles ou artificielles des Indes ou de l'Europe.» (Évelyn, p. eSi.) Sur les foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent, voir Sauvai, I, ôôq-G.S. La ville de Dieppe avait aussi la spécialité de vendre « tout ce que les Indes orientales peuvent fournir de cabinets, de porcelaines et d’autres choses rares et précieuses. » (Evelyn, p. eSi.) Pierre Borel cite encore à Amsterdam « le magasin des Indes ».
a. Felibien (II, Saq). Voir aussi le Journal du Bernin, Galette des Beaux-Arts, XXll, 2' per., (j5.
ECUSSON I, T II E VI SE liE NICOLAS lOUCQUET. Ucbsiii l.c IJraii. (Culk’Ltiuii de M. AU, l’.ciii dcle\ .)
LE SURINTENDANT FOUCQUET
d’ivoire et de mosaïques, des miroirs d’argent, des lustres et des girandoles de cristal de roche, des coupes, des aiguières de matières précieuses, une vaisselle et une orfèvrerie incomparables. « Ces propretés de cabinets et de cristaux, disait un jour Chantelou au Bernin', se sont introduites sous la Régence qui étoit un gouvernement de femmes, et M. le cardinal Mazarin les a cultivées pour entretenir et divertir le Roi. » Laissons dire Chantelou, il avait servi la Fronde et gardait rancune à Mazarin. Divertir le Roi! le cardinal n’y pensait guère : en prenant à l'Italie ses chefs-d’œuvre , à Florence ses mosaïques et ses matières précieuses , à la Flandre et à l’Angleterre leurs tapisseries , à Venise ses miroirs et ses dentelles, à l’Orient ses tapis et ses damasquinures, à la Chine ses soieries, ses laques et ses porcelaines, Mazarin voulait faire de son palais, suivant le mot do Laborde^, « une sorte d’exposition générale des produits de l'industrie », fournir des modèles à nos artistes et populariser le goût des collections. Malgré les critiques, les pamphlets et les chansons, Il eut la gloire de réussir.
Ainsi se consolidait de jour en jour la curiosité française. Encouragée par le ministre, patronnée par la mode, luxe nécessaire pour les uns, étude attrayante pour les autres, elle faisait son chemin par le monde, brillante, active et remuante. Déjà le curieux a un sobriquet, on l’appelle un grippé ; on le chansonne , on danse à la cour le ballet des grippe^ à la mode'^. Lin recueil Inédit du temps'* met en scène tous les grippés du jour et chacun défile, débitant des couplets de circonstance. Voici les quatrains du grippé des médailles; à coup sûr Corneille n’a point passé par là, mais les chansonniers n’y regardent pas de si ]:>rès :
Dedans mes médailles de cuivre Je lys les belles actions Des héros, et je fais revivre Les Césars et les Scipions.
Pour les morts seuls j’ai ceste envie De priser les antiquités ;
Mais pour celles qui sont en vie,
J’adore les jeunes beautés.