Les amen de Monsabrâe
Il ma fallu pour accepter la gracieuse invitation de vous adresser la parole, ce soir, céder aux charmes d'un souvenir. Je vois revivre dans le cercle Ville- Marie, l'œuvre excellente du Cabinet de Lecture inaugurée par un des supérieurs de Saint-Sulpice les plus distingués, le Rév. Mr. Granet. Me rappelant ce que j'ai maintes fois vu et
(') M. Ludger Monlpetit, étudiant en médecine.
entendu, ici, il me semble que les échos de cette enceinte me sollicitent, m'encouragent à apporter mon humble tribut d'efforts, de zèle, je dirai même d'admiration pour une association qui sera la joie de notre ville, l'embellissement de nos jeunes intelligences et la sauvegarde de la vertu.
Pareille entreprise ne doit pas avoir à lutter contre l'indifférence, l'apathie ; il faut que chacun y mette la main suivant la mesure de ses forces ; et, je suis heureux de le constater, l'auditoire distingué que je contemple est une preuve que le cercle Ville- Marie a pour lui les sympathies de notre meilleure société canadienne.
Ces sympathies sont tout à fait précieuses. Ce sont autant de prix d'encouragement qui font honneur à l'institution qui les reçoit, car ils témoignent de la haute considération dont elle jouit. Mais, parmi ces nombreux prix d'encouragement dont vous
DE MONSABRÉ
avez été honorés, il en est un dont je voudrais vous rappeler, en ce moment, l'aimable souvenir, à vous surtout MM. les membres du cercle Ville- Marie : celui qui vous a été décerné, l'an dernier, dans cette enceinte, par ce digne enfant de saint Dominique, dont la voix éloquente a laissé de si profondes impressions. Nous ne perdrons pas de si tôt le souvenir de ce régal littéraire.
Que voulait dire le célèbre dominicain en vous présentant le grand Lacordaire comme l'ami de la jeunesse? si ce n'est que le bon Père Babonneau se montrait bien sincèrement le vôtre en épanchant pour ainsi dire l'âme de son maître dans vos âmes, en vous tenant suspendus à ses lèvres pour vous dire lui aussi son affection et son dévouement.
N'est-ce pas continuer en quelque sorte ce mémorable entretien que d'appeler, ce soir.
votre attention sur un autre enfant de saint Dominique, digne émule du grand Lacordaire- -puisque ce dernier paraît ne pouvoir être surpassé — ^le Très Rév. Père Monsabré, considéré non pas dans l'ensemble de ses conférences de Notre-Dame, mais plus spécialement dans cette synthèse lumineuse qui forme le couronnement de son édifice de haut enseignement religieux ? Ce que je me propose de vous dire n'est qu'une modeste étude sur la manière originale et très exacte du grand prédicateur d'expliquer \amen, dernier mot du symbole de notre foi.
Messieurs, il y a un tout petit mot qui conclut ou brise la paix entre les nations, frappe l'intelligence en lui rappelant les plus grandes choses, résume tout
DE xMONSABRÉ
un monde d'idées. En le prononçant, l'esprit du savant comme de l'ignorant s'humilie, se prosterne et se soumet : c'est l'obéissance et l'acquiescement de tout l'homme, l'abandon complet du cœur, sublime et généreux résumé de la foi et de l'adoration, le oui de l'intellisfence — c'est Yamen.
" Un jour, dit Lacordaire, le grand
poète anglais Pope, discutait avec un "jeune hommesur le sens d'un texte grec.
Après quelques hésitations, le jeune " homme, qui était un officier de l'armée " anglaise, dit au poète — : Il me semble " qu'en mettant un point d'interrogation à " la fin du texte, il deviendrait parfaitement " clair. Pope, mécontent qu'on l'eût pré- " venu en fait de sagacité littéraire répon- " dit — :Eh! Monsieur l'officier, qu'est-ce " qu'un point d'interrogation ? L'officier,
regardant avec un sourire à demi respec- " tueux son illustre interlocuteur, qui n'avait
* pu perdre, dans la gloire, le malheur d'être grandement contrefait, lui dit ingénieusement : — Le point d'interrogation est une " petite chose qui fait des questions." Ainsi en est-il de Y Amen.
Petite chose, en apparence, mais en réalité pleine de conséquences : il donne la réponse à toutes les questions ; et celui qui le prononce avec respect et conviction résume tout ce que Dieu demande de lui.
Le célèbre Monsabré ne peut descendre de la chaire de Notre-Dame, sans accorder kVamen toute l'attention qu il mérite. Après avoir parcouru pendant dix-sept ans devant un auditoire de plus en plus avide de sa parole, tous les articles du symbole de notre foi, il s'arrête devant ce mot qui résume à ses yeux toutes les vérités qu'il a si brillamment défendues, et il s'écrie : " Lorsque je vous ai introduits dans le divin monument de la vérité qu'on appelle
DE MONSABRÉ
" le symbole de la foi chrétienne, le dogme catholique, nous en avons admiré Tensemble. De cette vue générale» vous avez " reçu une impression de respect qui, pen " dant 1 7 ans a soutenu votre religieuse " attention dans l'étude des détails du " sublime édifice de la parole de Dieu.
Faisons aujourd'hui comme les visiteurs " ravis qui, après avoir parcouru le temple " auguste où nous sommes assemblés, se " recueuillent encore une fois sur le seuil " et résument, dans un profond et dernier regard, toutes leurs impressions, et pré- " parons-nous à ce cri suprême de l'âme *• vaincue par la splendeur et la force de " la vérité : Aine7i ! " — " Ces vérités, lumi- " neuse manifestation de la science divine, dominent tout, pénètrent tout, attirent tout à elles, donnent à tout ce qui reçoit leur empreinte, un caractère de grandeur " et de perfection qu'on ne peut obtenir de