Palais Ma-ÿarin
3. Catal. Soleinne, III, p. 83, cite par Kd. Fournier dans le Livre commode.
q. Bibl. nat., niss. f. tV., n" 12401, p. 2(i8.
Le grippé de la roqiiaille, l’amateur de coquilles,
Estime un rocher de roquailles Beaucoup plus qu’un cœur de rocher.
Les couplets du grippé de tableaux sont d’assez mauvais ton :
Une femme toujours caquette,
Ne vous laissant jamais en paix;
Mais une peinture est muette Et ne vous estourdit jamais.
Une femme un temps ne peut plaire.
Voulés-vous sçavoir comme quoy Je prends du plaisir à les faire,
Mais non à les prendre cheux moy.
Le grippé des miroirs ' trouve dans sa curiosité l’avantage philosophique de« se cognoistre soy-mesme ». Le grippé des verres et le grippé des pierreries vantent leur prédilection , chacun à sa manière. Il y a encore le grippé des fleurs, le grippé du Petuu , le tabac « qu’on appelle l’herbe à la Reyne », le grippé des poules et des pigeons^
Est-il une grippe plus belle Que d’avoir poules et pigeons Qui soient à la mode nouvelle?
Et la liste est loin d’être complète; notre chansonnier anonyme ne parle ni des estampes, ni des pierres gravées, ni des armes, ni des chinoiseries, etc.
En 1648, à la veille de la Fronde, quatre-vingt-di.v villes en France sont déjà pourvues d’un ou de plusieurs amateurs'; Paris compte cinquante cabinets curieu.x à une époque où Rome n’en possède que huit ^
1. Les glaces de miroirs venaient encore à cette époque de Murano ; c'était presque une rareté et l'on en faisait de véritables collections. P. Borel cite un amateur de Nancy, « M. Rignol, bourgeois, curieux des miroirs et des perspectives ». Le fournisseur à la mode était Poquelin, qui faisait un grand commerce de points et de glaces de Venise. C’est lui, dit Savary ! Dictionnaire), « qui trouva le moyen d’attirer des ouvriers vénitiens qui vinrent à Paris, où, après quelque temps, les ouvriers français qui travaillèrent d’abord sous eux, se perfectionnèrent de telle maniéré que les glaces soufflées de France devinrent infiniment plus belles que celles de Venise. » En i6ô5, Poquelin obtint, avec Nicolas du Noyer, le privilège pour l’établissement de la première manufacture de glaces qui fut installée à Tourlaville, près de Cherbourg.
2. J’ai reuni une liste de 1,000 noms environ d’amateurs français au xvii'’ siècle; cette liste sera publiée prochainement.
,L Sans compter les galeries de tableaux et de sculptures.
LE SURINTENDANT FOUCQUET
et Londres cinq La curiosité pénètre dans toutes les classes et dans tous les mondes ; c’est un terrain neutre où les ducs de Richelieu , de la Vrlllière, de Créqui, de Liancourt, de Verneuil, de Grammont, font concurrence au banquier Jabach, au médecin Delorme et au brodeur Henry. Le curieux est homme de cour avec Bussy-Rabutin et Beringhem, apothicaire avec Nodin et Catelan, homme d’église avec La Noue, de Marolles, Claude Maugis, Séguin, Feydeau, l’abbé de Louvols. Il est orfèvre, magistrat, horloger, avocat, diplomate, bourgeois, artiste, prince du sang comme Gaston d’Orléans, poète comme Scudéry et pâtissier comme Tribou, qui collectionne « les tableaux, les armes des Indes, les couteaux de Turquie et de Perse ' ».
La finance à son tour se jette dans le mouvement avec son cortège de partisans , de gens d’affaires et de fermiers. Tous ces parvenus faisaient alors grand tapage, renversant les vieux hôtels parisiens pour bâtir leurs nouveaux palais, détruisant les villages et comblant les vallées pour Installer leurs châteaux, leurs parcs et leurs pièces d’eau Du jour où la curiosité devint un luxe, ce fut à qui aurait les tableaux des plus grands maîtres, les cabinets les plus rares, les bibliothèques les mieux pourvues^, les galeries les mieux décorées. La Basinlère, Trésorier de l’épargne, protège Le Brun; d’Hervart, que l’amitié de La Fontaine a rendu célèbre, patronne Mignard ; Guénégaud réunit à son château de Fresnes une remarquable collection de tableaux; de Chambré, Trésorier des guerres, grand amateur de musique et de peinture, fait illustrer par Le Sueur, Abraham Bosse et Nanteuil , les compositions musicales de son ami Denis Gaultier. On cite les livres et les estampes de Querver, Receveur général des finances, les tableaux de Mauroy, les médailles de Charron et de Basin de Limeville, Intéressé dans les
1. Les collections fameuses de Charles L'', de lord Arundel , du duc de Buckingham, le cabinet de John Bargrave, et celui des frères Tradescant. Ce dernier fut légué à Llie Ashmol et donne par lui à rUniversité d'Oxford en i683. Voir à ce sujet un excellent travail de M. Nesbitt dans la Quartcrly Review, oct. 1880.
2. J. Spon, Antiquités de la ville de Lyon, lôya, Evelyn cL'rit dans son Journal en iliaa : « Ici à Paris) tout personnage de rang, qui se bâtit une maison, se croit obligé, quelles que soient d’ailleurs ses prétentions intellectuelles, d’avoir son cabinet et sa bibliothèque. »